Triple Master-Bill Forsythe à Garnier

Cette saison a connu quelques bills, double ou triple. Mais pour la clôturer, c’est avec un Bill de maître que William (Bill) Forsythe investit Garnier (ça va, vous suivez ?). Un programme des plus alléchant, qui, vous l’allez voir, m’a complètement ravi pour ces deux dernières soirées de la saison 2015-2016.

Of Any If And – Le poids des mots, le choc des corps

Of any if and est une entrée au répertoire de la compagnie. Pour un spectateur tel que moi, qui finalement ne connaît vraiment de Forsythe qu’assez peu de chose (hormis le divin In the Middle Somewhat Elevated), c’est une oeuvre quelque peu surprenante. On y retrouve la signature du chorégraphe, sans aucun doute: les extensions de jambes faisant appel aux qualités de souplesse des interprètes, l’usage des déséquilibre dans les pas de deux, le contraste entre des séquences  de pas exécutés très rapidement, puis plus apaisés. La musique de Thom Willems, compositeur fétiche de l’américain, accompagne le tout, oscillant entre dissonances rude et douces notes. 

Sur la scène, deux couples. Un couple de lecteurs, assis en fond de plateau, lisant un texte qui ne nous parvient que par bribes. Un couple de danseurs, sortant de deux « boîtes » placées à côté des lecteurs. Des cintres descendent des panneau noirs sur lesquels des mots en anglais s’inscrivent de façon aléatoire, formant des suites sans logique.

Un corps à corps s’engage ensuite entre les deux danseurs. Un véritable couple est sur le plateau. Leur dialogue est intense, se faisant tendre ou brutal selon les instants. Les mots ne suffisent pas à cette conversation: inaudibles, inintelligibles, seuls les corps bruts parviennent vraiment à garder une communication, dépouillée de toutes les conventions induites par le langage. Les émotions, intactes et parfois violentes, mènent la danse. Forsythe explore un rapport à l’autre, un rapport au corps, sans forcément rechercher l’esthétique pure.

Sans m’en rendre compte, je me suis laissé sournoisement glissé dans ce dialogue des deux danseurs: ces vingt minutes entre tendresse, animalité et violence m’ont parfaitement fasciné. A la sortie, une étrange sensation de paix: cet ensemble d’émotions sur le plateau a un effet cathartique insoupçonné.

Les deux couples d’interprètes que j’ai vu me paraissent avoir parfaitement servi la pièce. Léonore Baulac met ses grandes qualités de souplesse au service de la chorégraphie, qu’elle interprète avec beaucoup de sensibilité, avec une belle justesse. Ceci au diapason de son partenaire, Adrien Couvez: un danseur au mouvement intelligent que le ballet met parfaitement en valeur (et inversement d’ailleurs). Le lendemain, Eléonore Guérineau et Vincent Chaillet ne sont pas en reste: peut être moins tendre, plus animaux, mais tout aussi appréciables.

Approximate Sonata : magnétisme au second degré

Approximate Sonata ne me fait pas une sensation aussi forte. Il est moins question d’émotion dans ce ballet d’une vingtaine de minutes également, plutôt dédié à l’exploration chorégraphique et à une virtuosité typiquement « Forsythienne » (ouch, le néologisme foireux…). Dans Garnier encore allumé, Alice Renavand et Adrien Couvez le premier soir, Eléonore Guérineau et Maxime Thomas le second, s’avancent sur la fosse d’orchestre qui a été recouverte, commencent quelques enchaînements, échangent quelques mots, reprennent leur travail. Puis en quelques pas chassés, les voilà sur le plateau, les lumières s’éteignent.

Pas de deux, pas d’ensemble, variations: les danseurs enchaînent les démonstrations techniques. Pointe, développés, tours, équilibres en déséquilibre, la grammaire du petit Forsythe illustré nous est présentée, et il faut bien dire que c’est assez hallucinant à voir. Certains interprètes se distinguent particulièrement à mes yeux par le fascinant magnétisme qu’ils insufflent dans leurs danse: Hannah O’Neill le 7 juillet est étonnante de propreté (mais aurait pu je pense se détendre un peu: elle n’a pas à s’en faire, elle a le truc), Audric Bezard très bien, tout en mâle élégance. Le 8, Amandine Albisson fait comme toujours son petit effet, et semble quasiment mener le groupe pendant les scènes d’ensemble. Alice Renavand (le 7) et Eléonore Guérineau (le 8) savent également jouer à ce petit jeu là (surtout la première je dois dire), et il leur revient de clôturer la danse avec leurs partenaires respectifs. Revenant en avant-scène, le petit manège du début se répète. Elles semblent s’amuser de cette curiosité, s’amuser avec leurs partenaires: à elle de placer l’absence de limite entre travail et spectacle, studio et scène, et elles le font avec un certain talent. Le premier couple le fait cependant mieux que le second à mon sens: une belle complicité s’installe entre Alice Renavand et Adrien Couvez, qui semble s’amuser autant que sa partenaire.

Il reste que ce ballet, si je l’ai apprécié, ne me fait pas non plus pousser de grands cris. Non, il m’apparaît plutôt comme une petite respiration bienvenue avant le délicieux final qui attend le spectateur.

Blake Works I : c’est Noël en juillet

Sur Blake Work I, j’ai trop de trucs à vous dire. Il m’a d’ailleurs fallu un autre article, que je vous invite à aller lire. Pour les flemmards, sachez-le: Blake Work I, c’est LA divine surprise de la saison, le coup de maître de cette fin d’année. Avant que le rideau se lève, une joyeuse exclamation retentit derrière le rideau et nous met dans l’ambiance: ce sont les danseurs qui poussent un cri de guerre avant de commencer. Le message est clair: accrochez-vous, ça va déménager. 

Le groupe qui endosse cette création est à l’image de cette dernière: jeune, talentueux, impertinent, brillant. Il se dégage une joie de danser communicative, et chacun présente ses plus belles qualités.

Allez le voir de toute urgence, ou rattrapes-vous en septembre ! Après une immense ovation d’un public aussi enthousiaste que moi, n’en déplaise à certains, on ressort de cette soirée le sourire aux lèvres, avec ce délicieux petit sentiment de contentement d’avoir assisté à un truc génial.  

Photo: Hannah O’Neill dans Approximate Sonata. Crédit photo Isabelle Aubert. Qu’elle soit remerciée pour ce beau cliché, vous pouvez retrouver son travail sur Instagram et Twitter. 

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    C’est le même Blake Works I, qui est programmé en septembre? (parce que pour avoir des places pour les dernières soirées qui viennent, c’est mort….)

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    1. ildanse dit :

      Oui Léa, c’est le même en septembre 😉 Pour cette semaine, restez attentive à ce qui peut se passer sur la Bourse ou aux places de dernières minutes…

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