Dances at a Gathering – Jerome Robbins

Pour la plupart des gens, l’Amérique c’est Tom Sawyer, Obama et Las Vegas, alors que pour un balletomane, c’est Balanchine, Jerome Robbins et le NYC Ballet. Or, l’Amérique débarque en trombe à l’Opéra de Paris cette saison, et une de mes grandes attentes est cette entrée au répertoire de Opus 19 the Dreamer, de Robbins justement.

J’ai donc choisi pour ce premier article consacré à un ballet de vous parler d’une autre œuvre de Robbins, déjà bien connue par chez nous : Dances at a Gathering, afin de se familiariser un peu avec ce chorégraphe.

Les personnages : 5 danseuses et 5 danseurs, anonymes, mais chacun singularisés par une couleur et un trait de caractère : c’est ainsi que le danseur brun est mélancolique, le danseur rose/rouge est bravache et joli cœur, la danseuse violette se la joue un peu femme fatale tragique, la danseuse verte est enjouée et joueuse… Enfin, tels sont les caractères que je leur donne. Ce ballet laisse une assez libre interprétation au public, ainsi qu’aux danseurs qui y mettent du leur pour former leurs personnages.

L’histoire : Et bien…amis des contes de fées, dans ce ballet, pas d’histoire d’amour désespérée, de revenantes en tulle blanche ou de prince charmant à la recherche du Love avec un grand L. Non, rien de tout cela, juste une scène nue et nos 10 danseurs. Mais si il n’y a pas d’histoire prédéfinie, ces danseurs vous en racontent bel et bien une. Ils se croisent et se croisent encore, s’aguichent, se draguent, se jalousent un peu parfois, vivent, tout simplement. Jusqu’à la dernière partie, où tout d’un coup une agitation semble les animer, avant le retour au calme qui clôt le spectacle. Tout cela reste cependant très subjectif, et là encore le public est libre. Personnellement et sans vouloir vous influencer, je me plaît à voir de jeunes gens se baladant dans Central Park, par un week-end ensoleillé, chacun à la recherche d’une chaussure à son pied.

La musique : Jérôme Robbins est un grand fan de Frédéric Chopin, et beaucoup de ses ballets sont chorégraphiés sur sa musique. Personnellement, j’adhère ! Un piano, pas d’orchestre, et ces accents romantiques, tantôt mélancoliques ou joyeux, de notre polonais national.

La chorégraphie : Robbins propose une chorégraphie très pure, sans fioriture excessive. On trouve de belles trouvailles dans les pas de deux (beaucoup de portés-voyagés), qui sont très libérés. D’ailleurs, libéré, c’est le mot : les bras sont très mobiles, aériens, s’appuyant sur les positions académiques plus qu’ils ne les reproduisent. Liberté, certes, mais tout cela reste très musical, ce qui ne gâche rien. Trait particulier de ce ballet : ça et là se glissent des petites incursions de danse de caractère : des petites mains derrière la tête, des pieds flex, etc…dans le style des danses slaves ou hongroises, c’est plutôt sympa. Ce que je trouve aussi très agréable dans cette pièce, c’est que lorsque la virtuosité est au rendez-vous, elle n’est pas outrancière. Le maître-mot est plutôt le mouvement, sa continuité et sa spontanéité, que je trouve si américains mais au fond, franchement pas mal.

Les moments-phares : je retiens pour ma part les deux variations du danseur brun, les deux de la danseuse verte, celle du danseur rouge, et le grand pas de six avec ces lancés acrobatiques (hey, je suis une danseuse qui me fait balader d’un danseur à l’autre !). Pour finir, une surprise plutôt agréable : une révérence. C’est très beau une révérence, c’est très rarement chorégraphié, et c’est une superbe manière de conclure ce ballet.

Le piège : Dances at a Gathering ne dure qu’une heure, mais si les danseurs ne nous emportent pas avec eux, ce sera une longue heure. Ce ballet, de génial, peut se changer en une pièce mignonette-sans-plus, tout repose sur les danseurs. Si ça vous arrive, au moins il vous restera Chopin !

Vade-mecum du bon spectateur : Pendant le spectacle, vous prendrez soin de n’applaudir qu’à la fin de chaque variation/pas de deux/pas d’ensemble. On vous truciderait si vous applaudissiez pendant une des séquences, sauf l’exception : quand la danseuse jaune finit son porté acrobatique dans le pas de six sans se crouter sur la scène. Là, vous pouvez laisser libre court à votre admiration. Sinon, vous attendrez sagement la fin du morceau, d’avance merci.

Pour résumer : un ballet que j’aime beaucoup, avec de belles trouvailles et tout en poésie. Mais une mauvaise distribution peut le transformer en traquenard. Pour vous faire une idée : le ballet est entièrement disponible ici.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    Ce ballet est en intégralité sur Youtube. C’est marrant la 1ere fois je me suis ennuyée, puis je l’ai revu, et revu… et maintenant je suis accro. La 1ere variation de M Ganio est tellement splendide, en le revoyant toute la subtilité de la chorégraphie se révèle, on peut observer chaque danseur/danseuse, la musique est envoutante même quand on la connait déjà, bref c’est un régal.

    Aimé par 1 personne

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