Concours de Varna 2016- Debrief !

Le concours international de ballet de Varna est, tous les deux ans depuis 1964, l’un des grands événements estivaux qui agitent le monde de la danse. Son théâtre de verdure en plein air, le nombre important de candidats venus des quatre coins du globe y sont pour beaucoup. Contrairement au Prix de Lausanne, réservé aux jeunes espoirs, Varna comporte deux catégories de participants: junior également, mais aussi seniors. C’est donc l’une des rares occasions de voir s’affronter de jeunes talents venant de diverses compagnies ! Mais ce qui fait la renommée de Varna, c’est aussi les grands noms qui y furent primés. Mikhaïl Barychnikov, Patrick Dupond, Sylvie Guillem, Manuel Legris, Agnès Letestu, Aurélie Dupont, José Martinez, Daniil Simkin, Mathilde Froustey, Ivan Vassiliev…autant d’Etoiles qui ont posé leurs (demi) pointes sur cette ville bulgare au bord de la Mer Noire.

Deux français portaient nos couleurs nationales pour cette édition de ces véritables olympiades de la danse. Paul Marque est coryphée du Ballet de l’Opéra de Paris, Neven Ritmanic danse pour sa part à l’Opéra de Bordeaux. Tous les deux issus de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris, ce sont des jeunes espoirs très intéressants dans leurs compagnies respectives.

Allons, debriefons debriefons ce concours, que je découvrais en direct pour la première fois grâce à la magie du live-stream (malgré les faiblesses, voir l’amateurisme, de la télévision bulgare). Et vous allez voir, ce ne sont pas les impressions qui m’ont manquées ! (vous pouvez les retrouver sur Twitter au #LiveVarna2016).

Impressions générales

L’une de mes grandes surprises du début de la compétition, c’est le niveau très hétérogène des candidats. Certains « juniors » semblent bien plus aguerris que certains « seniors ». Le cou-de-pied est parfois accessoire, certains candidats (surtout des candidates) sont incroyablement crispés et maniérés, montrant des sourires artificiels et une danse très (trop ?) académique et finalement manquant de…danse justement. La tendance est plus que jamais aux hauts levés de jambe, qui apparaît comme l’alpha et l’oméga de la réussite pour une danseuse: c’est bien la souplesse, mais ça ne suffit pas, les gymnastes aussi ont cette qualité…

Ces différences de niveau s’expliquent par les modalités d’accès au concours, finalement assez peu contraignantes: il suffit d’une simple recommandation de la compagnie du danseur, ou du professeur pour les juniors, pour accéder aux épreuves. Le premier tour prend donc vite des allures d’écrémage.  

Ajoutons à cela que rares sont les candidats à faire preuve d’originalité et de perspicacité dans le choix de leurs variations et pas de deux. Nous avons eu droit à des Kitri et Basilio (Don Quichotte), Médora et Ali (Le Corsaire), Belle au Bois Dormant, Diane et Acteon (Esméralda), à la chaîne. Cela finissait presque par être pénible, surtout que dans certains cas le choix ne mettait pas en valeur le.la candidat-e.

L’avantage de ce genre de ces compétitions, c’est qu’avant même les résultats on se dit que l’Ecole Française, parfois critiquée, a tout de même du bon. Des candidats sérieux, avec d’excellentes qualités techniques, manquent parfois du travail de finition, de propreté, de bas-de-jambe, auquel les danseurs français nous habituent…

Une fois ceci dit, j’ai eu tout de même quelques coups de cœurs durant ce concours: certains furent primés, d’autre non. Je regrette en particulier l’absence au sein des lauréats de Daniele Francesco Costa qui a fait un très beau concours (italien, il danse au ballet de Vienne sous la direction de Manuel Legris, qui vient de le promouvoir demi-soliste), ainsi que de Dmitry Diachkov, un candidat russe doté d’une belle danse masculine très élégante. Seu Kim, en junior, est un danseur à suivre sérieusement, il ne repart qu’avec un deuxième prix mais il aurait clairement pu prétendre à plus. Chez les danseuses, Lou Spichtig, la jeune suisse, est également un talent très intéressant, justement récompensée par un premier prix. J’adhère totalement au choix d’Amanda Gomes pour la médaille d’or senior: voilà une artiste solaire, avec une vraie personnalité, une technique très efficace et qui danse véritablement et sans fausseté, avec une énergie très agréable, belle découverte de ma part ! Elena Svinko, une bulgare, est aussi une très jolie découverte: elle ne récolte qu’un troisième prix alors qu’elle a montré une danse très propre, très élégante, de la personnalité, en bref un beau concours. De jolies découvertes donc pour cette édition !

Varna Amanda Gomes
Amanda Gomes, Lauréate du premier prix seniors, dans la variation de Kitri (Don Quichotte). Crédits : IBC-Varna, Viktor Viktorov

La « délégation française »

Parlons tout d’abord un peu de Neven Ritmanic. Son premier tour laissait présager des meilleures choses: un pas de deux de Médora et Ali, dansé avec sa partenaire Diane Le Floc’h, nous a été servi avec beaucoup d’énergie. La force de saut du danseur bordelais correspondait parfaitement à ce choix, et j’ai été littéralement soufflé par une diagonale de sauts lors de la coda: des temps de flèche qui se finissaient en ciseaux, incroyables. Il avait choisi le pas de deux de Solor et Gamzatti dans la Bayadère pour son deuxième tour: je n’ai pas pu suivre cette prestation, mais il semble que cela s’est un peu moins bien passé. Le pas de deux contemporain ensuite présenté était absolument adorable, et apte à mettre en valeur ses qualités techniques, mais moins ses qualités artistiques: c’est peut-être ce qui l’a empêché de passer au tour final…Petit pincement au cœur pour ma part, car les qualités virtuoses du danseur pouvait clairement lui permettre de se frayer une voie vers un prix. 

Varna Neven Ritmanic
Neven Ritmanic dans le rôle d’Ali (Le Corsaire). Crédits: IBC-Varna, Viktor Viktorov

Paul Marque, quant à lui, fait un sans-faute d’un bout à l’autre. Les vidéos de ses prestations sont sur ma page Facebook: vous verrez, on ne s’en lasse pas. Précision, élégance, virtuosité bien placée: Paul Marque a fait à Varna une démonstration du travail de l’Opéra de Paris qui ne pouvait que faire son petit effet. Ses qualités personnelles sont indéniables, avec un ballon des plus appréciables et des tours nombreux, mais, contrairement à certains de ses concurrents, propres. Un travail remarquable, suivi avec attention par ses supporters français à qui il a véritablement vendu du rêve.
Mais j’aimerais m’arrêter également sur les choix très intelligents qu’il a eu dans ses variations. Loin de s’aligner sur les poncifs servis par les autres candidats, le coryphée a puisé dans son répertoire, celui de l’Opéra de Paris, celui qu’il a déjà dansé en concours interne, et a quasiment à chaque fois réalisé une combinaison « variation à grand saut/variation à batterie ». Ainsi, il a dansé au premier tour le Grand Pas d’Auber et la variation de Siegfried dans le Lac (acte 3): deux variations bien connues du répertoire français. Puis au deuxième tour, James de la Sylphide, et paf, de la petite batterie en masse. Suivi d’un Albrecht de Giselle et boum, des grands sauts et des tours. Pareil au troisième round avec une énergique Mazurka d’Etudes, puis une variation de Manuel Legris sur du Donizetti absolument virtuose. Du côté des variations contemporaines, il s’est permis le meilleur: loin des variations convenues et souvent ras-les-pâquerettes des autres concurrents, Paul Marque nous a présenté un extrait de Blake Works I (variation masculine sur Two Men Down) qui fait autant d’effet en Bulgarie qu’à Garnier, et au troisième tour une variation de Genus, de Wayne McGregor. Un parcours impeccable, qui lui fait gagner un premier prix amplement mérité ! Encore une fois, on ne peut adresser que nos chaleureuses félicitations à ce danseur pour son beau concours et pour le spectacle qu’il nous a offert à chaque passage. On a hâte d’en voir plus sur scène la saison prochaine !

Varna Paul Marque BWI
Paul Marque dans une variation tirée de Blake Works I (William Forsythe). Crédits: IBC-Varna, Viktor Viktorov

La compétition est maintenant finie, à suivre: les galas de clôture, un ce soir et un demain ! 

Photo: Paul Marque à la fin de sa variation d’Albrecht, deuxième tour. Crédits photos: IBC-Varna et Viktor Viktorov. 

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