Et si la danse était un sport olympique ?

Vous osez à peine l’avouer. Il faut dire que c’est terriblement mal vu. Affirmez que, non, regarder les JO sur France Télé, écouter les commentaires stupides des « experts » et regarder autre chose que le physique des sportifs des heures durant, c’est pas votre passion, et vous seriez la cible de regards désapprobateurs, voire même choqués. Déjà que pendant l’Euro, vous avez cru perdre la moitié de vos amis…non, non, vous vous taisez bien sagement, tentez de vous réfugier dans l’idée que, si la France remporte une médaille, c’est cool, faites de votre mieux pour apprécier les meilleures performances (« c’est vrai qu’il est vraiment bon Teddy Rinner… C’est quoi déjà un ippon ? ») et, parfois, vous vous prenez à rêver…

Imaginez la danse au JO…

Et si la danse classique était discipline olympique ? Après tout, et il faut (encore trop souvent) le rappeler, la danse classique est un sport, une discipline du corps où la performance physique occupe (et de plus en plus) une place primordiale… Des compétitions de danse existent d’ailleurs: des Youth Grand Prix un peu partout, Lausanne, Varna, en France le Chausson d’Or, les concours régionaux et nationaux de la Confédération Nationale de Danse… Le principe de faire passer des danseurs à la chaîne pour ensuite les classer et décerner des prix n’est donc pas interdit en lui-même. C’est même le principal mode de recrutement, et ça s’appelle une audition…

Il suffit donc de trouver un théâtre dans la ville d’organisation des JO, ce qui est quasiment un jeu d’enfant. Si (un jour, enfin, depuis le temps…) les Jeux ont lieu à Paris, on organiserait ça dans le Palais Garnier, ça aurait grave de la gueule (et ça foutrait bien le seum aux concurrents étrangers qui ne sont pas habitués à la pente, héhéhé). Accueillies par les cris des spectateurs brandissant des banderoles aux noms de leurs favoris, les plus grandes Etoiles du moment présenteraient leurs variations fétiches, avant de venir saluer sous les acclamations, des jurés nommés Pierre Lacotte, Mikhaïl Barychnikov, Sylvie Guillem ou Jin Xing prenant doctement les notes appelées à départager les candidats…

Les téléspectateurs du monde entier auraient l’opportunité de découvrir, sans veiller jusqu’à 1h du mat’ (coucou France TV), ni payer des chaînes privées, ni un billet, mais tout simplement en restant chez eux et en zappant, les extraits des grands ballets classiques. Ils hallucineraient devant le nombre de fouettés qu’une danseuse peut faire, devant la petite batterie de ces messieurs et devant les grands jetés de tout le monde. Des gamins auraient des étoiles dans les yeux et demanderaient à leurs parents de les inscrire dans un cours pour la rentrée (pour faire comme le monsieur qui saute haut ou la dame qui fait des pointes).

Coachés par les meilleurs professeurs et maîtres de ballets, soutenus à 100% par les directions d’Opéra, encouragés par les Ministres de la Culture se déplaçant pour les JO, les stars de chaque pays seraient finalement départagées, avant de remettre en jeu leur titre quatre ans plus tard. On en profiterait pour homologuer le record du monde de fouettés et celui du grand jeté le plus haut. 

« Mais qu’est ce qu’on attend alors ?! », trépignez-vous devant votre écran.  

Fausse bonne idée

Ce doux fantasme, aussi séduisant soit-il, n’appelle pas à mes yeux une réalisation souhaitable. La danse est pour moi avant tout un art, qui passe par le corps certes, dans lequel la performance physique est appréciée et appréciable, mais ne doit sous aucun prétexte devenir l’absolue priorité.

Faire de la danse classique une discipline olympique serait presque vulgaire : au milieu des nageurs et des haltérophiles, jugés sur des performances objectivement classables, on s’amuserait à mesurer l’amplitude d’un en-dehors, à compter le nombre de tours, à chronométrer la durée d’un entrechat-six ? Ce n’est pas sérieux… et surtout, cela conduirait à des effets pervers.

Plongée dans le monde olympique et devenant donc un sport lambda, la danse classique perdrait sa spécificité que les compétitions existantes, lui étant totalement dédiées, arrivent toutefois à préserver je pense. La dimension artistique s’en trouverait fatalement totalement occultée (« ah oui, son interprétation était ridicule, mais elle lève haut la jambe. On est aux JO, elle passe »). Pensons également, au risque d’uniformisation de la danse dans le monde : oui c’est un art codifié, d’ores et déjà uniformisé, mais pratiqué partout dans le monde avec des particularismes locaux qui font le charme de chaque Ecole. Et je crains qu’une telle institutionnalisation des compétitions les feraient disparaître. En fait, le ballet classique deviendrait une gymnastique comme une autre (ce qui est déjà un danger qui le guette, parfois…). 

Enfin, si ces compétitions sont souvent intéressantes pour de jeunes danseurs, afin de lancer une carrière, rencontrer des futurs partenaires, intégrer une école, décrocher un contrat, quel intérêt pour les autres, qui dansent déjà suffisamment dans l’année pour récolter la gloire et les applaudissements qui s’y attachent, de se préparer au surplus à une compétition olympique harassante et incertaine ? Les sportifs ne font que de la compétition, les danseurs sont en représentation: quelles conséquences pour une Etoile acclamée sur scène qui, aux JO, n’atteindrait pas les marches du podium ? Conséquences personnelles, mais aussi conséquences pour son Opéra, alors qu’il ne s’agissait que d’une performance parmi d’autres…Et là, ce sont bien d’Etoiles et non de jeunes talents dont on parle, les pays voulant naturellement envoyer leurs meilleurs représentants…

Non, non, vraiment, si la danse n’est pas sport olympique, c’est qu’il y a de bonnes raisons.

Mais si, finalement la Danse et l’Esprit Olympique pouvaient, tout de même et le temps d’une après-midi, faire bon ménage ? C’est le pari que les Balletomanes Anonymes entendent relever le 4 septembre: informations et inscriptions de ces Olympiades entre danse-addicts sur ce lien !  

Photo: @jibeyatelier, des « Danseuses de Jibey ». Retrouvez son travail sur Instagram, sa page Facebook, et suivez-le sur Twitter ! Merci également aux Balletomanes Anonymes et à JoPrincesse 😉

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13 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    La danse est un art et c’est la raison pour laquelle, en effet, elle n’a pas sa place dans des JO. Parce que l’art a un rôle d’abord d’expression, la performance étant à son service, le sport ayant un rôle de performance et de compétition.

    Passons sur le snobisme qui consiste à juger « vulgaires » les sports (et après on se plaint que la danse ne touche qu’un certain public… C’est sûr qu’après ce genre de sortie, on récolte ce que l’on sème….), ou sur les conséquences pratiques d’uniformisation des styles, sur les artistes ou sur leurs Opéras : les sportifs vivent les mêmes conséquences sur leurs carrières, leurs clubs d’origine ou d’exercice actuel. Des footballeurs très bons en club et pas terribles en équipes nationales, il y en a. Briller en équipe de France vous ouvre bien souvent les portes d’un club plus prestigieux, quelque soit le sport. La notion de style de jeu rattaché à un club ou un pays a hélas disparu.

    Un certain nombre de disciplines olympiques fonctionnent avec des notes « techniques » et des notes « artistiques », ce qui résoudrait le problème de la sur-valorisation de la performance physique. Dès lors, la question peut se poser à l’envers : que fait la danse sur glace aux JO? Le patinage artistique d’ailleurs en général? La natation synchronisée? Après tout en dehors des compétitions sportives, ces patineurs et nageurs vivent aussi de spectacles artistiques, de type Holiday on Ice.

    Pour ma part je suis une passionnée de danse et de musique classique, que je pratique. Et pourtant je suis avec passion aussi les performances de nos sportifs, en ce moment à raisons de pas mal d ‘heures de télé par jours (heureusement que ça s’arrête). Alors en attendant la diffusion de ballets et de concerts au même niveau que les sports, et on a de la marge, avec des experts pour nous expliquer les entrechats et autres sissones, rappelons que cette opposition entre la « culture », les « arts » et le sport n’a pas lieu d’être.

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    1. ildanse dit :

      Attention Léa: pas de snobisme vis-à-vis du sport en lui-même dans l’emploi de ce « vulgaire », mais un doute quant à la pertinence d’une évaluation millimétrée et standardisée de pas et mouvements qui n’ont pas pour raison d’être de subir cette finalité, finalité qui, par ailleurs, est celle qui s’attache naturellement et sans aucune vulgarité aux sports « ordinaires », autrement dit aux sports que l’on rencontre dans les compétitions olympiques.
      Pas de vaine opposition dans ma tête entre « arts », et « sports », hormis le style clairement ironique que cette période de détente estivale m’a inspiré en début d’article 😉 Simplement, comme vous le soulignez, d’ailleurs vous-même dans votre premier paragraphe, les uns et les autres n’ont pas la même finalité.
      Une fois ceci dit, vous apportez des questions et des propositions intéressantes, sur lesquelles je vais réfléchir 😉

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  2. BA dit :

    Non, non……pas de danse aux JO ! L´esprit olympique du temps de Coubertin peut-être.
    Actuellement c´est commerce, magouille et cie. J´aime bien le sport mais cette fois-ci je n´ai pas accroché.

    Je préferrerais que les télevisions reversent 1% de leur budget sport dans le budget art et danse en particulier, les sportifs ne s´en rendraient même pas compte mais les amateurs et futurs amateurs de danse oui. Spectacles a passer aux mêmes heures ou presque que le sport…. on peut rêver !

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    1. Léa dit :

      C’est sûr que quand on voit la dose de diffusion télé des JO (en plein mois d’août, certes), on se dit que les arts en général sont desservis…. Mais la raison est différente : le jour où des sponsors pourront d’afficher sur les costumes des danseurs, des acteurs de théâtre ou des musiciens d’orchestre, il y aura des sponsors, et donc potentiellement des droits télés et donc plus de diffusions à des horaires plus corrects. Parce qu’il faut quand même être juste : il y a beaucoup plus de diffusions de ballets que de compétitions de canoé biplace, par exemple. « Le sport » est une généralité qui équivaut à « les arts ». La réalité c’est que 2 sports, le rugby et le foot masculins, occupent le temps et les budgets des chaînes. Quelques autres ont des diffusions sans doutes assez proches du ballet, quand une finale de championnat du monde laisse espérer des revenus publicitaires. Pour le reste, rien du tout, et des athlètes amateurs qui vivent beaucoup moins biens que les stars de la musique ou de la danse.
      Mais bon, des logos sur les artistes, ce serait l’horreur absolue. Alors on va faire avec ce qu’on a.

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    1. ildanse dit :

      Ahahah ! Hyper drôle, merci Léa !

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      1. Léa dit :

        Et vous avez été meilleur, aussi. Leur article est assez mauvais, ce qui est assez rare sur ce site. Décevant de leur part. A part qu’on découvre que certains danseurs qui envient la notoriété des sportifs y voient une bonne raison de devenir « sport olympique ».

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  3. Léa dit :

    Et comme j’adore vos articles « décalés », que pensez vous du débat actuel sur l’absence de compétitions hommes en GRS et natation synchronisée, parce que ça demande « grâce et esthétique » ? Comme homme, danseur, et spécialiste du démontage de stéréotype sur les danseurs, je rêve de vous voir écrire là-dessus…

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    1. ildanse dit :

      Ah, ce n’est pas mon domaine de compétence, je ne me permettrais donc pas d’écrire dessus… 😉

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  4. novas dit :

    et pourtant, en patinage artistique, j’en ai vu qui interprétaient. Je ne sais comment fonctionne leur système de notation, mais il semble que l’artistique (bien que passablement amoindrie) reste quand même un critère. En GRS, il je ne vois que de la performance. Je ne suis de loin pas tous les sports, mais il n’y a que le patinage (pourtant sport olympique) qui à ma connaissance reste artistique.

    « et si la danse était un sport olympique? » la danse, quelle danse?
    La danse sportive est (quasi) entièrement basée sur la compétition. Il existe des concours à toutes les échelles et je ne vois pas pourquoi elle n’est pas aux JO.
    Les pole-dancers rêvent aussi d’accéder à cette reconnaissance en temps que sport, mais c’est surtout pour s’affranchir d’un ancêtre stripteaseur. Ce sport-art en plein développement a un système de concours en catégorie que je trouve vraiment bien. Il y a les « pole sports » qui testent la performance et les « pole-arts » qui regardent l’artistique. même l’un ne va pas sans l’autre, le sport ayant besoin de la fluidité et de la sobriété de l’art et l’art des compétences physiques du sport (et les bons le sont dans les 2 catégories).
    Les autres danses ne me paraissent pas vraiment avoir leur place dans une compétition sportive (peut-être que j’en oublie) car le physique est un moyen à l’artistique qui en est le but.
    Par contre un certain nombre de disciplines de cirque pourraient y prétendre (la pole tire d’ailleurs son origine de là), non?

    Et si plutôt que d’adapter la danse aux JO, on adaptait les JO à la danse?
    Les JO, à l’époque, organisaient des concours hippiques et gymniques en l’honneur de Zeus. Mais il existait d’autres concours panhelléniques tout autant importants. Les jeux pythique par exemple, étaient connus pour leurs joutes musicales et théâtrales en l’honneur d’Apollon (et il y avait en plus des concours de chevaux et de messieurs tout nus comme à Olympie). Alors pourquoi pas faire renaître les jeux pythiques, qui mettraient à l’honneur la musique, le théâtre et la danse?
    Et pour le budget, on pourrait piquer l’idée aux JO antiques, où les tricheurs devaient payer les statues et autres œuvres d’art.

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    1. ildanse dit :

      Je suis POUR les jeux pythiques !!!

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  5. Anne so dit :

    Je crois qu’il est question que le breakdance face son entrée au prochain jo. Les danses sportives pourraient demander leur entrée pour les jeux de 2024, à voir si ce sera possible ! Je pratique les danses sportives depuis quelques années après des années de danse classique. Les compétitions dans ce domaine se deroulent de manière assez similaire à ce que l’on voit en patinage artistique, avec 4 critères de notation dont deux en technique et deux en artistique. Certes on est bien loin de l’interprétation artistique d’un grand ballet du répertoire. Mais pour moi, dans une discipline comme la danse, il n’y aurait pas de performance artistique possible sans technique solide. C’est le travail quotidien du danseur de pouvoir se libérer de la technique pour aller chercher autre chose, pourquoi ne pas le mettre en avant aussi.

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