« Marie Stuart », le Ballet. Et pourquoi pas ?

Une seconde fois, un de mes articles naît d’un délire entre balletomanes azimutés. Je discutais gentiment avec Guillaume sur Facebook, dont vous connaissez quelques articles. Surgie de nulle part, cette idée: et si les librettistes de ballets, plutôt en panne d’inspiration, allaient puiser chez Stefan Zweig, notamment, dans ses multiples biographies ? Venant de finir Marie Stuart, voici que je m’essaye à imaginer un ballet sur la Reine d’Ecosse. La vie de cette dernière a déjà été utilisée par le théâtre et le cinéma, mais en se concentrant généralement sur ses derniers instants. Voilà quelques choses d’un peu plus large:

[OUVERTURE D’UN VASTE DELIRE]

Acte 1-

Marie Stuart, la jeune Reine de France et d’Ecosse, est belle, intelligente, et admirée de tous (en particulier des poètes), pour cela. Sa belle-mère, Catherine de Médicis, ne l’apprécie guère, mais peu chaut à la jeune fille, aucun nuage n’existant au-dessus de sa tête. Jusqu’au jour où son mari, malade, meurt. Elle part alors en grande pompe rejoindre son royaume d’Ecosse, qu’elle a quitté enfant.

Tableau 1: Une salle du château. Des serviteurs installent la fête qui doit s’y dérouler (Danses de quelques serviteurs, et en particulier de deux pages virtuoses). Les invités arrivent (danse des nobles). Entrée de Marie Stuart, suivie de ses amis. Variation de Marie Stuart, pas de trois des amis, danse des demoiselles d’honneur. Un troubadour vient distraire les invités (variation à la mandoline du troubadour, sur un air assez enlevé, beaucoup de petite batterie). Catherine de Médicis survient et interpelle sa belle-fille: telle un augure, elle l’avertit des conséquences de sa conduite légère, puis s’éclipse. Pantomime de Catherine de Médicis. Pierre de Ronsard propose alors un jeu poétique, plus calme que les danses et les troubadours. Des invités lancent quelques sonnets (micro-solo pour chaque poète), amoureux, gaie, satirique…Ronsard et Du Bellay font l’éloge de Marie (Pas de trois) qui se lance dans une envolée plus mélancolique (seconde variation de Marie). La Reine-Mère, entourée de gardes et de conseillers, met un terme à la fête et annonce à Marie Stuart l’état désespéré du roi. 

Tableau 2: La chambre du roi, sombre et avec un lit imposant dans un des côtés. Le roi y est allongé. Catherine de Médicis entre, suivie de Marie Stuart plus intimidée mais que l’on sent inquiète. La Reine-Mère congédie la femme de chambre au chevet du roi. Après quelques mots et caresses à son fils, elle le lève et l’accompagne, par le bras, jusqu’à son épouse. Elle sort, après un dernier regard pour le couple. Côte à côte, les époux ne se regardent que pas, ou peu. S’ensuit un pas de deux. Marie Stuart a de la pitié et de la tristesse pour son mari, lui se conduit selon le standard du chevalier servant. Mais il n’y a pas d’amour entre eux, on sent au contraire le poids du mariage de raison. Le roi est faible, et tous deux savent que ce sont leurs adieux (travailler le pas de deux selon l’idée que c’est quelque part plus Marie qui soutient le roi qu’autre chose). Elle part, laissant le roi seul.

Tableau 3: Un port. Le roi est mort et, accompagnée d’une grande suite, Marie Stuart quitte la France pour l’Ecosse. Des marins dansent sur le port (danse des marins). Le cortège de la Reine arrive, elle est conduite dans une chaise à porteur. La foule l’entoure et la célèbre, on lui indique du doigt le bateau d’où elle doit embarquer. Elle fait bonne figure, mais n’est pas sereine pour autant. Ses demoiselles d’honneur pleurent son départ, et sur un port vidé momentanément de la foule, elle fait des adieux dignes mais marqués à ses amis les plus proches. Variation de Marie. Le rideau se ferme sur Marie montant néanmoins d’un air décidé les marches la conduisant sur le bateau.

Acte 2-

Tableau 1: Une salle d’un château en Ecosse, ambiance très différente de la Cour de France. Marie Stuart et son mari, Darnley, président à une cérémonie de cour sur leurs trônes. Les lerds viennent rendre hommage au couple (pas d’ensemble des lerds et de leurs ladies, sous forme de procession). Bothwell entre (variation de Bothwell). C’est un homme violent, qui fascine l’assistance autant qu’il la repousse. Après la fin de la cérémonie (pas d’ensemble), Marie est laissée seule (variation de Marie). Bothwell la rejoint (pas de deux). Elle lui explique qu’elle est enceinte de ses œuvres, et se désole sur leur amour passionné mais impossible. Bothwell, attiré sensuellement par Marie mais aussi par son pouvoir, lui explique que le seul moyen est de tuer Darnley. Il lui jure de mener cette tâche à bien, et lui explique son plan. Puis il part, laissant Marie seule sur le plateau, face à son choix. 

Tableau 2: Dans la même salle, nouvelle cérémonie, cette fois présidée par Marie seule. L’ambiance est plus joyeuse, c’est une fête. De jeunes gens y dansent pour divertir la reine (pas d’ensemble, très festif). Marie, elle, regarde dans le vide, comme absente. A peine ont ils salué la reine d’une révérence qu’un messager entre, et annonce effaré à l’assistance que le roi vient d’être assassiné. Bothwell entre en courant et fait mine d’apprendre avec stupeur la nouvelle, puis vient s’installer aux côtés de Marie. L’assistance s’excite, des épées sont tirées. Certains accusent Bothwell, d’autres le protègent (corps de ballet). La reine, d’un seul coup, se lève, et sort suivie de son amant. Les soupçons de la cour se porte alors sur elle, qui s’en éloigne et lève unanimement vers elle un doigt accusateur. 

Tableau 3: Dans une veine plus abstraite, il s’agira de mettre en scène la fuite précipitée et désespérée de la Reine.

Acte 3-

Tableau 1: Le plateau est coupé en deux, et l’on pourra utiliser des jeux de lumières alternant entre les deux. D’un côté Marie Stuart, dans un décor austère, vêtue de noir, vieillie et affaiblie. De l’autre Elisabeth I, décors somptueux. Chacune écrit, seule, à son bureau, devant les yeux un portrait de sa rivale qui se font également face sur le plateau. La première déverse sa haine sur la reine d’Angleterre et son désespoir, la seconde sa peur de la reine d’Ecosse et son hésitation quant au sort qu’elle doit lui réserver: la mort ou la garder prisonnière. Elles pourront, à certains instants, danser à l’unisson, ou faire comme si elles se répondaient. A un moment, elles inverseront leurs places: chacune imaginera ce qui se passait si les choses en avaient été autrement, l’une Reine d’Ecosse et d’Angleterre, l’autre princesse Tudor déchue. A la fin de la scène, un secrétaire apporte l’acte de mort de Marie à Elisabeth. Celle-ci hésite un moment, puis le signe avec un geste de dépit. Au même instant, Marie Stuart tombe en prière sur son prie-dieu.

Tableau 2: Entourée de ses suivantes, Marie Stuart se prépare pour son exécution.Une procession s’engage, ses suivantes et serviteurs en pleurs. Le bourreau et les lords de la reine d’Angleterre entrent, et installent le billot. Dans un pas d’ensemble, les lords lisent l’acte d’accusation de la reine Marie Stuart, et sa sentence. La reine, seule, stoïque, fait face. Elle est dévêtue par une de ses suivantes, sous sa robe d’apparat apparaît la robe rouge qu’elle avait choisi, selon son souhait on lui passe des gants de la même couleur. Un pasteur anglican arrive et l’exhorte à se convertir. La reine dans un solo fier, emprunt de foi mais aussi de colère froide, refuse de se détourner de la religion catholique des écossais. Deux aides du bourreau la saisissent par les bras et la conduisent au bourreau. Elle s’en libère, et, comme dans une révérence, pose la tête sur le billot. Le bourreau lève sa hache. Rideau.

Avouez que ça en jette. Le tout, pourquoi pas, sur de la musique baroque (de préférence du Purcell), avec de beaux costumes et décors renaissance. Sur une chorégraphie de Jean-Christophe Maillot ou de Jean-Guillaume Bart par exemple. 

Ouvert à toute proposition. Alors, chauds pour une première mondiale de Marie Stuart à Bastille pour la saison 2017-2018 ? 

[FIN DU VASTE DELIRE]

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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    Ca fait un peu Roméo et Juliette quand même. Beaucoup de variations pour Marie, moins pour les messieurs, dommage?
    J’y verrais bien une chorégraphie néo-classique voire balanchinienne ?
    En tout cas j’adore l’idée de la scène coupée en deux et parallèle Marie/Catherine. Et Purcell !!!!!
    Et j’admire votre imagination de créateur de ballets, synthèse, temps forts, enchaînements, tout y est !! Je réserve ma place !!

    Ca n’a rien à voir mais est-ce qu’il n’y aurait pas des histoires plus contemporains qui donnent lieu à des ballets? Vous améliorez la moyenne avec une histoire tirée de l’Histoire, mais quand je vois des créations contemporaines où il y a encore elfes et autres créatures magiques (la Source par ex. très belle oeuvre mais l’inspiration mythologique….. bof), je me dis que la danse -notamment européenne- est vraiment en retard sur ce point et que ça n’aide pas à fédérer un public large. De belles oeuvres sur des questionnements esthétiques ou humains (la musique, le mouvement, les rapports humains….), oui, mais des ballets narratifs, je ne vois pas… Or tout ou presque peut se danser !!

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    1. ildanse dit :

      En effet pour la comparaison, c’est l’identité d’époque qui veut ça…Oui, beaucoup de variations de Marie mais dans sa vie il y a eu plein d’hommes, qu’il est important de citer, et à part Bothwell les autres ne me semblent pas avoir l’étoffe d’une grande variation…Puis aucun ne fait les trois actes. Mais dans le pas de trois des amis à l’acte 1 on aurait une variation masculine bien entendu, dans les variations des sonnets aussi, et puis beaucoup de pas d’ensembles où les garçons seraient très présents (marins, lerds…) ! Une veine néo-classique conviendrait parfaitement. Pas de Balanchine en revanche, plus McMilan ou Roland Petit.
      Merci des compliments en tous cas ahah !
      Quant à votre constat, en effet on est très portés « elfes et petites fées » chez nous (même si perso j’adooooore La Source), c’est notre côté romantique 😉

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      1. Léa dit :

        Je n’avais pas pensé à Petit… mais évidemment !!

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  2. BA dit :

    Je m´inscrit également pour une représentation !
    Malgré tout un petit bémol si je peux me permettre…. au chevet du roi il faut mettre au moins un medecin ou un homme d´église ! Et puis, s´il est mourant il ne peux pas sortir de son lit…. Marie pourrait l´aider a s´asseoir, faire un petit solo pour lui faire un dernier plaisir, et là, pfttt, le roi a son dernier soupir. Je trouve aussi que cela manque un peu d´hommes. Plus d´amants ? un « confesseur » ? (il pourrait être a tous les actes !)
    Evidemment en costumes d´époque et musique barroque.
    Ce ne sera pas une soirée très guillerette….

    Merci de nous avoir permis de partager votre délire !

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    1. ildanse dit :

      J’approuve l’idée du confesseur ! Mais il me paraît important d’avoir un Pd2 entre Marie et le Roi. Il sort de son lit, après ce sera au chorégraphe de montrer combien il est faible dans la Pd2 (même si à mon avis pour le danseur ce ne sera pas évident). Non, pas une soirée très guillerette, mais de l’émotion 😉 Merci du compliment chère BA !

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  3. Aventure dit :

    Je réserve ma place tout de suite !!! 😉 Pour quand la première ? ahah
    La bio de Marie Stuart par Zweig est un de mes livres favoris, et ce personnage me fascine, sa vie est un véritable roman, alors un ballet, il fallait y penser, bravo ! Quelle imagination, tout y est c’est parfait !

    Aimé par 1 personne

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