Avec Benjamin Millepied, le changement c’est maintenant

24 Janvier 2013. Ebullition dans le petit monde de la danse. Stéphane Lissner a annoncé celui qui le secondera au poste de Directeur de la Danse du Ballet de l’Opéra de Paris pour remplacer Brigitte Lefèvre, sur le départ après 19 ans de service à ce poste. Surprise !

En effet le livret original n’est pas respecté. Le Dauphin officiel au poste était Laurent Hilaire : formé à l’Ecole de Danse, (brillante) Etoile de la compagnie, promu Maître de Ballet associé à la Direction de la danse deux ans auparavant, tout avait été préparé jusqu’à…cette annonce. Laurent Hilaire quitte ses fonctions quelques mois avant la passation de pouvoirs, apparemment rétif à travailler avec le nouvel entrant.

Car nouveau, Benjamin Millepied l’est assez. Premièrement, il est jeune : 37 ans lors de sa prise de poste. La retraite dans la compagnie étant fixé à 42 ans, il est plus jeune que certains des danseurs qu’il doit diriger : une première à ma connaissance. Deuxièmement, il n’a jamais dansé à l’Opéra, ni en tant qu’élève (il est formé à Bordeaux, Lyon puis New-York), ni en tant que danseur (ayant toujours dansé aux USA, à New-York principalement). Enfin, il n’est pas très connu du public : à titre personnel, je le connaissais pour avoir chorégraphié dans Black Swan, s’être marié avec Natalie Portman, et avoir été égérie de YSL pour le parfum L’Homme Libre. Ce qui est déjà pas mal, finalement : ce qui fait parler de BM, ce qui effraie aussi à ce moment, c’est ce côté Hollywood, glamour, qui débarque à l’Opéra. N’est-ce pas too much ? Est-il choisi pour son réseau plus que pour ses compétences ? La vénérable institution peut-elle être dirigée par un personnage si peu dans les cordes ?

Alors BM sort ses atouts secrets : de la patience et un sens aigüe de la communication. D’interviews en plateaux télés, aux micros des radios, sur les sites internet, dans les médias spécialisés comme dans ceux centrés sur la ménagère-type, BM de sa voix calme et détendue rassure, prépare, s’installe dans le paysage, est partout pendant que Brigitte Lefèvre finit son temps sans bruit, exceptées quelques nominations (précipitées disent certains) et une dernière programmation curieusement très classique de la part de celle qui a véritablement fait beaucoup pour le contemporain à l’Opéra de Paris…un avertissement du type : avec lui vous ne verrez plus ces grands ballets avant longtemps ? Ou un piège à destination de celui qui devra assumer cette saison sans l’avoir programmée ? Je resterai personnellement sur un cadeau d’adieu pour les amateurs de classique (et Dieu sait qu’on en a bien profité !).

Toujours est-il qu’en octobre 2014, BM est dans la place. Quelques mois plus tôt, il avait agité toute la presse avec son Daphnis et Chloé : la presse spécialisée acquiesce sans passion, la presse courante en fait un événement (personnellement j’avais plutôt bien aimé). Il avait déjà constitué une équipe de danseurs autour de lui. Des Etoiles bien sûr (Aurélie Dupont pour ne citer qu’elle), mais aussi des valeurs montantes : Léonore Baulac, François Alu, Hugo Marchand par exemple se glissent dans le paysage. Pour commencer, BM travaille sur sa compagnie : nouveaux sols dans les studios, nouveaux rythmes…il donne lui-même des cours, et se frotte à ses premières distributions en donnant là encore leurs chances aux jeunes talents.

Et puis ça communique sec. Aurélie Dupont a elle aussi droit (plus que mérité) à la tournée des popotes journalistiques, parfois accompagné de BM qui prend son dû au passage. Elle en profite d’ailleurs pour annoncer que contrairement à ses plans, elle intègre l’équipe de maîtres de ballets à ses côtés…sur Facebook, Twitter et Instagram, BM est plus que présent : sur ses comptes persos, mais aussi sur ceux de la compagnie qui sont inondés de photos de répétitions et de teasing pour les ballets à venir. Bientôt un an plus tard, le site subit un ravalement de façade complet, et une « 3e scène » est ouverte. Sur la scène, Laura Hecquet a enfin été nommée Première Danseuse puis Etoile dans la foulée, Léonore Baulac est montée en grade et danse ses premiers grands rôles (Casse-Noisette), Hugo Marchand est Sujet et a lui aussi sa chance (Casse-Noisette encore, Manon également), François Alu, Premier Danseur, concentre tous les espoirs. J’en oublie certains : après la génération Noureev, une véritable génération de bébés-Millepied est en marche. D’ailleurs, ce sont Valentine Colasante, Marion Barbeau, Léonore Baulac, François Alu, Hugo Marchand et Yvon Demol qui furent choisis pour les premières répétitions publiques…aucune Etoile, mais un Directeur qui parle, et parle, et travaille directement avec ses danseurs. A noter encore : sur le nouveau site de l’Opéra, chaque danseur du Quadrille à l’Etoile a maintenant droit à sa page avec sa photo…Autre changement (de taille !!) la musique du Défilé est revenue à Wagner après des années de Berlioz (RENDEZ-MOI BERLIOZ !!),

Conclusion : ça bouge. Beaucoup, et presque sans faute. Mais le vrai défis de BM est devant lui : l’accueil de cette première saison (très américaine…) par le public, les nominations à venir, les choix de programmation…il faut faire tourner la boutique. La rénover aussi, certes. Mais attention à ne pas en perdre la spécificité française, l’ADN historique…

Cependant, malgré cette appréhension, je dois reconnaître une chose : Benjamin Millepied semble avoir encore plein d’idées qui dépotent, et je suis bien curieux de voir la suite !

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