Mathilde Froustey, « petite french » et super danseuse

Mathilde Froustey, c’est l’un des premiers noms de la danse que j’ai connu. Elle était jeune, mais déjà dans la lumière de Jérôme Laperrousaz dans son film A l’école des Etoiles, qui avait en particulier cadré sa caméra sur elle, aux côtés de Marie-Agnès Gillot, Aurélie Dupont, Clairemarie Osta, Nicolas Leriche ou Laurent Hilaire. J’étais plus jeune encore, deux petites années de classique dans les pattes, et n’était que dans la lumière bleue de la télévision de mes grands-parents.

Et déjà elle m’impressionne, elle me marque. Cette petite nana de 17, 18 ans, en première division à l’Ecole de Nanterre (la dernière avant l’entrée dans le ballet, ndlr), dégage sur moi un charisme fou : sa technique qui ne peut que me faire forte impression (moi qui ne voit presque jamais de « vraie danseuse »), son sourire, sa beauté aussi peut être, concourent à une admiration enfantine et sans faille.

Avant cela, elle a commencé la danse dans son Sud-Ouest natal, puis à Marseille, avant de rejoindre la capitale. Elle intègre le corps de ballet en 2002, et on aurait pu s’arrêter là. Enfin moi je me suis arrêté là, parce que je ne suivais pas encore l’actu de la danse. Quant à elle, s’arrêter ? Certainement pas !

L’année d’après, elle passe coryphée, l’année suivante, elle rafle la médaille d’or du célèbre Concours de Varna, cueille le Prix du Public de l’AROP, passe sujet en 2005. Puis jusqu’en 2013…rien.

Enfin rien…elle est très bien distribuée, danse des premiers rôles, est invitée dans des galas internationaux aux côtés d’Etoiles prestigieuses. Dans la tête de beaucoup, le grade de première danseuse et le sacre d’Etoile ne sont qu’une question de temps. Tout cela est bel et bon, mais le temps passe et…rien. Echec sur échec aux concours de promotion, alors que son nom est sur toutes les lèvres et en tête des pronostics, alors qu’à côté elle est sur-distribuée pour un sujet : Don Quichotte, Giselle, La Fille Mal Gardée, Casse-Noisette, des paillettes dans les yeux du public, mais rien sur le papier.

Elle finit donc par prendre une décision courageuse, mais ô combien dommage pour le public français : elle quitte l’Opéra. Elle se tire, elle se barre, elle se casse, enfin vous aurez compris l’idée. Un contrat de Principal Dancer au San Francisco Ballet, des grands rôles à la chaîne toujours, de la reconnaissance surtout, c’est mieux que d’être l’éternelle sujet de remplacement bien pratique en cas de blessure. Et on ne pourra pas dire que ça ne lui aura pas réussi, on en est tous ravis pour elle. Mais voilà chère Mathilde, je suis désolé mais pour moi, pour nous, SF c’est trop loin !

Je sais que le sujet divise. Que Mathilde Froustey a ses détracteurs. Trop mièvre, trop de verni, pas assez de vrai interprétation. J’en disconviens respectueusement. Car vous l’avez compris, je fais partie de ces gens qui ne comprennent pas POURQUOI B***** L’A-T-ON LAISSE PARTIR !!?? Cet immobilisme de la part de Brigitte Lefèvre est un des gros reproches que je lui porte. Quand on a un talent pareil chez soi, ON LE GARDE ! Parce que oui, je l’assure, du talent il y en a.

Une technique nickelle tout d’abord. Bien plus brillante que (toutes ?) les sujets de sa génération, volontiers virtuose mais jamais à outrance (cet équilibre en arabesque à 32’10 »…remarquez que Mathias Heymann se marre et qu’elle remercie le chef d’orchestre qui a eu le bon goût de faire tenir la note), elle a le style français chevillé au corps. C’est ce qui marche aux US d’ailleurs ! Ajoutons un point fort pour les tours également.

Au niveau artistique, c’est la parfaite amoureuse taquine : Lise, Kitri, elle excelle dans ces rôles, où elle n’est pas dénuée d’un certain talent comique. Mais elle sait ensuite se muer en femme fatale, mûre et sûre d’elle-même : Kitri à l’acte 2, Raymonda dans la variation de la claque (qu’elle a probablement travaillé avec Noëlla Pontois, qui créa le rôle à Paris, Mathilde Froustey en est pour moi la meilleure interprète à l’heure actuelle). Je dois bien admettre, toutefois, que son défaut est probablement un sur-jeu au niveau dramatique. Néanmoins c’est en progrès depuis qu’elle est à SF (et qu’elle a l’occasion de travailler en profondeur sur ces rôles) : convaincante Giselle l’année dernière, Juliette remarquée également, ce léger grief était-il suffisant pour lui refuser la première place en France ?

A l’évidence la réponse est non. Et c’est pour cela que l’année dernière, et encore il y a quelques semaines, j’ai eu un petit pincement au cœur à l’annonce de la continuation de son exil américain…

Alors si Benjamin Millepied lit ces lignes, je vous en conjure : faites quelque chose ! Je, nous vous en serions infiniment reconnaissants. Si Mathilde Froustey me lit : laissez les sirènes américaines et revenez à la maison dès que vous en avez l’occasion ! Un public en extase vous attend. Et si il n’y a pas de standing ovation (ce dont je doute fort), sachez que la seule personne debout, dans le poulailler aux places à 12€, ce sera moi.

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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. alena dit :

    Oui! une Gisèle en juin à l’opéra!

    Aimé par 1 personne

    1. ildanse dit :

      (OMG ce serait tellement diiiinnnnngue….)

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  2. Léa dit :

    Je lis en retard ce post. J’avoue que je ne suis pas une grande fan de la demoiselle, mais de la à trouver normal son blocage et son départ… non. Ceci dit, j’ai lu avec encore plus de retard l’interview qu’elle avait fait à Danse avec la plume au moment de son départ, alors « temporaire ». J’en ai retiré (outre la qualité des questions et des réponses) la conclusion que MF est peu adaptée au système français et fondamentalement beaucoup plus faite pour le fonctionnement à l’américaine (ça pourrait plaire à Mr Millepied du coup). Je ne parle pas de danse mais de système. Ses réponses sur le concours sont émouvante de cruelle lucidité. Des danseuses qui vivent mal le concours il y en a mais à ce point !! Elle ne dit pas qu’elle est discriminée. Elle dit que le système du concours est discutable et qu’elle est mauvaise en concours. Que le résultat est donc juste mais que les conséquences sont injustes. Qu’elle a déprimé de ne pas être promue alors que beaucoup d’autres disent (et je les crois) que certes il y a une frustration et une déception mais qu’être bien distribués leur suffit (cf Alu, Bourdon, Ciaravola dans diverses interview, et d’autres).
    Bref on sent un tempérament difficile, une ambition assumée, mais aussi une exigence artistique et une intelligence des choses remarquables. Est-ce que ce genre de personnalité peut réellement s’épanouir à l’Opéra? Je ne le crois pas. Je fais le pari (peu risqué) qu’une telle personnalité aurait fini par partir même après avoir été nommée étoile. S’accommoder d’une stratégie média qui refuse la promotion individuelle des artistes au profit de la « marque Opéra », n’annonce pas les distributions, contrôle les projets extra-professionnels de ses danseurs…. elle aurait étouffé.
    (même si j’admets que Mme Lefèbvre qui semble être aussi du genre qui prend toute la place a sans doute eu peu de sympathie pour une demoiselle qui risquait de lui faire de la concurrence…)
    Bref, dommage pour le public, mais si le prix de l’Opéra c’est d’être malheureux…. Je ne veux pas aller voir des artistes dans ces conditions.

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    1. ildanse dit :

      Chère Léa, je vous trouve un peu sévère avec la compagnie…qu’une organisation puisse ne pas s’accorder parfaitement avec les ambitions et les envies de certaines personnes, c’est une chose.
      En revanche, je pense que vous vous trompez sur plusieurs points. Premièrement, la stratégie média n’a pas forcément été faite en dépit des danseurs, au contraire: on ne compte pas les articles sur tel ou telle Etoile, les reportages au JT lors des nominations, les portraits consacrés à certains artistes du corps de ballet, comme par exemple le reportage « La danse à tout prix » sur France TV. Au contraire, les médias s’intéressent généralement plus aux artistes qu’aux ballets programmés.
      Vous dites que l’Opéra n’annonce pas les distributions: c’est faux, cela se trouve très facilement sur le site internet, dans un délai raisonnable avant le début des représentations.
      Vous parlez du contrôle des projets extra-professionnels des danseurs: ce dernier ne me choque pas non plus outre mesure, surtout que les danseurs me semblent assez libres: il suffit de voir la compagnie 3eEtage de Samuel Murez par exemple.
      Enfin votre jugement de Brigitte Lefèvre n’est pas le mien et me semble un peu déplacé: si je ne comprends pas pourquoi des promotions ne sont pas intervenues plus tôt, je ne me permettrais pas de porter un jugement sur les relations que Mathilde Froustey a pu avoir avec sa directrice, et qui ne devaient certainement pas être de la nature de celles que vous décrivez. Quelle concurrence Brigitte Lefèvre, à son poste de directrice, pouvait-elle craindre d’une de ses danseuses ? Qu’elle lui vole le poste ? Si vous me le permettez, c’est un tantinet ridicule…De même que votre affirmation selon laquelle elle « prendrait toute la place ». Ce type d’attaque ad personam me semblent tout sauf pertinent.

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