Le Défilé, ce(s) moment(s) d’hystérie collective

Avant d’en voir un, je ne comprenais pas toute l’agitation que je constatais autour du Défile du ballet de l’Opéra de Paris. D’où ma compréhension du légitime étonnement que vous pourriez avoir.

En effet, le Défilé, c’est un moment d’hystérie en lui-même. Le public applaudit à s’en brûler les mains, crient parfois, mais au moins à ce moment vous en êtes, donc vous comprenez.

Mais si il n’y avait que ça…car la crise commence bien avant et finit bien après !

Dès l’annonce d’un Défilé à l’Opéra, la machine s’emballe. Attendez c’est normal : un Défilé, c’est rar-is-sime ! Un ou deux par an, trois peut être à tout casser (et encore il faudrait que ce soit année de grande bonté). Après tout, le Défilé n’a lieu que pour les grandes occasions : un début de saison, un départ de danseur ou de directrice…une bonne raison de sortir le grand jeu quoi ! Mais la conséquence directe, c’est que les balletomanes deviennent fous. Il y a ceux qui exultent d’avoir une place, ceux qui tueraient père et mère pour en avoir, ceux qui crient au scandale parce que les places sont réservées à l’Arop ou autre. Sans compter ceux qui passent successivement par les trois stades. Bonus de la saison 2015-2016 : on rajoute l’hystérie sur le choix de la musique (Berlioz a été abandonné pour Wagner, à titre personnel cela a été un sacré motif d’indignation).

Alors il est temps de vous peindre l’objet de tant de passions. Imaginez la scène de Garnier, plongée dans la pénombre. Les premières notes triomphantes d’une marche majestueuses résonnent, et sur scène apparaît une petite fille en tutu blanc. Allongée comme au bord d’un ruisseau, elle se relève, et s’avance en mesure vers vous. Derrière elle, apparaissant du fond de la scène, des lignes de jeunes filles défilent, tel un flot ininterrompu, leurs bras en seconde ondulant tout doucement. Arrivé au bord de la scène, leurs lignes se séparent, et elles partent se placer sur le côté. Puis apparaissent les danseuses du corps de ballet, toujours en ligne. Par deux ou par trois, les premières danseuses, et seules, un diadème sur leurs chignons, les Etoiles. La scène devient blanche dans ce flot de tulles.

Puis une nuées de petits garçons, eux aussi tout de blancs vêtus à l’exception d’un gilet noir. Le même schéma se répètent, avec premiers danseurs et Etoiles masculines. Ces derniers sont également tout en blanc.

La hiérarchie est respectée à la lettre : les plus jeunes puis les plus anciens, les Etoiles et premier(e)s danseuses-eurs les plus récemment nommés en premier. Ces derniers ont le privilège de pouvoir faire une révérence avant de s’effacer. Lorsqu’une Etoile paraît, les applaudissements s’accentuent, et un sourire radieux, reconnaissant ou joueur s’esquisse avant qu’elle ou il ne franchisse les derniers mètres avant le public en courant légèrement, avant d’offrir sa révérence, debout pour ces messieurs, à genoux pour ces dames, récoltant les applaudissements du public. Sur les côtés, l’alignement du corps de ballet a depuis longtemps formé une grande haie d’honneur.

Lorsque le danseur Etoile le plus anciennement nommé clôt la marche (aujourd’hui Mathieu Ganio), il recule, et par une invitation de chaque main, il sonne la fin du défilé. Alors la haie d’honneur se défait, les Etoiles reviennent des coulisses, et c’est la pause finale, tandis qu’au fond de la scène les ors du Foyer de la Danse offrent un écrin à la photo de famille.

Après avoir regardé un Défilé, vous sortez comme ébloui. Mais l’hystérie reprend vite le dessus : quelle Etoile a été la plus applaudie ? Les rangs étaient-ils en ordre ? Quelle était la plus belle révérence ? Il s’agit maintenant de tout raconter à ceux qui n’étaient pas là, et qui trépignent d’impatience.

C’est ça, le Défilé. Un moment d’une grâce infinie, celui de la rencontre entre le ballet et son public, le symbole de l’unité de la Maison de l’Opéra de Paris. Un moment éminemment populaire aussi, qu’il est très dommage de réserver à quelques happy few…

Pour vous rendre compte par vous-même, voici une vidéo de l’avant dernier Défilé, sur la regrettée (par moi du moins) Marche des Troyens de Berlioz. C’était également le dernier Défilé d’Aurélie Dupont.

Pour ma part, c’est avec cette vidéo que j’ai découvert le Défilé. Pour cette année c’est foutu, mais comme tout un chacun je n’aurai de cesse d’en voir un en vrai. Hélas en ce domaine, aucune certitude…ah, si, une : je sortirai en ayant très, très, mal aux mains.

Publicités

6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marie dit :

    Je crois qu’on est beaucoup à regretter cette musique de Berlioz qui était 100x mieux!!

    J'aime

    1. ildanse dit :

      Je trouve Wagner trop bourrin. Alors ça passe pour défiler, ça reste une marche après tout, mais c’est plus ce que c’était !

      J'aime

  2. BA dit :

    Moi j´aime bien Wagner…. Berlioz est a mon goût trop « martial » dur a cause des instruments « métalliques ». J´ai eu l´impression que c´était moins répétitif.

    J'aime

    1. ildanse dit :

      C’est marrant que vous ayez eu cette impression, j’ai eu l’exacte inverse ! Au moins ce changement fait des heureux !

      J'aime

  3. Je pleure à chaque fois.
    Mais la fois où j’ai le plus pleuré, ce fut pour le dernier d’Aurélie Dupont. Je crois que j’ai pleuré tout le long…
    Pauvre voisin.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s