La Bayadère par MOBAlu, debrief de la folle soirée du 10 Décembre

La soirée du 10 décembre 2015 était la première du couple Myriam Ould-Braham/François Alu sur cette Bayadère, et par un rapport logique de cause à conséquence, elle fut placée sous le signe de la folie.

La folie me frappa au premier chef, deux heures avant le lever de rideau. Apprenant qu’un professeur était absent, je fonce sur la Bourse aux places et j’actualise la page sans cesse. Miracle, une place à 16€ est disponible. Las, le vendeur tarde à valider la vente…Pris de fièvre, je quitte ma fac pour Bastille, sans même de billet en poche ! Arrivé à l’Opéra, mon vendeur indélicat ne donnant pas de nouvelles, j’annule la vente et me rue in extremis vers la billeterie. Et BAM, une place à 25€ au troisième rang du parterre. Premier miracle de la soirée.

Ce soir là, je ne sais pas pourquoi, j’ai vu une nouvelle dimension de La Bayadère. Je ne me l’étais jamais vraiment dit, mais au fond ce ballet raconte l’histoire d’un complot de cour. C’est Versailles au pays du Rajah. Des enjeux politiques, sociaux, amoureux s’y mêlent, des gens écoutent aux portes, les protagonistes jouent chacun leurs cartes dans ce jeu de dupe. Toutes les dimensions de ce complot étaient réunies, ce qui est déjà un tour de force.

Le corps de ballet était globalement au rendez-vous ce soir là, mais des personnalités se dégagent toujours indéniablement. Hannah O’Neil brille à l’acte deux, éclipsant Marion Barbeau par sa technique insolente, son sourire sûr et son port de reine. On la retrouve au troisième acte, mais elle est moins brillante: dans la masse des Ombres, on ne voit qu’Héloïse Bourdon. Même dans le corps de ballet, elle incarne l’Ombre évanescente mieux que personne. Enfin relevons que Mélanie Hurel fut, en deuxième Ombre, plus convaincante que ses comparses, se jouant des difficultés de la variation avec un certain panache et son énergie habituelle.

Un tour du côté du sujet majeur, les rôles principaux. Myriam Ould-Braham qui remontait sur scène depuis la Fille Mal Gardée de l’été dernier, est une Nikiya classique, toute en prière, peut-être un peu naïve, la pauvre fille que le sort accable…on est même étonnés de la voir saisir un couteau et le brandir vers Gamzatti ! Je dois admettre que tant sur le plan technique qu’artistique, j’ai préféré Amandine Albisson, qui proposait quelque chose de très intéressant. Mais Myriam Ould-Braham est vraiment une belle Etoile qui a vécu sa Nikiya à 100%. Contrairement à sa cadette, elle a donné un vrai relief au Pas d’Esclave (avec Mickaël Lafon). De plus, sa variation du deuxième acte, malgré quelques petits ratés (visibles des seuls connaisseurs), fut extrêmement touchante, un véritable chant du cygne, la détresse amoureuse faite danse.

Retrouver Charline Giezendanner dans un grand rôle fait aussi très plaisir. Son interprétation de Gamzatti est complète: sensuelle, manipulatrice, elle est femme fatale dans un corps de poupée. De l’amour pour Solor ? Ce n’est pas vraiment ça. Elle y trouve plutôt un beau joujou que lui donne Papa-Rajah, et elle n’entend pas le laisser tomber. Vrai Princesse lors de la confrontation, elle aurait pu s’amuser comme une folle durant le deuxième acte si elle avait paru un peu moins stressée…en effet si sa variation était clean, bien exécutée, elle ne semblait pas particulièrement sereine dans les bras de son partenaire François Alu, et la tension de sa première sur cette série se sentait un peu. Les fouettés passent sans problème mais sans brio non plus…l’impression générale laissée par cette Gamzatti reste tout de même positive: l’interprétation sauve le tout.

Je ne vous surprendrai pas en vous annonçant que le moteur de cette soirée, celui qui a rendu fou le public, c’est François Alu. Prise de rôle plus que réussie pour le berrichon, qui s’impose une fois de plus comme l’un des plus brillants danseurs de la compagnie. Son Solor semble de loin le meilleur de cette série. Il est un guerrier sûr de lui au début du premier acte, royal devant ce pauvre fakir qu’il considère avec un mépris non dissimulé. Il devient ensuite un amoureux fougueux, un Solor érotisé, qui tranche clairement avec la prude réserve de l’objet de sa passion. Au deuxième acte, on l’entendrait presque parler: « Quoi, épouser celle-là ?! Mais non, mais pas du tout, mais je ne veux pas ! ». Son jeu de sourcil et de regards travaillé fait déjà mouche, l’acmé arrivant lors de la variation de Nikiya au deuxième acte: le triangle amoureux est parfait, et semble centré sur lui: la ligne de regard avec Myriam Ould-Braham se dessine parfaitement, les yeux du guerrier crient la détresse de l’amour impossible lorsqu’il se détourne d’elle. Le couple avec MOB fonctionne très bien, on sent que les répétitions furent nombreuses (bonne gestion du tutu au 3e acte…). Avec Charline Giezendanner, c’est un peu plus vert, mais ça passe sans plus de difficulté.

Indéniablement, c’est dans ses variations que François Alu dévoile tout son art. Son brio s’étale sans complexe: sauts suspendus, tours maîtrisés, prises de risques récompensées, le public retient sa respiration d’admiration jusqu’à la dernière note, où à chaque fois les ovations explosent. Il a cette manière très particulière, très masculine, dans ses ports de bras et ses couronnes, qui le distingue agréablement de bon nombre de ses collègues. La dernière variation, qui lui avait valu une promotion il y a quelques années, a juste été parfaitement exécutée: un manège d’assemblés impeccables avec des réceptions très nettes, la rivoltade sans tension, et on finit avec deux doubles tours en l’air nickels, achevés à genoux par un cambré superbe.

La salle lui a fait un triomphe d’un bout à l’autre, et a fini debout. Son interprétation de Solor, sa version de ses variations, resteront indéniablement dans les annales et les souvenirs. François Alu est au top de sa forme, et a une interprétation aboutie. La nomination d’Etoile était dans tous les esprits. C’est bel et bien une Etoile que nous avons vu ce soir, et que verrons tous ceux qui iront à Bastille pour cette distribution. Au-delà des préférences de chacun, c’est une évidence qui devrait s’imposer à tous. Et pourtant la nomination n’est pas arrivée, laissant un sentiment d’inachevé lorsque les lumières se rallumèrent. J’en viens à douter qu’elle arrive au cours de cette série. Encore une folie…qui n’empêchera certainement pas François Alu de vendre du rêve tout le mois de décembre !

 

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9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    Je soupçonne Benjamin Millepied de préparer un coup médiatique « people » avec une nomination groupée Alu-Baulac qui ferait la une des médias tant pour la danse que pour l’image du « couple glamour de l’Opéra »… Après tout on l’a aussi embauché pour ça… et la demoiselle vient d’être promue alors qu’Héloise Bourdon semblait favorite cette année.

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    1. ildanse dit :

      Ahah, pourquoi pas, c’est pas la première fois que j’entends ça…fantasme de fan ? Pour ma part je n’y apporte pas un crédit majeur, mais peu me chaux la manière: seul le résultat compte !

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  2. BA dit :

    Il n´a que 22 ou 23 ans…… Personnellement je prèférerais qu´il « murisse » un peu et qu´il fasse le tour
    des rôles sans le poids de l´étoile., qu´il s´éclate sans trop de contraintes. Je ne suis pas sure que lui même le souhaite pour le moment. C´est certain que s´il est nommé il ne le refusera pas ! Je vous souhaite de bonnes fêtes !

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  3. BA dit :

    Il a encore le temps…. il n´a que 22 ans je crois. Personnellement je lui laisserais encore le temps de « murir » un peu, de s´essayer sur de grands rôles avec peut-être moins de contraintes que s´il était étoile. Je me réjouis aussi de le voir dans des « petits » rôles, ce qui ne serait plus le cas étoilé ! Je n´ai jamais vu l´idole dorée dansée par une étoile par ex.

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    1. ildanse dit :

      Quelque part je vois ce que vous voulez dire, et en effet je ne pense pas du tout que ce soit sa priorité à l’heure actuelle. Mais à un moment face à des perf’ pareilles…

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  4. Tiffany dit :

    Bonjour,

    Tout d’abord je vous remercie de tenir ce blog que j’ai découvert récemment et qui m’enchante beaucoup. Je trouve ça très agréable de pouvoir discuter de très bel art avec d’autres amateurs. Quoi de plus intéressant que de pouvoir échanger nos avis, impressions sur ce qui nous anime ?

    Pour ma part, je ne partage pas complètement votre avis sur la représentation du 10 décembre dernier. Je suis allée voir ce ballet avec beaucoup d’envie, de joie, d’enthousiasme. J’en suis repartie avec un petit goût de déception concernant ce que je venais de voir.
    J’étais également placée en parterre mais au 31ème rang.

    Contrairement à vous je n’ai pas trouvé le corps de ballet à la hauteur. Il y a eu (à mon goût) de problèmes d’ensemble trop flagrants et récurrents durant tout le ballet. Seule exception : l’arrivée des ombres.

    A propos de l’interprétation des personnages/couple phare(s) de cette soirée Nikiya et Solor. Deux personnages qui dès le début du ballet doivent mettre en avant l’amour réciproque qu’ils partagent. Pour ma part, l’interprétation de Myriam OULD-BRAHAM et François ALU n’a pas atteint le 31ème rang. Je n’ai pas retourné la cohésion/complicité que j’attendais tant entre ces deux danseurs. Et je pense que c’est ce manque qui m’a le plus laissée sur ma fin. Même le 3ème acte ne m’a pas emportée comme je l’aurais souhaité. Ce manque de partage pour l’ensemble du public n’est-il pas un problème réccurent chez les danseurs ? J’ai cependant trouvé les pas de deux plutôt bien exécutés (malgré les problèmes techniques = gestion des costumes).

    Comme vous j’ai trouvé MOB très gracieuse et touchante lors du le deuxième acte mais trop « scolaire » dans les deux autres. J’attendais plus.
    J’ai trouvé l’interprétation de Gamzatti par Charline GIEZENDANNER tout à fait convaincante et propre techniquement.

    Venons en à François ALU, pour qui danser Solor, représente une très belle opportunité pour lui d’exprimer tous son potentiel. Sa performance technique était à la hauteur : je l’ai trouvé aérien (comme suspendu dans le temps), et puissant (pirouettes qui lorsqu’elles étaient légèrement déséquilibrées étaient terminées de façon ferme et impeccable, comme si c’était un jeu d’enfant). Son manège lors du 3ème acte était magnifique. Comme beaucoup j’espérais/attentais sa nomination (nouvelle déception). J’espère qu’elle arrivera en 2016 (il faudra bien replacer Benjamin PECH)

    Contrairement aux autres personnes ayant laissé un commentaire, je le trouve plutôt assez mature et avec un style assume. Surtout pour un danseur de seulement 23 ans et qui a été promu premier danseur en seulement 3 ans. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire qu’il acquière plus de maturité pour être nommé étoile (cf. Mathias HEYMANN nommé étoile à 21ans et Mathieu GANIO à 20ans, cela fait-il d’eux des étoiles moins légitimes ?). Un danseur devenu étoile dansera-t-il mieux après l’obtention de son titre que la veille alors qu’il ne l’avait pas encore ? Pour moi ce n’est pas l’obtention de ce titre qui rendra le danseur exceptionnel. Je le vois plus comme une récompense pour la mise en avant de leur talent et du travail accomplis. Tous n’ont pas le même talent, tous ne deviendrons pas étoiles. Certains arrivent à exprimer leur très grand potentiel plus tôt que d’autres et font évoluer leur dans au fur et à mesure de leur évolution personnelle. Donc, pourquoi se contenter de voir de tel talent danser « des plus petits rôles » alors qu’on pourrait le voir danser de rôles d’étoiles ? Et n’est-ce pas pour atteindre cet objectif (danser des rôles d’étoiles) que de nombreux danseurs passent les concours de promotion interne et notamment celui pour devenir premier danseur ?

    Pour en revenir à La Bayadère. Il s’avère qu’hier (30/12) j’ai eu l’opportunité de retourner voir le ballet. Ne voulant pas rester sur cette impression amère j’ai sauté sur l’occasion. Le fait est que je me suis également retournée en parterre rang 31 avec une distribution quasi identique : MOB/ALU (Gamzatti jouée par Valentine COLASANTE). Et bien sachez que je ne regrette en rien d’y être retournée. J’ai vu un tout autre ballet. Un corps de ballet beaucoup plus constant et appliqué (malgré certains couacs une chute et plusieurs glissades au même endroit sur la scène…) et j’ai enfin vu la complicité tant souhaitée entre les personnages principaux, des regards intenses entre Nikiya et Solor, du désarroi, de la « haine » et de l’amour perçus (au moins) jusqu’au 31ème rang. J’ai vécu l’histoire entièrement et pleinement. Un petit hic ? La performance technique de François ALU était plus impressionnante et propre lors de sa première représentation.

    Comme vous pouvez le constater je suis extrêmement bavarde (j’en suis désolée). Mais je tenais encore à vous remercier pour ce blog qui fait maintenant partie de ma barre des favoris.

    Je vous souhaite un très bon réveillon du premier de l’an.

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    1. ildanse dit :

      Merci Tiffany pour ces gentils mots sur le blog et pour cet avis ! Je le partage entièrement concernant l’âge de nomination des danseurs étoiles 😉

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