La Bayadère des Etoiles invitées – Débriefde la soirée du 18 Décembre

Depuis septembre, je m’étais fait à cette idée : je n’irai pas voir La Bayadère cette année, faute de places disponibles. Et puis la fée «Bourse de l’Opéra » me procura l’immense joie de pouvoir assister à la soirée… étoiles invitées.

La distribution de cette soirée était composée de Kristina Shapran et Kimin Kim, tous deux du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, ainsi que d’Héloïse Bourdon en Gamzatti et François Alu en Idole Dorée.

N’étant pas un inconditionnel de l’école russe, je me rends vendredi dernier à Bastille mi- suspicieux, mi- curieux.   

Les lumières s’éteignent, le chef entre et l’Orchestre Colonne entame la partition de Ludwig Minkus.

Il y avait assez longtemps que je n’avais pas écouté cette partition attentivement, que je connais pourtant par cœur grâce à la captation de 1992 avec Isabelle Guérin et Laurent Hilaire. Ma délicate oreille de musicien fut quelque peu malmenée par cette musique qui tire davantage vers la musique de cirque que vers les grands élans postromantiques de Tchaïkovski…

L’Orchestre Colonne fait le service minimum, sans massacrer la partition (pour ne pas citer le Casse-Noisette de 2009, simplement scandaleux) mais sans un réel effort d’interprétation que mérite pourtant cette partition par moment ingrate.

Le rideau s’ouvre, et je constate une fois de plus que l’Opéra de Paris à vraiment le chic pour proposer à son public des productions soignées, voire fastueuses, tant par la somptuosité des décors et par la quantité des figurants. Tout l’art de Noureev est condensé dans ce ballet : réussir à rendre actuel un ballet russe vieux de 138 ans, transformer un gros saucisson de variations et de divertissements exotiques en un véritable drame poignant et poétique.

Je découvre lors de cette soirée le virage politiquement correct de l’Opéra : les « négrillons » de l’Idole dorée ont bien perdu leurs combinaisons noires, et Solor son narguilé. Autant le premier choix, à défaut d’être esthétique, me paraît justifiable, autant le deuxième me paraît tout simplement ridicule.

Passons maintenant à la partie que vous attendez tous : les GUEST STARS !

Kristina Shapran est l’incarnation de la danseuse russe : grande, maigre, avec des extensions dignes d’une gymnaste et un coup de pied admirable. On remarquera qu’elle dansait ce soir-là sa version du Mariinsky, qui diffère dans les variations par des petits détails (adieu les déhanchés sexys de la danse du panier). Sa danse est propre, les lignes sont belles, mais il manque quelque chose. Peut-être, un peu de rondeur dans les ports de bras ou bien plus de naturel dans l’enchainement des pas. Elle n’a pas le «chic français », pour reprendre le terme de Christiane Vaussard, la grande pédagogue du style. Elle se rattrape à l’acte des Ombres, où elle danse une Nikiya très « cygne blanc », mettant en valeur ses qualités techniques, mais sans brio. Niveau actrice, on reste loin des grandes danseuses/actrices, comme Isabelle Guérin. Si certains reprochaient à Aurélie Dupont son jeu minimaliste s’adressant uniquement au premier rang, Kristina Shapran nous propose plutôt un jeu maximaliste s’adressant même aux spectateurs du poulailler placés derrière une colonne. Gestes démesurées, bouche grande ouverte, sourcils de mater dolorosa à la moindre contrariété… Bref, je n’ai pas adhéré. 

Passons maintenant à Kimin Kim, qui fut le chouchou du public lors de cette représentation. Je dois avouer que sa variation du IIème acte est à couper le souffle. Il saute haut, avec aisance, le tout avec rondeur, amorti lors des réceptions, avec une énergie débordante et une technique insolente. Cependant, toutes ces qualités semblent déplacées lors de l’acte des Ombres qui demande plus de poésie et d’intimité. Certes, traverser le plateau de Bastille en seulement trois grands jetés, c’est impressionnant mais j’aurais voulu plus d’humilité de sa part. Kimin Kim a écrasé sa partenaire, c’était lui le roi de la soirée et il le savait. Il aime les applaudissements, quitte à vivre un petit moment de solitude lorsqu’il revient saluer sur scène alors que le corps de ballet a déjà commencé la coda !

Heloïse Bourdon est une belle Gamzatti, froide et déterminée. Contrairement à ses collègues russes, elle incarne son personnage à la perfection. On regrettera cependant son crêpage de chignon avec Nikiya qui, à trop vouloir coller avec la musique, perd en crédibilité et en fluidité. Sa variation du deuxième acte était soignée et élégante, ses fouettés propres mais malheureusement sans panache.

François Alu était égal à lui même, c’est à dire, impressionnant. Il danse son Idole Dorée avec aisance et autorité, sans faille. Le public ne s’y est pas trompé et lui a réservé une belle ovation.

Un petit mot sur Charline Giezendanner qui m’a charmé dans sa danse Manou. Décidemment, cette danseuse à un don pour les rôles spirituels qui demandent une petite touche d’humour.

Le corps de ballet était très digne de sa réputation. J’avoue avoir eu le grand frisson lors de l’arrivée des Ombres.

Et pour finir, la nouvelle que tout le monde attendait. Oui, Mesdames, Messieurs, le violoniste de l’Orchestre Colonne a travaillé son solo !

BONUS : Florilège de petites réflexions assez hilarantes des enfants bavards assis à côté de moi:

(En regardant une photo de Mathias Heymann) « Aaaah ! Mais il est moche ! -Beh oui, c’est parce qu’ils lui ont mis du mascara ! »

(Pendant le grand divertissement de l’Acte II) « Je comprends plus rien à l’histoire. »

(Devant des photos du corps de ballet) « -Ouaaah ! Mais elles sont super jeunes ! –Bah oui, elles prennent leur retraite à 30 ans parce qu’elles ont mal au dos. –Et après elles font quoi ? – Beh elles deviennent comme Pietragalla. »

Guillaume

 

 

 

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lili dit :

    J’avais à peu près la même analyse de cette belle soirée (cela me rassure), et j’ai adoré Kiimin Kim. Il faut dire que perché au poulailler on n’est pas en mesure d’apprécier l’expressivité des danseurs… Du coup on admire la technique. Et il a été assez phénoménal. Héloise Bourdon ne m’a pas tant que ça transportée alors que je venais beaucoup pour elle, mais de loin difficile d’apprécier son interprétation. Kristina Shapran était en effet écrasée par son partenaire. Elle a failli tomber et c’était étonnant de sentir la tension dans le public.

    Les 3 ombres on été inégales (Hannah O’Neil pas très à l’aise étonnament).
    Pour l’Idole dorée, Alu fait un travail remarquable, gâché par la lenteur affligeante de la musique. Une version dansée par Bélingard existe deux fois plus vite, et c’est trop. Mais là… misère…

    Bref, belle soirée tout de même.

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  2. Vanessa dit :

    Bonjour Guillaume,

    Je suis heureuse d’apprendre que finalement tu as pu te procurer une place pour assister à cette représentation. En ce qui concerne ton avis sur Kristina Shapran, je le respect mais je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Pour ma part, la voir danser le 18 décembre m’a touché au plus profond de mon etre. J’en suis ressortie émue, le coeur bouillant. Je ne partage pas également ton avis sur Kim Kimin, pour ma part j’ai senti beaucoup de modestie et de respect en lui.

    Enfin heureusement la différence fait la force. Nous ne sommes pas du meme avis et nous n’avons pas les meme gouts, mais l’important est que nous ayons cette meme passion pour la danse classique.

    Amicalement, Vanessa

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  3. Romina dit :

    Héloïse Bourdon était magistrale le 21 et d’ailleurs le trio a beaucoup mieux fonctionné ce jour là. C’était envoutant. Kimin en miniature persane à la fois un Solor solaire et charnel. Shapran une Nikiya désincarnée et victime devant l’éternel. Quant à Bourdon c’était la perfection en princesse Gamzatti bafouée et vengeresse. Le combat avec le poignard était une scène d’anthologie qui reste en mémoire. Tous trois ont dépassé brillamment les difficultés techniques et porté le ballet à son plus haut niveau d’éclat et de virtuosité. Bourdon est une Etoile confirmée avec ou sans le titre à ce niveau ça n’a plus aucune importance, mais c’est juste indécent de la laisser stagner au rang de Sujet. Il n’y à aucune logique à sa non nomination ? Elle est une perle ce cette Compagnie, tout comme l’unique François Alu qui propose des prestations éblouissantes devant une direction qui reste de marbre alors que le public se lève pour applaudir ces deux danseurs exceptionnels de la Compagnie. A qui font ils de l’ombre ? De toute façon on ne peut pas éternellement cacher museler des talents, un jour ou l’autre il faudra bien se rendre à l’évidence et agir. La situation est malsaine.

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