Petit vade-mecum du spectateur néophyte

Ce soir, c’est LE grand soir. Après maintes et maintes hésitations, après la recherche de la place idéale, vous avez finalement bourse délié et acheté une place pour un ballet à l’Opéra de Paris. Toutes mes félicitations. Mais attention : ne croyez pas qu’être spectateur de ballet se résume à s’asseoir dans votre fauteuil et à regarder bien sagement ce qu’il se passe sur scène…Non, il y a deux-trois trucs que vous devez savoir pour profiter pleinement du spectacle, et ne pas passer pour un boulet auprès de votre voisin, surtout si ce dernier est un ami balletomane accompli(e)/votre cher(e) et tendre. Heureusement que je suis là. Etape par étape, voici les trucs et astuces à connaître…

Avant le lever de rideau

H-2h: Tout commence chez vous. Vous vous préparez gentiment, quand cette interrogation classique émerge dans votre esprit : je m’habille comment ? En soi, tout dépend. Plus vous êtes bas dans la salle, mieux vous devez vous habiller. Traduction: à l’amphithéâtre ou dans les loges des petites catégories, nul besoin d’en faire des caisses, vous pouvez venir comme vous êtes, en sortant de cours ou du boulot. Honnêtement, tout le monde s’en fou. Si vous êtes au parterre, faites un effort pour avoir l’air smart. Mais par pitié, oubliez grandes robes, chapeaux et smokings…On vous regardera bizarrement. Sauf si vous assistez à une soirée de gala, mais là, vous êtes déjà censé savoir comment faire…Un brin de parfum par égard pour vos voisins, mais pas de senteurs trop fortes (toujours par égard pour vos voisins). A noter: la température de la salle varie selon les endroits. Prévoyez donc une laine au cas où et pour l’entracte, mais dont vous pourrez facilement vous défaire en cas de canicule. Prévoyez aussi une bouteille d’eau (il peut vite faire soif).

H-30mn : Vous sortez du métro, vous montez les marches de l’Opéra. Ouvrez votre sac à l’entrée, plan Vigipirate oblige, et profitez-en pour sortir votre billet. Vous foncez droit vers les ouvreurs (les gentils messieurs-dames derrière les gens qui se bousculent font la queue), et si vous n’êtes jamais allé à l’Opéra vous retenez bien ce qu’ils vous disent pour trouver votre place ! Une fois que vous êtes arrivé au bon étage (après avoir pris l’escalier ou l’ascenseur, au choix, personnellement j’adore l’ascenseur de Garnier), vous pouvez trouver un(e) autre ouvreur-se, qui vous conduira à votre place. Mais avant, un passage-toilette peut s’imposer. On n’est jamais trop prudent. Exigez une fiche de distribution: c’est gratuit et vous aurez un petit souvenir.

H-15mn: Installez vous tranquillement. Profitez du décors. Mais attention: soyez stratégique. Regardez les places vides autour de vous et repérez celles où vous pourriez vous replacer. La règle: plus on est au centre et plus on est bas, mieux c’est. Si vous êtes en loge, les fauteuils ne sont pas vissés au sol: vous pouvez le déplacer afin de tenter de gagner quelques degrés d’angle de vue. Toujours bon à prendre.

H-30secondes: Le noir s’est fait dans la salle. Si n’y a pas d’autres places intéressantes, passez au paragraphe suivant. Sinon…GO, GO, GO ! Vous prenez vos cliques et vos clacs et vous vous débrouillez pour atteindre le siège intéressant.

Pendant le ballet

Règles générales: Essayez de bannir toute manifestation sonore de votre corps (éternuements, toux, ou pire encore…). Ou du moins de vous retenir jusqu’aux prochains applaudissements.  

Voilà une grande question: les applaudissements. Applaudissez toujours: quand le chef d’orchestre rentre dans la fosse et quand le rideau se ferme. C’est la base et cela semble presque logique. Pour le reste, et particulièrement si vous assistez à un ballet classique, cela relève d’un régime particulièrement complexe. On applaudit à la fin d’une variation, pas avant. Parfois quand certains personnages entrent en scène, particulièrement quand ils sont incarnés par un artiste particulièrement aimé du public. Lorsqu’une danseuse fait des fouettés, beaucoup, et qu’elle ne tombe pas, au bout d’un moment on peut applaudir alors qu’elle continue à les faire. Enfin bref, c’est pas hyper simple. Au pire, vous applaudissez quand les gens applaudissent, et au bout d’un moment vous comprendrez le truc. Si c’était particulièrement impressionnant, on peut crier « Bravo ! » à la fin de la variation d’un soliste, où aux saluts lorsque ledit soliste fait sa révérence. Mais il faut être sûr de vous…En fait, pas trop d’initiative personnelle (genre applaudir tout seul au milieu de la variation) et tout se passera bien.

Sinon évitez de chanter avec l’orchestre, de commenter ce qu’il se passe à votre voisin ou de compter trop fort les tours de la soliste. Par avance, merci.

A l’entracte

Deux-trois trucs à savoir: sentez-vous libre de vous balader, surtout à Garnier où il y a vraiment des trucs à voir. A nos amis les fumeurs: à Garnier vous pouvez sortir sur la loggia (au premier étage si mes souvenirs sont bons) et vous livrer à votre vice avec une vue imprenable sur la place de l’Opéra. Vous pouvez encore dépenser de l’argent en cocktail et autres amuse-gueules, mais bon, personnellement je préfère thésauriser pour de prochaines places…Enfin c’est le moment de vous replacer si vous n’avez pas pu le faire au premier acte, ou de prendre la place de personnes qui ne reviennent pas (ça arrive). Quand la sonnerie retentit, au cas où vous n’auriez pas compris, il est temps de regagner tranquillement vos places.

Moments exceptionnels

Vous avez la chance du siècle. A la fin de la soirée, vous sentez que la salle devient bouillante et vous ne comprenez pas pourquoi les applaudissements s’éternisent, et pourquoi cette danseuse revient saluer seule autant de fois. Un indice: ce n’est pas son anniversaire, comme un balletomane anonyme l’a entendu récemment…C’est le départ d’un artiste et apparemment vous êtes seul(e) dans la salle à ne pas être au courant. Comment différencier avec la nomination d’une Etoile ? Dans ce cas, la nomination est annoncée au public par le Directeur de l’Opéra. Si vous voyez un micro apparaître sur scène, surtout ne partez pas ! Vous vivez un grand moment. Alors dans ce cas vous applaudissez, vous criez, allez-y c’est suffisamment rare pour en profiter. En plus vous aurez des choses à raconter !

Je pense qu’avec tout ça en tête, vous avez de quoi passer une super soirée. Mais même sans, vous devriez vous en sortir. Et même tellement aimer ça que vous y reviendrez. C’est pas au cinéma ou devant votre télé que vous pouvez vivre des aventures pareilles…

PS: on me signale un article de Danses avec la Plume qui pourrait vous être utile si vous n’êtes toujours pas rassuré…puisqu’on vous dit que ça va bien se passer !

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Joël dit :

    Pour les applaudissements, le baisser de rideau à la fin d’un acte n’est pas un signal pour applaudir : il faut attendre sagement que l’orchestre ait vraiment terminé (en cas de doute, regardez le chef d’orchestre). Si c’est de la musique pompière, on ne vous en voudra pas trop, mais si c’est la fin de La Nuit transfigurée de Schönberg comme l’autre jour, vous allez déclencher des envies de meurtre…

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    1. ildanse dit :

      Merci Joël, je n’ai peut être pas été assez précis en effet ! J’aime beaucoup l’expression « musique pompière », vous permettez que je vous la pique ?

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