Les Adieux de Clairemarie Osta à l’Elephant Paname-Debrief d’une rencontre

C’est toujours sympa de venir à Elephant Paname: les lieux sont beaux, et il faut reconnaître que créer un endroit consacré à la danse dans cet immeuble haussmannien à deux pas de Garnier était une idée qu’il fallait avoir. Ce n’était pas pour un cours que je me rendais au 10 rue Volney ce soir-là, mais pour la projection du film Les Adieux dans le cadre de l’exposition consacrée à Clairemarie Osta et Nicolas Leriche. Je n’ai pas encore vu cette exposition, mais la salle de projection en donne déjà un rapide aperçu: au mur, de grandes photos des Etoiles sur scène, sur les côtés ou suspendus au plafond, des mannequins portant leurs costumes. Albrecht, Siegfried, Odette, la robe de Tchaïkovsky Pas de Deux sont là, entre autres. La salle est assez petite, le public pas si nombreux (bien que tous les sièges soient occupés), l’ambiance est finalement assez intimiste, pour découvrir ce film consacré aux derniers jours de Clairemarie Osta à l’Opéra de Paris.

La caméra s’est donc glissée dans les studios de répétition, dans les coulisses, au maquillage, aux essais-costume. C’est la manière dont un ballet se répète qui se déroule sous nos yeux. L’accent est mis sur la relation forte qui lie Clairemarie Osta et Nicolas Leriche avec leur maître de ballet pour L’histoire de Manon, Patricia Ruanne. L’idée de transmission est très forte dans ce film. Le couple de danseurs parlent de leur métier, de la scène, du studio, bref de la manière dont ils travaillent. C’est la première fois il me semble que l’on a un aperçu aussi précis du processus de répétition: les Etoiles, seules en studio, puis le filage avec le reste de la compagnie, puis la générale.

Tout cela est bel et bon, me dis-je, mais est-ce vraiment un film sur des adieux ? Ce film semble plutôt centré sur Manon, sur le ballet, sur le travail de répétition, sur l’envers du décors d’une représentation. Le départ de Clairemarie Osta n’est clairement évoqué que deux fois: au début, par une phrase où elle explique avoir pensé à ses adieux dès sa nomination, et à la fin, avec les images des saluts suivie de la remise de la Légion d’Honneur par Brigitte Lefèvre. Où parle-t-on d’adieux là-dedans ? D’autant qu’on ne peut s’empêcher de comparer avec le récent film qu’a consacré Cédric Klapisch aux adieux d’Aurélie Dupont sur le même ballet…où la confession face caméra sur les adieux en eux-mêmes était beaucoup plus présente.

En réalité, je pense que ce film traite bien des adieux. Non pas d’une manière objective, mais d’une manière subjective. Il faut avoir conscience, en le regardant, que ces images sont les dernières de Clairemarie Osta en studio à l’Opéra, sur la scène de Garnier. Il y a une dichotomie entre cette réalité (ce sont les derniers instants), et le silence qui l’entoure. Le couple de danseur est à la fois transparent, il se confie, oui, mais tout cela reste extrêmement pudique.

Transparence et pudeur mêlées, c’est ce qui caractérise aussi le temps d’échange, passionnant, qui suit la projection. Clairemarie Osta se confie, en toute sincérité, en toute simplicité, mais avec une certaine pudeur (et ces mots ne sont pas un reproche, loin de là). « J’ai toujours le trac quand je vois (ce film) », s’exclame-t-ellle. Elle explique pourquoi ces adieux sont la première chose venue à son esprit au jour de sa nomination: être nommée Etoile, c’est pour elle savoir qu’il y aura un jour cet hommage que sont les adieux, c’est savoir ainsi que son nom restera. Oh combien cette pensée est vraie, puisque ce film existe, tourné par Arnaud Dreyfus en catimini: la Direction de  l’Opéra n’était pas au courant, les conditions de tournage furent donc sportives (les cameramans ont appris toute la chorégraphie pour pouvoir filmer sans déranger le couple et la compagnie, des studios à la scène !).

Il est question de ce qui pourrait sembler une tragédie pour un danseur: la retraite. Ce n’est pas la pensée qu’en a Clairemarie Osta: elle décrit la vie des danseurs à l’Opéra comme étant « absolue », savoir que cela aura une fin s’avère donc au final positif. Depuis, elle avoue se sentir plus libre, plus à l’écoute de la vibration du moment, même si cela se traduit par plus de démarches à accomplir et un calendrier plus instable: cela change avec le rythme de « Formule 1 » (sic) de son ancienne carrière.

Elle se confie aussi sur ses dernières pensées avant de monter une ultime fois sur scène. Elle explique dans le documentaire consacrer habituellement ce moment à rentrer dans le personnage. Etait-ce encore le cas lors de ce dernier spectacle, lui demandais-je ? Elle avoue que ce fût plus difficile…d’habitude, Clairemarie Osta ne pensait pas aux gens qui sont dans la salle: seul le spectacle, le collectif, la compagnie, comptent. Ce soir-là, se dire, savoir, que le public était venu pour elle, a nécessairement fait que ces derniers instants, qui semblent dans le film une scène de coulisse ordinaire, furent en réalité bien plus intenses que ce que l’image peut retranscrire.

Se consacrant principalement aujourd’hui à l’enseignement de la danse avec son mari Nicolas Leriche, la question de la transmission se posait d’autant plus qu’elle est présente dans le film. Durant l’échange, Clairemarie Osta parle de cette transmission, de ce respect du savoir des anciens indispensable dans la danse, et de l’impératif transfert de cet héritage. Alors que je l’interroge sur sa vocation de professeure, elle m’explique: « j’ai toujours voulu enseigner, même élève. J’ai une admiration pour le professeur, plus que pour le danseur. Une fois Etoile, je me dis que c’est génial car en tant que professeur je vais avoir des choses à raconter ! Je suis toujours intervenue dans le travail de mes camarades lorsque j’étais encore élève. Pour moi, elles faisaient office de laboratoires autres que moi-même ! ». Une vocation ancienne donc, qui s’épanouit entièrement et avec succès depuis le lancement du Laac en septembre dernier.

Concluons cet article avec ces mots: « Je ne suis pas sportive du tout ! Je n’imagine pas du tout faire un autre mouvement que celui de la danse ». Puis, à peine audible, dans un chuchotement, cette parole : « Je ne danse pas pour ma forme. Je danse pour vivre ». La pudeur, toujours.

Remerciements: tous mes remerciements vont à Clairemarie Osta pour sa gentillesse, ses réponses à mes nombreuses questions et sa disponibilité, à Elephant Paname pour cette belle soirée.  

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Ce beau texte rend un bel hommage à une danseuse poignante … son Manon d’adieu fut tellement émouvant …
    et l’Elephant Paname est un lieu qui m’avait beaucoup plu lors de mon passage pour l’expo sur Noella Pontois
    J’irai voir l’expo en cours et suis jaloux de votre belle soirée cher ami !

    J'aime

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