Le Debrief de La Bayadère -soirée du 19 Novembre

Cette soirée de La Bayadère était la soirée des premières. Pas la première de la saison, certes, mais première pour Amandine Albisson (Nikiya) et Valentine Colasante (Gamzatti). Première aussi pour moi, puisque que c’est la première Bayadère que je voyais « en vrai », après avoir vu et revu bon nombre de vidéos bien entendu…Aller, sans plus tarder voici le debrief, pour cette représentation qui m’a, dans l’ensemble, satisfait :  

Amandine Albisson et Valentine Colasante réalisent deux belles prises de rôle ce soir. Dès son premier port de bras, la première propose quelque chose: sa Nikiya n’est pas une sorte de religieuse hindoue, ni une jeune fille un peu naïve, au contraire. La prière qu’elle accomplit semble pour elle une formalité, son statut semble la déranger, elle sait ce qu’elle veut, recherche quelque chose d’autre, et ce quelque chose, c’est Solor. Sa bayadère amoureuse du premier acte a quelque chose d’une Coppélia ou d’une Kitri, il y a un côté un peu trop heureux pour une jeune femme enfermée dans sa condition de servante sacrée…D’un côté cela s’écarte un peu du contrat, ce qui m’a légèrement perturbé, mais de l’autre il y a une proposition, une recherche personnelle dans cette Nikiya, et c’est grandement appréciable. Si le pas d’esclave n’est pas marquant outre mesure, la confrontation avec Gamzatti a été très bien: les deux danseuses se répondaient, et m’ont vraiment emporté dans leur histoire.

Valentine Colasante en effet fait bien le job: sa Gamzatti est puissante, aussi déterminée que la Bayadère, ce qui donne du répondant à leur face-à-face. Le personnage était là, et c’est le principal. Techniquement c’est bien également: la variation est parfaitement exécutée, les tours en particulier sont nickels, spécialement dans le petit manège où les réceptions se font sans aucun problème. J’ai compté 27 fouettés (attitudes+normaux), un seul double. Autant dire que c’est fait, c’est propre, mais un brin de panache supplémentaire n’aurait pas fait de mal.

Après cela, Amandine Albisson enchaîne sur une mort de Nikiya où son personnage est très bien en place: tristesse, amour, joie, désespoir, vengeance, tout se lit dans son jeu, sa variation est très bien exécutée avec une belle énergie dans le déplacement. J’aurai aimé quelques équilibres arabesques un peu mieux tenus, mais je chipote. Enfin, une vraie rupture à l’acte III, une ombre de bayadère, pure, envolée toute la passion des scènes précédentes: elle n’est plus qu’évanescence, avec une vraie présence. Là encore des pas à leurs place, avec de belles arabesques, je valide. Cette représentation m’a aussi fait remarquer que cette Etoile est dotée d’un regard très intéressant, d’un superbe coup-de-pied, et présente sa révérence royalement. Le rôle est encore un peu à approfondir, il y a quelques détails à revoir, mais c’est une belle Nikiya que j’ai découvert ce soir.

A ses côtés, Josua Hoffalt propose comme à son habitude une interprétation sérieuse, intériorisée…de beaux bras qui en imposent, un ballon pas dégueu (mais enfin pour une Etoile c’est le minimum), un Solor perturbé et un peu dépassé par les événements, bien que doté d’une certaine autorité. Il a assuré la représentation avec classe, mais pas nécessairement avec brio. Trois tours max (c’est déjà ça, au moins ils passent crème), à la variation finale de l’acte III, les assemblées ne sont pas battus (hum…) et le manège final n’était pas celui que je connaissais, mais enfin bon pourquoi pas. Relevons aussi ses qualités de partenaires: attentif, il soulève sa Nikiya comme une plume, même avec son tutu en plein visage il gère ! Sa proposition artistique me semble néanmoins à revoir, trop de sérieux tue le sérieux. Au passage, Paul Marque repéré parmi les autres guerriers hindous, une présence sympathique, je lui prédis un beau Solor si on revoit une Bayadère avant une dizaine d’année…

Parlons des demi-solistes à présent. Pierre-Arthur Raveau m’a quelque peu déçu dans l’Idole Dorée. Dieu sait que je l’aime beaucoup et que je n’attendais pas des miracles de sa part sur ce rôle, mais il y avait un manque d’énergie que je ne lui connaissait pas, du stress même un peu, un manque de prise de risque (pouf, je prends bien mon temps pour finir à genoux après mon saut…), c’est dommage car il aurait pu faire mieux. Après lui Charline Giezendanner est une charmante Manou, et ses deux petites compagnes très appliquées. Jérémy-Loup Quer s’est donné à 100% dans sa danse indienne, il s’éclate, du coup nous aussi. ENFIN, les Ombres. Déjà dans le tableau du corps de ballet, j’ai repéré une Ombre au premier rang qui prenait des risques sur un penché arabesque particulièrement…penché (honnêtement j’ai cru qu’elle allait se vautrer). Marion Barbeau spectrale en Première Ombre, très élégante dans ses bras et des équilibres bien tenus, belle souplesse, j’adhère complètement à cette danseuse de grand talent. Eléonore Guérineau a très bien géré sa Deuxième Ombre, en voilà une qui fait une vraie diagonale et traverse la scène dans ses relevés arabesques finaux. Enfin la Troisième Ombre correspond très bien à Héloïse Bourdon, qui nous a gratifié d’arabesques d’une ligne impeccable, quel plaisir de voir danser cette artiste aux immenses qualités !

Pour finir, j’aimerai dire un mot sur l’orchestre…Le chef d’orchestre, Monsieur Fayçal Karoui, est à mon sens encore en rodage: parfois ça va trop vite (pauvre Marion Barbeau, il l’a faite courir !), parfois trop lentement…Quant au premier violon, qu’on fasse quelque chose, une cagnotte pour lui racheter un instrument, j’en sais rien, mais ce que je sais c’est que massacrer les variations de Nikiya au troisième acte de la façon dont il l’a fait, c’est quasi-criminel.

La soirée fut tout de même agréable, les applaudissements mérités, gageons que tout cela évoluera avec le temps. Mes souvenirs garderont sans doute Amandine Albisson, à laquelle on ne peut rester insensible que l’on adhère ou non à ses choix d’interprétation: elle est vraiment une belle Etoile de cette Maison, sur laquelle on pourra compter dans l’avenir. Héloïse Bourdon m’a imprimé ses arabesques et son raffinement dans la tête, enfin Marion Barbeau confirme à mes yeux son statut de jeune talent à suivre de plus que près, c’est une Sujet de choc dont l’évolution sera très, très intéressante à suivre.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. BA dit :

    Je mets les premiers Euros pour le premier violon…… j´ai déjà du mal avec un bon violon !
    J´irais voir cette distribution et suis bien contente de lire votre commentaire. Raveau en idole dorée
    m´a surprise, mais pourquoi pas. Bon dans 2 semaines j´en aurai eu plein les yeux !

    Aimé par 1 personne

  2. Romain dit :

    Je tiens à laver l’honneur de Pierre Arthur Raveau, que j’avais moi même trouvé en petite forme le 19. Mais je l’ai vu de nouveau dans ce rôle le 21, et là c’était beau! Beaucoup plus de panache, des réceptions à genoux nettes! Et toujours avec beaucoup de classe qui finalement va bien au rôle!
    (Et il est également formidable dans Polyphonia à Garnier.)

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