Giselle, THE Ballet

Ah, Giselle, Giselle…Quand j’essaie de faire une liste de mes ballets préférés (ce qui est assez dur car mon classement change tous les quatre matins), Giselle est toujours dedans, et souvent en première place ! Le ballet de Jean Coralli et Jules Perrot, créé à Paris en 1841, est communément désigné comme l’un des plus anciens du répertoire. Il nous est arrivé presque pur (même si les modifications chorégraphiques sont inévitables), et c’est à mes yeux un chef-d’œuvre. Un ballet que, amateur de danse ou non, il faut absolument connaître.

L’histoire

L’argument de ce ballet, signé des belles plumes que sont Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Théophile Gautier, paraît tout de même au premier abord des plus simplistes. C’est Giselle, une petite paysanne allemande bien mignonne mais un peu co-conne (ah si, si, faut bien se le dire quand même elle n’a pas inventé l’eau chaude), qui rencontre un type qui s’appelle Loys. Ils fricotent gentiment, lui drague sec, elle fait sa timide, en vrai elle est folle de lui, enfin bref, tout cela sent bon l’amour et la marguerite. En plus c’est la fête des vendanges, alors les villageois dansent, font la chouille, les nobles du coins se ramènent après la chasse pour boire des coups dans le village, c’est assez sympa. Si sympa que Giselle est nommée reine des vendanges, génial. Il y a même une jolie dame de la Cour du Duc, Bathilde, qui lui file son collier, trop la classe. Giselle danse comme une petite folle, sa mère s’inquiétant tout de même un peu pour sa santé cardiaque…Sauf que Hilarion, le garde-chasse, il en pince aussi pour la p’tite. Il a pigé depuis le début que l’gars Loys, il est bien propre et maniéré pour un paysans, puis bon il planque une épée et une cape, donc…sonnant de la trompe, il rameute la Cour qui se désaltérait et la met face à face à Loys. Ce dernier se révèle être Albrecht, le fils du Duc, et le fiancé de la noble Bathilde. Devant eux, il donne le change. Giselle, voyant cela, devient folle, perd totalement la raison en réalisant que son amour l’a trompé. Devenant hystérique, elle finit par tomber morte. Saisi d’effroi, Albrecht s’enfuit du village.

La nuit venue, près de la tombe de Giselle, les Wilis se réveillent, emmenées par leur reine Myrtha. Ce sont les esprits des jeunes femmes mortes d’amour avant leur mariage, qui entraînent dans leur danse, jusqu’à la mort, tout homme qui aurait le malheur de passer par là. Giselle sors de sa tombe, et est faite Wili également. Décidément pas le dernier pour avoir des idées pourries, Hilarion s’aventure justement dans la forêt. Les Wilis l’entraînent dans la danse, et il meurt d’épuisement (un peu comme une merde). Mais voici à son tour Albrecht, qui, les bras chargés de lys, vient se recueillir sur la tombe de Giselle. Il voit le fantôme de sa bien-aimée, mais les Wilis surgissent et le font danser. Giselle, toujours amoureuse quoique morte, l’épargne en suppliant Myrtha et sa troupe. Elle danse à sa place, toute la nuit, lui offrant quelques instants de repos. Quant au matin le jour se lève, Albrecht est épuisé mais sauvé, les Wilis regagnant leurs tombes. Giselle fait de même, dans une dernière étreinte fantomatique à Albrecht.

Au-delà du seul livret, on peut avoir quelques degrés de lecture supplémentaires et parfois contradictoires: sont abordés la faiblesse masculine, l’amour interdit mais éternel, la pression sociale, le rapport à la mort…vous pouvez lire et relire Giselle, c’est un ballet plein de surprises !

La musique

Je suis un grand fan de la musique d’Adam. C’est une musique que tout danseur connaît quasiment par coeur, tellement on la retrouve en cours de danse ! Et puis cette jolie utilisation du leitmotiv, cette légère gaieté paysanne suivie de la petite musique de la folie, ce côté charmant et ténébreux à la fois de la danse des Wilis, les accents forts de l’épuisement d’Albrecht…C’est quand même bien foutu. Saluée par Saint-Saëns, Tchaïkovsky dira de la partition qu’elle est un « bijou poétique et musical », il la relisait toujours avant d’écrire un ballet.

La chorégraphie

La chorégraphie a nécessairement changé depuis 1841: les danseurs sont nombreux à avoir apporté leurs petites variantes, les chorégraphes aussi. Ainsi la variation de Giselle à l’acte 1 peut se finir en diagonale de pirouettes ou en manège de piqués, Albrecht a aussi ses petites variantes à l’acte 2, etc…On retient de cette chorégraphie, originellement signé Jean Coralli et Jules Perrot, son côté inspiré de l’école italienne, avec une petite batterie abondante, des pas précis et dans le bas de jambe (les balançoires-ballonné-petit jeté et les ballonnés de Giselle à l’acte 1, les multiples brisés et entrechats six de l’acte 2…). Mais l’image que vous avez en tête en sortant, c’est l’arabesque: emblème du style romantique, elle signe les danses des Wilis et de Giselle au second acte. Enfin la pantomime: ultra-présente à l’acte 1, elle aide bien (ou pas) à la compréhension de l’histoire (j’en reparlerai si j’ai le temps…).

Quelques mots plus généraux: contrairement aux grands ballets classiques de Petipa, je ne vois pas Giselle comme une histoire qui ne serait qu’un alibi à la débauche technique, mais une danse au service de l’histoire. La découpe traditionnelle pas de deux-variations-coda y est beaucoup moins nette, tout se tient d’un bloc, le corps de ballet des Wilis joue à mon sens un rôle à part entière (beaucoup plus que des cygnes ou des ombres je trouve). De plus, si Giselle est un challenge complet pour la danseuse qui se doit d’exceller, l’interprète d’Albrecht me donne l’impression d’être plus tranquille. Il danse finalement assez peu à l’acte 1, et au second une faiblesse technique peut se planquer sous l’interprétation: après tout, Albrecht est censé être un mec épuisé qui n’en peut plus de danser. De plus les enchaînements sont, somme toute, assez connus et travaillés en classe…après, on voit qui saute haut et qui ne le fait pas, qui fait 6 tours et qui en fait 2, qui a les finitions propres et qui ne les a pas !

Les moments-phares

Si j’aime bien le petit pas de dragouille entre Giselle et Albrecht au début (vous savez: balançoires-ballonné-jeté), c’est la variation de la demoiselle qui marque le début des festivités. Tout dans la pointe et le bas-de-jambe, une certaine demande en terme d’équilibres, et la fameuse (et redoutée) diagonale de ballonnés sautés sur pointes…On enchaîne avec le pas de deux des Paysans, un joli petit pas d’école qui peut être assez barbant comme se révéler un moment absolument charmant. Perso j’adore les quatre variations (deux pour la danseuse, deux pour le danseur). La folie de Giselle n’est pas vraiment un moment de danse, mais un bijou d’émotion et un challenge d’interprétation pour toute danseuse. A l’acte 2, on notera le long passage de Myrtha, puis le court mais intense moment où Giselle devient Wili (avec les tours en arabesques penchés puis la diagonale avec les grands-jetés, j’adore). L’entrée d’Albrecht est marquante: en noir, ses lys à la mains, on reconnaît un grand danseur à sa capacité à occuper seul l’espace en ne faisant que marcher à ce moment. On adore le pas de deux de Giselle et Albrecht, merveilleux, sa variation à lui, grandiose (et tous ces sauts, youpi), et in fine la série de redoutables entrechats 6 du danseur Etoile, avec juste avant le lever du soleil les sissones-coupés-assemblé conclus par ce temps de poisson où Albrecht s’effondre à terre….sublime. Ah, à un moment, les Wilis se croisent dans une vision onirique, les tutus blancs se confondant, le tout en arabesques, et c’est beau !

Les pièges

Giselle n’a pas le droit de se louper, doit gérer la transition entre les deux actes (registre totalement différent) et a intérêt à être solide sur ses pointes. Albrecht est plus pépère, mais il est attendu au tournant sur sa variation du second acte et sur la série d’entrechats-six qui suivent. De plus, il se doit d’être un partenaire sans faille. Côté rôles secondaires, attention aux Paysans qui doivent nous surprendre pour réussir leur coup, et à Myrtha qui, si elle se doit d’être implacable et effrayante, est tenue de ne pas tomber dans le grotesque…

Vade-mecum du spectateur

Il me semble que l’on applaudit lorsque Giselle sort de sa chaumière. Applaudissements à la fin de la diagonale de ballonnés lors de sa variation, elle les mérite. Applaudissements à la fin de la même variation bien sûr, en fait on applaudit à la fin des danses sans trop se poser de question (et si le reste du public fait de même, comme toujours). Au second acte, lorsque Albrecht fait ses entrechats-six, il me semble qu’on applaudit à chaque fois qu’il en passe 10 environ. Je crois qu’il y a un moment où il faut applaudir les Wilis qui se croisent, mais je ne sais plus au bout de combien de croisement…Sinon le ballet est assez court, vous pouvez prévoir d’aller dîner après sans avoir trop faim en sortant de l’Opéra. 50 minutes pour les deux actes, une pause-pipi au milieu et vous êtes bons.  

Pour résumer…

Giselle, le ballet des ballets, le chef-d’oeuvre romantique, celui dans lequel tous les grands noms de la danse ont brillé, un must-see que chacun devrait connaître.

Photo: Tamara Karsavina et Vaslav Ninjiski, Giselle et Albrecht (acte 2), 1910.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Fantasio dit :

    Qu’est ce que le pas balançoire, ne serait-ce pas plus tôt des balancés?

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    1. ildanse dit :

      Hum, exact, ça marche aussi ahah ! Mais j’aime bien « balançoire » alors j’ai mis « balançoire » 😉

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