Ave Guillem

C’est peut être curieux à dire, mais Guillem était loin d’être mon premier choix pour ouvrir cette Galerie. J’avais pris des options plus personnelles, avec des danseurs plus récents, plus proches de moi peut être. Mais l’actualité m’impose un peu ce choix. Guillem, ce monstre sacré, cette Madone de la Danse Universelle se retire, et c’est un événement d’une telle ampleur qu’il est nécessaire de lui consacrer ces lignes, maintenant, tout de suite.

Sylvie Guillem. Ces quatre syllabes résonnent comme un mythe, qui a bercé des générations de danseurs et de danseuses. Bon, je vais arrêter de faire tourner les mots sur mes doigts avant de les écrire : Guillem est pour moi la danseuse la plus géniale que cette terre n’ai jamais connu.

Déjà car on peut considérer que la technique classique est allée en s’amplifiant jusqu’à Guillem. Si elle continue à s’améliorer aujourd’hui, c’est en partant de Guillem et à moindre vitesse. Sans être aussi radical, il faut au moins reconnaître que son influence a été marquante (coucou toutes les danseuses qui veulent faire des 6 heures avec leurs jambes…). Donc avant Guillem c’était moins bien, après Guillem ça l’égale peut-être parfois sur le plan technique…mais sur l’art ? Car Sylvie Guillem est une artiste à part entière, à un point extrêmement poussé. Elle a tout interprété, en a souvent extrait le meilleur. Après son ère classique elle a été une grande danseuse contemporaine, une référence dans le domaine. Pour ce tout, je place des géantes, la Tsarine Zakharova par exemple, en deçà de Guillem.

Guillem, elle n’a pas aimé tout de suite la danse. Gymnaste, promise au succès sur les podiums et non sur scène, elle arrive à 11 ans à l’Ecole de l’Opéra pour sa formation d’athlète. Elle n’aime pas l’ambiance, ces contraintes. Puis le spectacle de fin d’année. La scène. La liberté.

Après avoir remporté Varna, être restée Première Danseuse 5 jours, elle est nommée Etoile par Noureev. Noureev, elle a dansé avec lui, elle a appris de lui, elle a été sa muse. C’est pas mythique ça ? La transmission des légendes…Elle devient une véritable star, avec cette technique et ce sens de la scène unique. Puis elle part, vers plus de liberté, toujours. Ce sera le Royal Ballet, puis Guillem, seule. Guillem se suffit à elle-même, son nom seul galvanise un public. Seule, libre de ses choix et de ses envie.

Avec un corps pareil, tu m’étonnes que c’est facile d’être libre ! Ce corps, pas vraiment beau mais fascinant : maigre, musculeux, arachnide ont dit certains. Et souple avec ça…c’est simple, elle en fait ce qu’elle veut. Au début de sa carrière, c’est pour elle que Forsythe créa In the Middle Somewhat Elevated. Personne ne l’interpréta mieux qu’elle, et pour cause : seule son corps peut venir à bout à la perfection des prodiges que demande cette chorégraphie. Béjart, Mat Eks, Maliphant, pour ne citer qu’eux, ont créé pour cette interprète sans pareil.

Je ne l’ai jamais vu sur scène, mais je retiens d’elle des vidéos de chorégraphies dont elle est pour moi la meilleure interprète : la variation du Grand Pas Classique, la variation à la claque de Raymonda, le pas de deux de In the Middle, Le Boléro de Béjart, Cendrillon de Noureev (le premier ballet que j’ai vu, en vidéo, de ma vie)…

Que de louanges me direz-vous. Et pourtant, parfois je n’arrive pas à savoir comment j’aime Guillem. Toujours à la recherche de liberté, son moyen d’expression favori fut la danse contemporaine. Moi classiciste n°1, j’ai une petite tendance à lui reprocher d’avoir abandonné le classique, dans lequel elle était si unique. A part une petite reprise de L’histoire de Manon à la Scala en 2011, Guillem s’est vite débarrassée de pointes et adages, et je trouve ça très dommage.

Mais quels que furent ses choix artistiques, Sylvie Guillem est restée la patronne. Elle part, avec panache en ne proposant que des créations, et c’est le monde entier de la danse qui s’en émeut. Néanmoins sa figure tutélaire, quoique souvent controversée (j’en ai oublié des moments-clash de sa carrière…) restera une référence pour bien des années…

C’est donc avec respect et émotion que je salue cette Artiste. Ave Guillem. Ave.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. alena dit :

    Je suis d’accord sur tout – sauf sur l’idée qu’elle aurait abandonné le classique si vite, elle a dansé le lac longtemps, l’hist de Manon et Don Quichotte aussi. Elle les a dansé « tard », si on peut dire, jusqu’à presque 40 ans. Je crois que c’est sa longévité et sa jeunesse inépuisable qui laisse penser qu’elle les a arrêté « tôt ». J’ai eu la chance de la voir 4 fois sur scène (seulement) et je crois que je me souviendrai de tout, jusqu’au bout…

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    1. ildanse dit :

      Je pense justement que vu sa forme, elle aurait pu danser plus longtemps ce genre de rôles…Ferri s’y frotte, Alicia Alfonso l’a fait, je suis sur que Guillem aurait pu le faire…Ok je pousse un peu, mais toujours est-il que malgré ces quelques ballets, elle a assez vite donné une coloration très contemporaine à sa carrière, comme si elle avait déjà tout vu du classique (nommée à 20 ans aussi…). Mais peut être est-ce juste ma frustration de ne l’avoir jamais vu sur scène !

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