Spartacus par le Bolchoï – Debrief d’une rediffusion au cinéma

Par Victor

Ma devise du moment, c’est « l’occasion fait le larron ». C’est en voyant passer une annonce pour un jeu-concours proposant de gagner des places pour la rediffusion de Spartacus par le ballet du Bolchoï que je me suis retrouvé au Club de l’Etoile un dimanche après-midi.

Spartacus, de Grigorovitch, n’était pas un ballet qui éveillait en moi un sentiment positif. Il y a quelques années j’avais emprunté un DVD de l’œuvre, et pour être honnête je n’étais pas allé au bout. Il faut dire que ce ballet est particulier : œuvre soviétique s’il en est, le message politique est très présent. Le chorégraphe diabolise Crassus, le capitaliste, le sulfureux, le romain qui préfigure le fachiste jusque dans son salut, et élève Spartacus aux nues, l’esclave, le courageux, le martyr…le tout sur fond de musique aux consonances volontiers martiales.

Je suis pourtant ressorti de la projection conquis. Le ballet en lui-même n’est pas du tout le saucisson pompeux et assommant dont j’avais le souvenir. Et surtout, la production et les interprètes sont au top pour nous faire passer un beau moment. De plus la conférence d’Ariane Dollfus, journaliste et biographe de Noureev, qui précède la projection, nous aide à mettre l’œuvre en perspective.

A première vue, ce Spartacus est une affaire d’hommes. L’intrigue est d’abord servie par deux personnages masculins au cordeau. Mikhaël Lobukhin est tout-ce que l’on attend du rôle-titre : beau bébé aux yeux bleus et à la blonde crinière, il incarne Spartacus par des sauts virils à répétition, et est parfaitement taillé pour la multitude de diagonales que le chorégraphe prévoit pour son héros. Tout le vocabulaire du grand ballon masculin y passe : grands jetés, ciseaux, rivolatades, cabrioles s’enchaînent. A quelques rares exceptions près, notre héro reste cependant enfermé dans son stéréotype de bourrin torturé, et nous montre peu de sensibilité profonde/pas trop sur-jouée. A part dans le pas de deux de l’acte 3, mais j’y reviendrai. Vladislav Lantratov est quant à lui un Crassus complet : on lit la folie et le lucre dans ses yeux, sa danse (« très dans le sol » souligne Ariane Dolfus) nous emporte, et je lui trouve un sacré air de Joffrey Baratheon…Vaincu par Spartacus, on sent chez lui un monde qui s’effondre, son désir de vengeance, les sentiments complexes sont peints de manière plus intense que par son collègue à mon sens. Collègue qui, au demeurant, occupe l’espace sans pareille et entraîne à sa suite un corps de ballet masculin motivé, en forme, et servi par des danses d’ensembles 100% testostérones (qui, franchement, font envie).

Mais derrière le binôme Spartacus/Crassus, un autre couple, féminin cette fois, se dévoile. Phrygie est l’amante du Thrace, Egine du Romain. Elles sont au cœur de l’histoire, la font avancer, et leurs rôles ne doivent pas être minorés. Anna Nikulina, que je découvre, me marque beaucoup : beaucoup de finesse dans ce rôle qu’elle incarne très justement, sans grandiloquence, et éveille vraiment l’empathie. Une technique impressionnante bien entendu mais pas surfaite, ce qui est très agréable. Un seul reproche : une petite raideur qui revient parfois dans les poignets, s’étendant au reste du bras. La Tsarine, Svetlana Zakharova assure le spectacle : elle que l’on connaît bien Giselle ou Odette, quel cygne noir en puissance dans ce Spartacus ! Elle suinte la luxure et le machiavélisme, se lance dans des danses endiablées avec brios, hormis quelques réceptions parfois un peu limites qu’on lui pardonnera aisément tant le reste de sa danse aimante.

De cette projection, je retiendrai surtout le pas de deux de Spartacus et Phrygie à l’acte 3. Dans un décors soudain épuré après l’ambiance péplum qui le précède, une musique qui quitte sa tonalité militaire et un brin boum-boum pour plus de subtilité s’élève. Le solo de Nikulina est très juste, et dans le pas de deux Lobukhin réussit un peu à s’extraire du guerrier pour montrer l’amant, pas totalement cependant. C’est véritablement elle qui tient le morceau, sans faillir, avec une justesse impeccable. Bon, évidemment, les portées acrobatiques de la chorégraphie en mettent pleins les yeux, mais on est au-delà : j’ai vraiment été emporté avec eux. Et ce n’était pas gagné, puisque j’avais visionné le même pas de deux sur internet au préalable, et il ne m’avait franchement pas branché. Pas du tout. Jugez donc de l’impression que m’a laissé le couple quand il eut fini ! Sur mon siège de cinéma, j’ai failli applaudir.

Vous savez peut-être que la danse russe n’est pas, ordinairement, ma tasse de thé. Mais dans un ballet aussi russe que celui-ci, il faut admettre qu’elle fait merveille. Spartacus est un grand ballet, un beau ballet, qu’il est probablement incongru de voir danser ailleurs, et c’est certainement pour le mieux : qu’on se le dise, Spartacus est russe ! 

Merci à Danser Canal Historique pour les places et à Ariane Dollfus pour sa conférence complète et très intéressante avant la projection !

Photo: Statue de Spartacus par Denis Foyatier (1830), aujourd’hui au musée du Louvre.

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