Giselle- Le Debrief Général !

Giselle, c’est fini ! La série s’est achevée avec la 800e du ballet à l’Opéra de Paris: une preuve encore, s’il en est, que le ballet est increvable. L’accueille des spectateurs, profanes comme réguliers, a de plus été quasi-unanime sur cette série. Giselle enchante, Giselle fait rêver, mais il est temps pour moi de vous livrer quelques impressions globales, car il me reste encore des choses à dire.

Le tableau d’honneur

Ma meilleure Giselle : des trois Giselle que j’ai vu, c’est Myriam Ould-Braham qui m’a le plus marqué. L’Etoile a su trouver une interprétation intelligente du rôle, sans niaiserie mais avec beaucoup de romantisme. J’ai beaucoup aimé les deux autres interprètes que j’ai pu applaudir: Eléonore Guérineau et Amandine Albisson (qui est, à mes yeux, celle qui a le plus maîtrisé techniquement le rôle), mais MOB a ce petit truc magique qui fait que son interprétation m’a convaincu à 100%. Un mot également à propos de Dorothée Gilbert: ceux qui l’ont vu ne s’en remettent toujours pas, et les quelques vidéos qui traînent me font vite comprendre pourquoi…

Mon meilleur Albrecht : la concurrence est rude dans mes souvenirs…si Mathias Heymann m’a semblé avoir l’interprétation la plus aboutie (et la force de saut la plus transcendante), Arthus Raveau m’a véritablement touché. Et puis les 32 entrechats 6, c’est lui qui les a fait. Un point partout donc, de mon point de vue, pour deux interprétations pourtant très différentes.

Ma meilleure Myrtha: Ahlala, là encore mon coeur balance entre Héloïse Bourdon, reine des Wilis autoritaire et très convaincante, et Hannah O’Neill. C’est cette dernière que je retiens finalement. Héloïse Bourdon a incarné le personnage, certes. Hannah O’Neill, au contraire, l’a désincarné: sur scène, c’était une véritable apparition, un fantôme, inexpressif, froid, mort. Rajoutons à cela une maîtrise technique des sauts peut-être supérieure, et vous avez une Myrtha de rêve.

Mon meilleur Hilarion: Sans hésitation, Audric Bezard pour son côté « brute amoureuse » convaincant, qui a de plus éveillé ma sympathie. Très crédible à l’acte 1, sans trop en faire, il reste à mes yeux celui qui s’est le plus débattu face aux Wilis. Il paraît que François Alu a fait un Hilarion fantastique, mais je n’étais pas là pour le voir…

Mon meilleur Pas des Paysans: Le couple Charline Giezendanner-François Alu était sans doute le plus virtuose et le plus équilibré dans ce passage, sur toute la série. En vérité, sur leur prestation, je n’ai plus les mots (IN-CRO-YA-BLES). 

Ma surprise inattendue : Sophie Mayoux dans le Pas des Paysans. Je ne m’y attendais pas, et voilà comment on découvre une danseuse avec une danse propre, intelligente, et un sens scénique très agréable.

Le sentiment général

Le corps de ballet s’est, à mes yeux, amélioré tout au long de la série. Quasiment encore en rodage lors de l’Avant-Première Jeune, déjà plus aguerri 24h après pour la Première, je l’ai ensuite trouvé efficace et enthousiaste au premier acte. Pour le second, les Wilis de l’Opéra de Paris méritent à mon sens leur réputation: le corps de ballet faisait parfaitement partie de l’histoire. Alors oui, tous les alignements n’étaient pas parfaits-parfaits-parfaits, mais franchement, c’était suffisamment bien pour que je m’en fiche. Non je ne suis pas difficile: qu’importe la rectitude impeccable des lignes, tant que le reste est présent ?

L’orchestre aussi s’est amélioré, je pense, au fil des représentations, jusqu’à délivrer un travail correct. Il faut dire qu’on revenait de loin…il est aussi à déplorer, et cela a déjà été fait, que ce soit un orchestre de jeunes, celui des Lauréats du Conservatoire, qui assure la charge d’un si grand ballet. Ils ne m’ont pas parfaitement convaincu, les faussetés étaient encore trop nombreuses à mon goût.

La série laisse tout de même sur un sentiment de soulagement. Giselle est bien chez elle à Garnier, le public amateur comme habitué l’a accueillie avec bonheur. Ce n’était pas évident: une fin de saison, une année chargée et mouvementée pour la compagnie, un ballet pas dansé depuis un bout de temps...le pari est finalement relevé à mes yeux, et l’on a hâte que l’affiche annonce une nouvelle fois Adam, Coralli et Perrot.

Les questions existentielles

Plein de petites interrogations me sont venues au fil des soirées. Doit-on applaudir (ou plutôt, ne pas applaudir): lorsque Giselle ou Albrecht rentre en scène au début, lorsque les Wilis se croisent et à partir de combien d’entrechats-six d’Albrecht est-on attitré à crier son enthousiasme ? Comment les voiles des Wilis s’envolent-ils ? Quelle est la couche de laque/le nombre d’épingles optimale à appliquer pour que le chignon de Giselle tienne tout le premier acte mais se défasse sans problème pour la scène de la folie ? A chaque fois on voit Hilarion courir dans les coulisses après s’être fait jeter par les Wilis: meurt-il vraiment (Hilarion et JS, même combat, les vrais comprendront) ? 

Pourquoi Wilfried (c’est l’écuyer) court-il de manière ridicule ? Et d’où lui vient ce don de se pointer au moment où l’on n’a PAS besoin de lui ? Peut-il comprendre quelque chose sans qu’Albrecht ne le lui dise trois fois ? Ou bien est-il amoureux d’Albrecht et jaloux de Giselle ?
Que font les nobles dans la chaumière de Giselle ? Où se planque Albrecht pendant une bonne partie du premier acte et qu’y fait-il ? Le duc veut-il (aussi) exercer son droit de cuissage sur la petite (il lui touche le menton à un moment…bon, ya doute) ? Ou pire, le duc ne serait-il pas le véritable père de Giselle, qu’il a eu avec la mère (qui cache bien son jeu, la coquine).
Quel était le degré d’alcoolémie des joueurs de dés du second acte pour qu’ils aient la chouette idée d’aller jouer, à minuit, dans un cimetière ? Qu’est-il arrivé de son vivant à cette pauvre Myrtha pour qu’elle soit aussi aigrie ?

J’attends vos réponses, vos suppositions, le doute m’assaille trop. Voilà, Giselle c’est bel et bien fini, mais me connaissant je vais encore avoir des extraits de la musique dans la tête pour trois bon mois minimum. Et je ne vais pas m’en plaindre ! 

Photos: à gauche Eléonore Guérineau et Arthus Raveau, à droite Amandine Albisson et Stéphane Bullion. Crédits photos La Petite Photographe (TwitterInstagram). Au centre: le corps de ballet, Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, crédits photos ma pomme, depuis l’amphithéâtre. 

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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. ona dit :

    Vous n’avez jamais été dans un cimetière pendant la nuit ? C’est courant à un certain âge pour prouver que l’on a peur de rien ! (A la campagne en tout cas…) Bon, normalement on cherche la tombe la plus ancienne, mais pourquoi ne pas jouer aux dés ? Par contre, s’en prendre à de pauvres nigauds qui jouent aux dés, il faut avoir vraiment beaucoup souffert…ou être jalouse ?

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  2. Applaudir Giselle qui sort de sa chaumière .. je ne le ferai plus ! mon voisin de devant m’a regardé limite prêt à ordonner que l’on m’injecte un neuroleptique pour me calmer ou appeler un prêtre pour m’exorciser …
    oui tout le mon de semble vouloir se « droit de cuisse » dans cette histoire, il n’y a que le pauvre écuyer qui voudrait bien mais dont personne ne veut … il semble tellement fétichiste de l’épée d’Albrecht que cela en est gênant !
    les Willis devraient se croiser une fois de plus pour déclencher les applaudissements avec moins de questionnement ; de même qu’Albrecht devrait faire 5 minutes d’entrechats pour que le public daigne tapoter dans ses mains ! non mais sérieux à 16 on a le droit , à 20 ON EN A LE DEVOIR !! mon dieu que les gens sont frileux quand il s’agit de montrer leur enthousiasme !!
    et toujours un grand plaisir à vous lire … je tenais à saluer votre abondante littérature sur cette production , je l’espère pas aux détriments de votre scolarité 😉

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  3. Léa dit :

    Merci pour ce bilan !! et pour le partage régulier de vos impressions de soirées.
    Alors il parait que Karl Paquette a aussi fait ses 32 entrechats 6 (je les ai vus aussi mais pas comptés…), la vieille garde résiste à l’arrivée de la jeunesse fougueuse !! J’aurais bien aimé le voir ceci dit Arthus Raveau, parce que c’est un danseur que j’aime beaucoup.
    Pour ma part je n’ai vu que Vincent Chaillet en Hilarion alors je ne peux pas trop comparer mais une chose est sûre : j’ai adoré son jeu et son personnage, plus touchant qu’Albrecht parfois. Pas une brute non, un brave gars amoureux, trop timide et pourtant bien présent.
    Pour les applaudissements, j’ai du mal à condamner l’enthousiasme du public mais je dois admettre que, ayant déjà naturellement du mal à me concentrer, au bout d’un moment ça me sort de l’action. Sans parler du fait de basculer de l’expérience artistique, sensible, à la focalisation sur l’exploit technique. Et applaudir l’entrée de Giselle et pas celle d’Albrecht, c’est rude…

    Je vous propose une autre question existentielle : toutes les Giselle ont vu leur chignon s’effondrer dans la scène de la folie, sauf une. Laquelle, et surtout, pourquoi (indice : non, ce n’est pas par abus d’épingles pour le fixer)?
    Pour l’envol des voiles des Willis, j’attends aussi la réponse !! J’ai compris en gros le système mais quand même elles se déplacent avec, elles sont nombreuses.
    Et que font les nobles dans la chaumière, ça aussi ça m’intrigue.
    Pour Albrecht j’ai supposé que parfois il rentre au bercail histoire que sa famille ne pose pas trop de questions… Il a une fiancée tout de même.
    Et comment ça se fait que Hilarion passe toujours au dessus du village pile poil pour voir ce qu’il faut pour la suite, hein?
    Oui j’avoue moi aussi j’ai joué dans un cimetière, le soir. Mais j’avais 10 ans, c’était pas dans une forêt et on ne croyait pas aux fantômes, bref cette saynète est un peu bizarre.
    Enfin Myrtha a pour lourde tâche de gérer un groupe de filles trahies, imaginez un peu la difficulté pour que règne ordre et alignements parfaits !! Et puis toutes ces jeunes filles mortes dans la fleur de l’âge à cause de types pas sérieux, y a de quoi être fâchée…
    Ah là là, elle va nous manquer cette Giselle, mais c’est vrai qu’après des débuts difficiles, quelle joie (et un soulagement aussi) de la sentir pleinement chez elle à l’ONP !!

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  4. Je me pose la même question sur les Nobles dans la chaumière. Ils sont trop nombreux pour le droit de cuissage. Et la mère est trop vieille de toute façon.
    Je me demande aussi pourquoi Giselle reste deux secondes sur son char avec son sceptre et sa couronne avant de tout enlever et de redescendre – disons que je trouve ça bizarre, moi, si je gagnais une couronne à la kermesse, je la garderais toute la nuit, je dormirais même avec.
    D’ailleurs, je regrette de signaler le geste « vulgaire » de toutes les Giselle qui mettent le collier donné par Bathilde dans leur corsage avant leur variation – j’ai vu en vidéo que seule MOB ôtait le collier! Merci à elle!!
    Pour Myrtha, je suis d’accord, pourquoi tant d’aigreur? Je pense qu’il y a un effet miroir avec Hilarion – mais je ne suis pas sûre. Et normalement Hilarion meurt noyé dans un étang.

    Bref : vous confirmez ce qu’Aurélie Dupont a pu dire en interview : il y a bcp de choses peu logiques et compréhensibles dans Giselle – mais nous, ça ne nous empêche pas de l’aimer!

    Aimé par 1 personne

  5. Elisa dit :

    J’ai une explication plus terre à terre: je pense que les nobles vont juste « se rafraichir » dans la chaumière parce que cette balade en forêt les a crevé. Quant au chignon, je crois que c’est la mère qui lui défait quand elle est allongée par terre avant la scène de la folie… L’unique Giselle qui n’a pas eu son chignon défait est celle qui a les cheveux courts (donc perruque?).
    Bon sinon parlons sérieusement: je n’ai pas vu MOB mais il est vrai que Dorothée Gilbert était une Giselle fan-tas-tique. Des arabesques… Mais des arabesques… !
    Côté Albrecht, Mathieu Ganio était le meilleur. Un excellent acteur, il n’a fait « que » 24 entrechats mais ses bras et son visage sont tellement dans l’histoire que c’en était plus émouvant que lors des 32. On ne s’en lasse pas >> https://www.youtube.com/watch?v=SiQW0nTZWeM
    Mention spéciale tout de même à Arthus Raveau pour les 32 et pour cette unique représentation.
    Héloïse et Hannah étaient toutes deux excellentes en Myrtha, mais j’ai une petite préférence pour Héloïse: son côté un peu moins froid lui donne plus d’émotion (mais je ne suis pas objective avec Héloïse)
    Hilarion est un rôle que je trouve assez ingrat et insignifiant. J’y ai apprécié l’engagement d’Alexis Renaud le 5.
    Et puis bien sûr François Alu dans le pas des Paysans. Ca me semblait assez bien fonctionner avec Charline Giezendanner!

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  6. angel dit :

    Mon tableau d’honneur pour un cast …de rêve ?
    Giselle : Myriam Oud Braham
    poetique, lègére, diaphane, précise, émouvante
    Albrecht: Mathias Heymann
    princier, virtuose, élégant, racé, éblouissant
    Myrtha : Héloïse Bourdon
    hypnotique, subtile, intelligente, majestueuse, protectrice
    Hilarion : Vincent Chaillet
    vrai, puissant, viril, poignant, spectaculaire
    Pas de deux des paysans : Charline Giezendaner et François Alu
    f-o-r-m-i-d-a-b-le-s !

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