Des nouvelles de Mathilde Froustey

Par Victor

Cette semaine nous apporte l’heureuse surprise d’un reportage de l’Equipe21 sur notre chère Mathilde Froustey. Un joli moment, ça fait vraiment plaisir d’avoir quelques nouvelles depuis son exil américain. Un moment court cela dit, et pauvre en informations. Quelques petites réflexions tout de même que je voulais vous partager.

Après quelques plans sur pointes en Odette du Lac des Cygnes, on la retrouve dans son quartier de San Francisco, et dans une friperie à la recherche d’une robe de soirée pour le Gala d’ouverture de la saison. Elle nous confiait déjà sur son blog son amour du vintage…Frappant de voir à quel point sa démarche dans la rue est extraordinairement en-dehors ! Il est courant de voir cela chez les danseurs, professionnels comme amateurs d’ailleurs (je suis moi aussi un fervent adepte de la marche en éventail), mais là…woh !

Suit un petit retour sur son parcours. Quelques mots de Brigitte Lefèvre sur le sujet, quelques images de ce documentaire dont je vous ai parlé (A l’Ecole des Etoiles de Jérôme Laperousaz) dans la classe de Christiane Vlassi (quelle formidable professeur…), Mathias Heymann ne tarit pas d’éloges. Puis on entre dans le vif du sujet, dans ce qui était (au fond) une des attentes sur ce reportage: les concours de promotion et le départ à San Francisco.

Mathilde Froustey parle de cette dualité bien connue de celles et ceux qui s’intéressent de près à l’Opéra: le stress du concours, la pression, l’échec, et le lendemain la scène, parfois les premiers rôles, le succès. Si cela était déjà su, il me semble que c’est la première fois que j’entends Mathilde Froustey parler, verbaliser de façon aussi nette, la raison qui l’a poussé à quitter Paris: être Etoile. Pas soliste, non, Etoile. Nous savions également que c’est en la voyant danser le rôle de Kitri en vidéo que Helgi Thomasson l’a embauché. Me vient cette pensée, tout d’un coup: il est clair et net qu’aujourd’hui, Mathilde Froustey est une Etoile et ne pourra plus être autre chose. Et si elle n’a pas été formellement nommée à l’issue d’une représentation, au fond, le ballet qui lui a valu ce titre, c’est Don Quichotte. Mathilde Froustey a été nommée Etoile à l’issue d’une représentation où elle dansa le rôle de Kitri. C’est une évidence. Il suffit de voir la vidéo pour se convaincre, d’ailleurs, que cette nomination, après cette performance, était logique.

Suivent quelques images du travail quotidien, des répétitions du Lac, c’est toujours intérssant à voir. Ce qui est plus original, c’est le travail de musculation avec la physiothérapeute du San Francisco Ballet, et les mots de Thierry Blancon, kinésithérapeute, qui l’a soigné après sa dernière blessure au pied. Le constat de Mathilde Froustey elle même est frappant: « je crois que la vision que j’ai de mon corps en tant que danseuse a beaucoup changée ». Cela pose pas mal de questions bonnes à se poser…et je me dis qu’il est heureux qu’un mouvement similaire se mette en place à Paris. Le travail de préparation physique d’un danseur est, du fait des différentes contraintes (besoin physique/volume musculaire, poids, etc), un domaine à part entière qu’il faut vraiment approfondir.

Passons sur les images de plage et d’océans, quoique le moment est sympathique, mais il faut le voir. Quelques mots intéressants de Sofiane Sylve, l’autre française du SFB. Puis ce moment qui m’interpelle: Mathilde Froustey semble opposer la « joie de danser » qu’il y a aux USA au sens du détail et de la perfection qui caractérise selon elle l’Opéra de Paris. Il est perceptible que sa préférence va au style américain. Mais n’est-ce pas grâce à son bagage français, à sa rigueur de l’école française, qu’elle peut aujourd’hui déployer son talent dans le relâchement que permet l’école américaine ? Si elle est devenue l’une des  « préférées du public » selon son Directeur, n’est-ce pas justement parce qu’elle a, peut-être malgré elle, chevillé au corps ce sens du détail de l’école française ? Plus ça va, plus je me dis que le danseur idéal doit allier ces deux aspects: ce contrôle du corps et ce sens du détail ici décrit comme « français » et cette liberté dans la danse et dans le mouvement que les américains possèdent si bien.

La conclusion arrive, avec cette phrase belle mais sans appel: « Je suis vraiment heureuse ici. Donc la poursuite du bonheur prend le pas sur le doute ». Ce n’est pas nouveau là encore, puisque c’est ce qu’elle nous avait confirmé en septembre dernier. Le mot de la fin revient à Brigitte Lefèvre, avec laquelle je me dis que je me suis peut-être montré un peu sévère. Les derniers mots semblent quasiment emprunts de fierté : « elle est l’Etoile française du San Francisco Ballet ». Après tout, c’est aussi comme ça que rayonne la danse française non ?

Photo: l’Equipe 21

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    C’est un beau documentaire. Et c’est bien de mettre en valeur ceux qui réussissent à l’étranger. Et oui il y a des choses à améliorer à l’Opéra, pour lesquelles les US sont une bonne source d’inspiration.

    Mais ça contribue à cette pénible manie des médias de ne mettre en valeur que les gens qui en gros sont malheureux en France en laissant croire que c’est à cause d’un système globalement mauvais. J’espère que l’Equipe 21 fera ce genre de document sur un danseur/danseuse de l’Opéra, tout simplement heureux. D’autant plus que MF ne crache pas dans la soupe.

    Comme vous le dites, c’est bien la formation Opéra qui a fait d’elle une danseuse admirée aux US. Et là ça sent l »opération « l’Opéra c’est nul, la France c’est has been ». C’est un peu pénible à la longue. Elle était inadaptée au système du concours, elle le dit d’ailleurs avec beaucoup de lucidité. Il est évident que son tempérament fort et en recherche de reconnaissance voire de médiatisation est fait pour le système américain. Sa remarque sur le bonheur et le doute est une perle. Mais pourquoi laisser croire que son cas est généralisable?

    Parmi nos étoiles, d’autres, comme elle, regrettent le manque de personnalisation. Mais certains assument que la primauté de la troupe sur leur personne leur convient mieux parce qu’ils sont plus heureux sans la « pipolisation » qui règne dans d’autres arts. A chacun de savoir où il est le mieux.

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