Debrief général de Roméo et Juliette

Roméo et Juliette, c’est fini pour cette année ! Et ça fait bizarre de l’écrire…Depuis le 19 mars, la tragédie shakespearienne a fait vibrer le public de Bastille. J’ai moi-même découvert le ballet en live à l’occasion de cette série. Et je dois admettre que j’ai vraiment du mal à le quitter. Je dois aussi vous dire que j’ai encore plein de choses qui me tournent dans la tête que j’ai l’impression que je n’ai pas encore écrit. Le fait de voir le ballet trois fois m’a, en particulier, fait réfléchir sur pas mal de choses…Allons, debriefons debriefons sans plus tarder.

Roméo et Juliette en live

Je découvrais donc le ballet pour la première fois le 19 mars. « Comment, me direz vous, mais tu nous a pourtant vanté le ballet de Noureev dans un article dès le 17 ! ». Certes. C’est que je m’étais instruit un peu avant, et que j’avais donc visionné la version de Noureev au préalable (avec Monique Loudière et Manuel Legris, ouais ouais). Et je réalise qu’entre mon impression sur écran et celle dans la salle, il y a un monde. J’avais cité dans mon article quelques moments-clefs du ballet. Bien entendu, la Danse des Chevaliers reste un chef-d’œuvre, particulièrement dans la version Noureev. La variation de Mercutio est, particulièrement lorsque bien servie, fantastique de technique et de drôlerie. Le pas de deux du balcon sublime bien entendu, la mort de Mercutio de même…mais mes moments préférés parmi tous, je ne les avais pas vraiment vu venir. Ce sont ceux qui glacent le sang, qui m’ont à chaque fois laissés scotchés à mon siège: les pleurs sur Tybalt et Juliette forcée à mettre sa robe.

Dans le premier, Tybalt vient d’être tué par Roméo et Juliette pleur son cousin, et sur son meurtrier qu’elle vient d’épouser. J’ai parlé dans mes articles de la « petite folie » de Juliette. Cette scène est comparable à la folie de Giselle dans le sens où c’est le moment où le ballet bascule, où Juliette perd tous ses repères, quitte son enfance, entame sa marche vers le tombeau. La chorégraphie est géniale: ces cambrures, cette manière d’alternativement se jeter vers la terre et vers le ciel, ces jetés finis sur l’arabesque sont absolument pétrifiants.

Dans le second, les parents de Juliette et sa nourrice la forcent à mettre la robe dans laquelle elle doit être présentée à Tybalt. Symboliquement, ce sont ses proches qui passent à Juliette ses habits de mort. Dans cette scène, Juliette se débat, crie, supplie, et finit comme déjà morte, vidée de volonté et de vie. Là encore, le sang se glace.

J’ai terriblement hâte de revoir à nouveaux ce ballet. Concentré d’Histoire, de drame, de vie, de mort, d’amour, il ne peut laisser indifférent. Et comme nous allons le voir, ce ne sont pas les interprétations qui manquent.

Le meilleur couple

Roméo et Juliette, c’est bien entendu avant tout un couple. J’en ai vu trois, et sont donc nominés:

Le couple d’idéalistes : Amandine Albisson et Mathieu Ganio. Elle, une enfant à la recherche d’un autre destin que celui d’une jeune femme noble de l’Italie de la Renaissance. Lui, un jeune rêveur à la recherche d’un absolu. S’aiment-ils ? Ils aiment plutôt l’idée de leur amour, et c’est cela qui les conduit au tombeau.

Le couples de passionnés : Dorothée Gilbert et Hugo Marchand. Eux s’aiment tous les deux d’un amour fou, ne vivent que l’un pour l’autre et l’un par l’autre. C’est leur passion, leurs émotions irrépressibles, qui les poussent vers la mort.

Le couple des amoureux tragiques : Léonore Baulac et Mathias Heymann. Ils s’aiment, intensément, d’un amour jeune et beau. Dans leurs cas, c’est le destin qui leur tombe dessus sans crier gare.

Prize Winners : pour la passion et pour leur performance en tant que partenaires sur scène, ce sont sans conteste Dorothée Gilbert et Hugo Marchand qui furent finalement, à mes yeux, les meilleurs Roméo et Juliette de cette série, ceux qui, à deux, m’ont le plus fait vibrer.

Je retiendrai le Roméo et la Juliette de…

Pour Roméo : Hugo Marchand. Son Roméo m’a indéniablement marqué, tant par sa danse puissante et engagée que par son interprétation juste et passionnée. Mathias Heymann et Mathieu Ganio étaient eux aussi de formidables Roméo, plus rêveur pour l’un, plus joyeux et technique pour l’autre, mais mon souvenir reste attaché à « Hugo-wooooh ».

Pour Juliette : à contre-courant de ce que j’entends ici et là, je vote Amandine Albisson. Les trois Juliette que j’ai vu étaient là encore toutes très bien dans leur proposition. Qu’on se le dise une dernière fois, dans cette série, je pense qu’il n’y a eu aucune erreur de casting. Aucune. Mais d’un point de vue très subjectif, l’interprétation intelligente d’Amandine Albisson m’a complètement chamboulé. Cette danseuse sait toujours me surprendre, me proposer son rôle sous un angle différent, et c’est ce qu’elle a su faire en montrant une Juliette forte, déterminée, presque pragmatique. Une Juliette plus amoureuse de sa liberté niée que de son Roméo. Et c’est elle que je garderai en mémoire (notamment dans les fameux passages « glaçants » ci-dessus évoqués).

Je retiendrai encore…

Déjà le Mercutio démentiel de François Alu. Ce n’est plus un mystère pour ceux qui me lisent le plus, je suis un supporter convaincu du Premier Danseur. Son Mercutio était soufflant de technique (as usual), et il a su proposer une interprétation intelligente. Joueur, bouffon, potache au premier acte mais pas vulgaire, il endosse le rôle du bon pote sans problème. Il meurt sous les coups de Tybalt avec un pathos sublime, celui de l’insouciant qui soudain comprend son malheur, et revient au troisième acte en fantôme désincarné, certes, mais toujours ami de Roméo. Il est mort mais toujours sensible, tendant la drogue à Juliette comme un ange gardien et non comme un esprit frappeur. J’ai beaucoup aimé mes deux Benvolio, Fabien Révillion et Mickaël Lafon: si le premier est plus technique, le second est immensément crédible, je n’arrive donc pas à faire de choix. Tybalt sera Audric Bezard: animal et violent en diable, il nous a de plus gratifié de belles variations. Rosaline enfin, malgré la belle prestation de Héloïse Bourdon, restera Sarah Kora Dayanova: moins désincarnée, plus naturelle, elle a vraiment su donner de l’ampleur au rôle. Pour Pâris enfin, j’hésite entre Jérémy-Loup Quer et Yann Chailloux. Tous les deux ont finalement fait une belle prestation: interprétations différentes, danses différentes, mais je ne saurai dire lequel m’a le plus marqué.

N’oublions pas le corps de ballet

Je me rends compte que j’ai très peu parlé du corps de ballet dans mes debriefs. Déjà, on le sentait heureux d’être sur scène pour ce ballet. J’ai pour ma part trouvé les affrontements Capulet (#teamCapuletnabandonnejamais) et Montaigu (#teamMontaiguvouslavezdanslecul) très vivants, joyeux, dansants, une belle énergie venait de la scène. Je garde de la danse des chevaliers l’image des danseuses cambrées, avec des ports de tête sublimes et des bras royaux…amis de Juliette, de Roméo, suite de Pâris, tout cela m’a plu. Réserve pour les acrobates qui n’ont jamais vraiment su comment dépasser le côté atta-chiant de leur (ingrat) passage, et se sont parfois emmêlés les drapeaux…Mentions spéciale enfin, aux Dames Capulet (Stéphanie Romberg et Marie-Solène Boulet, sublimes de classe et de froideur) et aux Nourrices (Maud Rivière et Alexandra Cardinale, marrantes, attachantes, à chaque fois rien à dire).


Rajoutons que sur les réseaux sociaux, en particulier Instagram (mais aussi Twitter), toute la compagnie semblait ravie de présenter ce Roméo et Juliette, y avoir pris du plaisir et s’y être amusée. En témoigne les quelques exemples que je vous ai glissé dans les Brunchs de ces dernières semaines. Sans parler du fameux compte Instagram @romeoetjuliette2016 ! De même pour le public: complètement à fond, Bastille rempli, une belle énergie collective autour d’un grand ballet narratif…avec tout ça, vivement Giselle !!

Et n’oubliez pas que « nous on fait l’amour on vit la vie, jour après jour nuit après nuit, à quoi ça sert d’être sur la Terre si c’est pour faire nos vies à genoux ». Les vrais savent…

Photos: de haut en bas, Dorothée Gilbert et Hugo Marchand, Amandine Albisson et Mathieu Ganio, Léonore Baulac et Mathias Heymann. Photos par La Petite Photographe ! Retrouvez son travail sur Instagram et Twitter.

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