Le cahier des charges du Ballet

Par Guillaume

Vous avez toujours voulu créer un ballet mais les idées vous manquent ? Voici quelques conseils et astuces pour réaliser votre rêve d’enfant et avoir un beau ballet comme sur la photo: 

Le Ballet de Cour/Opéra-ballet

Genre de titre souhaité : « Les Triomphes de l’Arcadie Enchantée » ou pour donner un côté plus galant : « Les Plaisirs de Cythère ou La Bergère Fidèle ».

Musique : De préférence un compositeur anonyme.

Inspiration chorégraphique : Aucune. Personne ne sait à quoi ça pouvait bien ressembler.

Le meilleur moment pour le représenter : Lors du mariage du dauphin Henri VII de France (13 ans) avec sa cousine germaine l’Infante Maria-Chiquita d’Espagne (11 ans).

Il faudra obligatoirement commencer par un prologue mettant en scène le triomphe du monarque en place, costumé en Apollon, suivit de 27 entrées d’allégories (dansées par une armée de duchesses croulant sous les cornes d’abondances et les perruques à 6 étages).
L’intrigue du reste du spectacle sera la plus décousue possible (on pourra même s’en passer s’il faut).Par contre, on ne pourra pas se passer :

– de bergères
– d’un divertissement sur les Saisons
-d’une entrée pour les Turcs
-de la scène du sommeil
-de bergères
-d’une tempête
-d’un air pour les Furies
-de bergères
-d’un divertissement dansé par les Grâces et les Muses
-de bergères

Le tout se terminera sur une apothéose du Roy, avec une grande chaconne finale et des confettis qui tombent du plafond.

Le Ballet romantique

Genre de titre souhaité : « La Dryade » ou bien « La Dame Blanche ».

Musique : Un compositeur français obscur.

Inspiration chorégraphique : Francesco Tagliatelli, père de la célèbre danseuse Giulia Tagliatelli

Le meilleur moment pour le représenter : Toute l’année. Les balletomanes avertis venant voir 7 distributions d’affilée rempliront sans problème la salle pendant un mois.

Le ballet sera de préférence en deux actes. Il sera de bon ton de placer le premier lors d’une fête villageoise ou bien lors de fiançailles, tandis que le second sera dans une forêt.
Le ballet romantique se terminera MAL. C’est la règle. Le prince/gentil villageois tombera amoureux d’une créature surnaturelle, délaissant sa fiancée comme une vieille chaussette. Tout se terminera mal car il fera une bourde, conseillé par une vieille sorcière à qui il avait chié dans les bottes.

A prévoir :

une trappe pour faire disparaître la créature ailée
du fil de pêche pour accrocher les danseuses du deuxième acte au plafond
un petit skateboard pour faire traverser la danseuse étoile en arabesque (ne surtout pas oublier la petite brume au sol, sinon l’effet sera complètement raté)

Le Grand Ballet classique

Genre de titre souhaité : « Chiquita » ou bien « Boucles d’Or».

Musique : Ludwig Minkus de préférence, on pourra toujours ajouter du Drigo, du Pugni, du Delibes, etc…

Inspiration chorégraphique : Marius Petipa (99% du temps).

Le meilleur moment pour le représenter : A Noël, pour remplir les caisses de l’Opéra.

Le spectacle sera si possible en trois actes. Le premier pour présenter les protagonistes (1h10), le second durant lequel se déroulera toute l’intrigue (20 minutes) et le troisième pour le mariage (55 minutes).

Le premier acte pourra encore se passer sur la place d’un village. On pourra y inclure :

-une valse des paniers
-un pas de quatre des marchandes de fleurs
-un pas de trois dansé par de gentils paysans qui débarqueront de nul part et qu’on ne reverra pas jusqu’à la fin du ballet.

L’entrée de Chiquita, que tout le village semble adorer unanimement, sera inévitablement applaudie par le public.

N.B : Il faudra placer un « acte blanc » dans tout ce bazar, le meilleur moyen étant que l’héroïne fasse un rêve. Le corps de ballet sera en tutu blanc, et Chiquita, elle aussi en tutu blanc, dansera avec une écharpe ou bien une coupe qu’elle a l’air d’aimer particulièrement mais qui n’a aucun lien avec le reste de l’histoire.

Au second acte, il faudra un méchant pour pimenter tout ça, avec des histoires de poisons, de bagues volées et de trahisons. A la fin de l’acte, on se rendra compte que Chiquita est en réalité la fille du Duc enlevée par des romanichels lorsqu’elle était enfant. Elle pourra donc épouser le prince qu’elle n’a aperçu que 2 minutes 30 dans sa vie.

Le troisième acte consistera en un grand divertissement pour célébrer le mariage de Chiquita. Il faudra :

une danse des demoiselles d’honneur (pour faire participer les élèves de l’Ecole de Danse de l’Opéra)
-un pas espagnol, un pas russe, un pas oriental, etc…
-une danse des esclaves africains (histoirede créer une polémique, #Clash&Buzz)
-LE pas de deux, qui réunira nos tourtereaux dans une débauche de manèges infaisables et de 32 fouettés inhumains.

On finira le tout par un grand galop général qui réunira tout ce petit monde dans la joie et la bonne humeur.

Le Ballet néo-classique narratif

Genre de titre souhaité : « La Cerisaie » d’après Tchekhov ou bien « Sissi ».

Musique : On empruntera volontiers aux symphonies de Tchaïkovski et Prokofiev ou bien aux pièces pour piano de Chopin et Liszt.

Inspiration chorégraphique : Un chorégraphe allemand ou anglais.

Le meilleur moment pour le représenter : Lors des adieux de la danseuse étoile phare de la compagnie, qui a choisi expressément ce ballet pour son dernier rôle

L’intrigue sera la plus dramatique possible. Tout le ballet doit être articulé sur le couple principal qui se brisera à la fin du ballet, de préférence par la mort d’un des protagonistes.

Le premier acte débutera dans l’insouciance (par exemple dans un jardin ensoleillé où batifolent des jeunes filles de la bonne société). C’est à ce moment que se rencontreront nos amants maudits, ce qui occasionnera un premier pas de deux.
(N.B : le ballet sera ponctué de pas de deux cultes, que les balletomanes nommeront par leur petit nom : « Pas de deux du miroir », « Pas de deux en rouge », « Pas de deux du tabouret »… etc.)

Le ballet s’enfoncera dans le pathétique progressivement, avec moult meilleurs amis tués par balle, bals tragiques, viols et évidemment la mort des amants pour clore le spectacle. Cette mort se présentera sous forme d’un dernier pas de deux où le public inondera la salle de liquide lacrymal.
Le rideau se relèvera 17 fois sur les deux danseurs étoiles complètement à l’ouest et en larmes.

Le Ballet néo-classique abstrait

Genre de titre souhaité : « Quartet in D » ou bien « Dances in the Garden ».

Musique : A choisir dans les œuvres les plus austères de Stravinsky ou Hindemith, ou bien dans les pièces de Chopin.

Inspiration chorégraphique : un chorégraphe américain.

Le meilleur moment pour le représenter : Lors d’un des multiples « Triple Bill » de la saison.

Le ballet néoclassique abstrait se caractérisera par son fond bleu en guise de décor. Les hommes porteront un t-shirt blanc avec un collant noir, complété par une paire de socquettes blanches très laides. Les femmes seront quant à elles soit en justaucorps, soit en petite nuisette vaporeuse si la musique utilisée est de Chopin.

On enchaînera les pas de deux, les variations, les pas de trois, les ensembles… dans un mépris le plus total de l’ennui manifeste du public.

Maintenant vous savez tout, en route pour les studios: cet été, vous avez un ballet à faire !

Photo: Marie Petipa et Pavel Gerdt, Les Bacchanales (1900)

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Aventure dit :

    Ahahah, on s’y croirait presque ! 😉

    J'aime

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