Rencontre autour d’un Casse-Noisette revisité: le Debrief

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Par Victor 

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Assister à une rencontre à l’Amphithéâtre Bastille était pour moi une grande première. Il faut un début à tout, particulièrement à ces rencontres qui le sont dans de multiples sens: rencontre avec une oeuvre, rencontre avec des artistes, et rencontre avec des spectateurs. L’ambiance est bon enfant dans cet Amphithéâtre Bastille, et chacun attend avec un mélange de curiosité et d’impatience de découvrir la séance de travail qui nous est promise. Attente doublée, pour ce Casse-Noisette, de celle de découvrir ce que diable il allait bien être fait à cette oeuvre que chacun a en tête: pour l’avoir vu la saison dernière ou avant, ou non d’ailleurs. Casse-Noisette est une oeuvre mythique du répertoire, une partition fantastique que chacun connaît, et la chorégraphie de Noureev est familière de chaque spectateur de danse assidu.

Dans un tel contexte, l’Opéra de Paris serait bien inspiré d’inscrire le texte suivant sur les billets :

« Avertissement contractuel: l’oeuvre Casse-Noisette à laquelle vous allez assister est une oeuvre originale qui ne se rapporte au ballet de Noureev que par le titre, la musique, et  quelques autres points communs subsidiaires. Par l’achat du présent billet, le spectateur s’engage à ne pas manifester son étonnement, et à renoncer à toute action en erreur, dol, vice caché ou responsabilité contractuelle pour manquement de l’Etablissement Public de l’Opéra National de Paris à son obligation d’information. » 

Etre bien conscient de ces éléments vous évitera toute déconvenue. En effet, notre Casse-Noisette se retrouve projeté dans un décors et des costumes années 50. Nous sommes loin de Noël: il ne s’agit pas ici de se retrouver autour du sapin, mais de célébrer les 16 ans de Marie (non, pas Clara, Marie). Celle-ci vient d’assister à la représentation de l’opéra Iolanta, cadeau de son parrain Drosselmeyer (oui, lui il est toujours là). Au cours de la fête donnée en son honneur, Drosselmeyer la pousse dans les bras du (nécessairement jeune et beau) chanteur qu’elle vient de voir interpréter le comte de Vaudémont dans l’opéra. Ils tombent amoureux, mais tout bascule dans le cauchemar. S’ensuit une sorte de voyage initiatique (ou il apparaîtrait que notre Vaudémont est cru mort par Marie), d’où la jeune fille sortira grandie, femme, amoureuse et tout et tout.

Nous aurions donc toujours notre Prince (Vaudémont), notre jeune fille en fleur (Marie), emmenés dans un conte d’où ils sortiront grandis. Et la musique de Tchaïkovsky. Pour l’instant, nul ne sait ce qu’il est advenu du casse-noisette éponyme, ni de la Fée Dragée, et de tout ce que nous connaissons habituellement. Mais en en  faisant abstraction, il faut admettre que cette histoire est relativement séduisante. Elle arrive surtout à faire le lien avec l’opéra Iolanta auquel le public aura assisté juste avant.  

Ce Casse-Noisette inédit est chorégraphié en équipe par Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock et Arthur Pita. Ce dernier, chargé de la première partie du ballet, anime la rencontre. Marie et Vaudémont sont incarnés par Marion Barbeau et Marc Moreau.

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Nous commençons par une scène au cours de laquelle Marie et Vaudémont se déclare leur amour. La rose de Iolanta est en quelque sorte le fil rouge de cet idylle naissante. Ce n’est pas vraiment un travail chorégraphique au sens propre auquel nous assistons: il s’agit plutôt d’une séance de mise en place, de travail sur les déplacements, la musique et les regards entre les danseurs. On marche beaucoup, mais on danse peu: deux petits portés, quelques petits tours sur soi-même. Mais Marion Barbeau et Marc Moreau nous racontent, au-delà de la danse académique, une très belle histoire: celle d’une rencontre, de deux jeunes gens amoureux. La danse va au-delà des pas, elle est aussi dans l’inclinaison d’une main, d’une tête, d’un regard. Le rôle mi-princier, mi-cabotin, va très bien à Marc Moreau qui sait faire montre d’une danse élégante et sensible. Marion Barbeau est une Marie ravissante, charmante, qui sait comment utiliser un bras qui s’envole, un regard qui transperce. Mais elle-t-elle suffisamment naïve pour incarner la jeune Marie qui s’éveille à l’amour ? On a plutôt l’impression qu’elle sait exactement ce qu’elle fait avec son Vaudémont. Un point d’interprétation qui reste selon moi à travailler. Les deux danseurs sont en tous cas en forme, multiplient les blagues entre eux ou avec le public, et semblent s’amuser comme des fous. Du coup on se marre aussi, le moment était fort sympathique (surtout au moment du baiser…que l’on n’a jamais vu jusqu’au bout !).

Cet extrait promet d’être beau…jusqu’à ce que Arthur Pita (qui a assuré toute la rencontre en anglais) nous sorte que, au final, il ne sera peut être pas retenu dans la version finale…les joies du travail de groupe !

On enchaîne donc avec un moment plus « dansé » : sur la marche d’ouverture du ballet, la fête bat son plein chez Marie et Drosselmeyer pousse les deux jeunes gens danser ensemble. C’est donc une danse « de jeunes », qu’Arthur Pita qualifie lui même de « stupid dance ». On sent qu’il s’est amusé comme un dingue. Tchaïkovsky devient un DJ de première, et sa musique le support d’un duo très fiftie’s, assez drôle à regarder et probablement encore plus à interpréter. C’était pas gagné, mais ça m’a vraiment plu ! Je trouve ça très original, plutôt intelligent de la part du chorégraphe qui réinterprète vraiment l’oeuvre. Alors d’accord, ce n’est pas de la « vraie danse », semble-t-il, pour certains spectateurs. Mais c’est vivant, c’est joyeux, très musical, très imagé, et je pense que l’on aura quelque chose de pas mal. La palme de la remarque blasée revient à ce monsieur qui s’exclame : « Pauvre Marc, toutes ces années de danse pour faire ça…! ». Le « pauvre Marc » n’a pas l’air dérangé du tout, et semble trouver ça très cool à interpréter ! L’énergie est communicative, et j’ai moi même retenu son petit pas que je ressortirai en temps voulu…

Sur ces notes joyeuses, la rencontre s’achève. Je n’en attendais pas beaucoup, et avais honnêtement un peu peur. Je suis finalement assez curieux de voir le résultat final, l’exercice de revisiter ainsi Casse-Noisette m’intrigue, et les deux interprètes que nous avons vu là me semble promettre un vent de jeunesse, d’énergie et de passion dans ce ballet inédit. C’est ce que nous verrons (peut-être) au palais Garnier du 7 mars au 1er avril !

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PS: Marc Moreau me semble porter un pantalon Hoffalt, qui m’ont quand même l’air terriblement géniaux à porter. Si ce n’était pas si cher (145€ la merveille), je casserais ma tirelire ! 

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