Saison 2016-2017 à l’Opéra de Paris: on va voir quoi ?

A l’heure où j’écris ces lignes, la saison parisienne s’apprête à recommencer dans les prochains jours, et fidèle à mes goûts comme à mes maigres connaissances, c’est du côté de l’Opéra de Paris que je vous emmène pour quelques mots sur chacun des spectacles programmés.

Si vous lisez ces lignes en ce début septembre, mettez-les à profit: des places se trouvent encore relativement facilement, la cohue n’étant pas encore complète, ou profitez-en pour noter les dates d’ouverture à la vente ! Plus tard dans l’année, qui sait: la chance sourit aux audacieux, et qui sait chercher finit souvent par trouver son bonheur…

Quelques mots sur la globalité de la saison: je vous ai fait partager mon sentiment à ce sujet dès sa révélation en février dernier, vous savez qu’il n’est pas des meilleurs. Dans l’ensemble, je trouve cette programmation mal équilibrée, pauvre en « véritables » classiques, et pas forcément des plus emballante. Pour autant, il s’agit ici d’examiner chaque spectacle individuellement, et vous verrez que pris un à un, plus d’uns peuvent valoir le détour. Sans plus tarder, commençons : 

La Belle au Bois Dormant d’Alexeï Ratmansky par l’American Ballet Theatre, du 2 au 10 septembre à Bastille: La saison s’ouvre avec un grand ballet classique, mais donné par une compagnie invitée, américaine en l’occurrence. Cette Belle a été remontée par Alexeï Ratmansky sur la notation originale de Marius Petipa. Les pour: un beau ballet dans la plus pure tradition du style (des pointes, des tutus, des paillettes et des perruques), un travail de reconstruction intéressant, une compagnie non-dénuée de talents (que les sensibilités apprécieront néanmoins diversement), de quoi faire passer un beau divertissement à la plupart. Les contre: des quelques vidéos aperçues sur internet, les plus puristes goûteront moyennement les déboulés sur demi-pointe, les développés timides…quant à moi, je reste réservé sur mon goût pour le style de danse de l’ABT et sur la débauche de décors/costumes dégoulinants de guimauve. Il reste que cette soirée est sans aucun doute à voir, ne serait-ce que pour découvrir cette reconstruction quasiment comme un sujet archéologique et se faire une véritable idée sur les danseurs. Suite à un contretemps, je ne suis plus sûr de pouvoir aller la découvrir, ce qui est finalement assez dommage. 

Soirée Sehgal/Peck/Pite/Forsythe, du 26 septembre au 9 octobre à Garnier: Premier Bill de la saison. Vous savez, ces soirées à deux, trois, quatre chorégraphes, souvent inégales et au résultat incertain…et pourtant, celui-ci aiguise sérieusement mon intérêt. Déjà car ce sera l’occasion d’y revoir l’acidulé In Creases de Justin Peck (pour mémoire), et l’enthousiasmant Blake Works I de William Forsythe (oh si, vous vous en souvenez). De Crystal Pite, je ne sais rien, hormis que son nom tourne pas mal en ce moment et que les danseurs semblent assez envieux de travailler avec elle: la chorégraphe nous proposera une création qui éveille mon intérêt (surtout qu’elle a l’air d’avoir un univers dark-strange qui m’interpelle). En début de soirée, Tino Sehgal proposera « Quatre Oeuvres » dans les espaces publics de Garnier: à découvrir, disons que ce sera génial et, au pire, ce sera un amuse-gueule sympathique pour la suite du programme. Ce dernier proposera une autre création pour clôturer la soirée: nous verrons bien…(même si ce que je découvre du chorégraphe me laisse relativement interrogatif…) ! Le programme dans son ensemble reste tout de même alléchant. 

Soirée Balanchine, du 22 octobre au 15 novembre à Garnier: Vous reprendrez bien un peu de Balanchine ? Ça faisait un peu plus, Benjamin Millepied nous l’a mis quand même. Deux entrées au répertoire, avec Mozartianna (sur du Tchaïkovsky, je prends) et Violin Concerto. Bon. Bah pourquoi pas, mais Balanchine et moi vous savez…sur le principe, je ne saute pas au plafond. Puis pour le second, ballet en académiques-chaussettes blanches quoi…En revanche la soirée se clôturera avec le Brahms-Schönberg Quartet, qui m’a laissé un souvenir plutôt réjouissant en fin de saison dernière. Alors, pourquoi pas. 

Soirée Jiri Kylian, du 29 novembre au 31 décembre à Garnier: Voilà qui est très intéressant ! Remplaçant la création que Benjamin Millepied devait nous offrir sur du Barbara, le programme ne nous fait pas forcément perdre au change…De Jiry Kylian, je n’ai là encore jamais vu un ballet entier. Les images de Petite Mort ou de Bella Figura disponibles en vidéo sont néanmoins des plus appétissantes. Ce dernier ballet sera du programme, et il faut s’en réjouir. Une assise classique, une recherche intéressante sur le mouvement, du bon néo-classique qui mettra tout le monde d’accord, un très bel esthétisme: je valide et j’encourage à y aller (attention, les premières réactions du marché aux places semblent le dessiner comme assez tendu…). 

Le Lac des Cygnes de Rudolph Noureev, du 5 au 31 décembre à Bastille: Bon. C’est le Lac quoi. Je ne vais pas vous faire un dessin, même les plus profanes d’entre vous en ont entendu parler. Du grand ballet de classique (enfin), de la chorégraphie Petipa/Noureev (ooooouuuuiiiiiii !!!), tout ce qu’il faut pour passer une bonne soirée: si vous ne devez retenir qu’un seul ballet à aller voir cette saison, c’est probablement celui-là. Ouverture à la vente le 6 septembre. 

Impressing the Czar de William Forsythe par le Ballet de l’Opéra de Dresde, du 4 au 8 janvier à Garnier:  William Forsythe, on aime et on adhère, de quoi passer une soirée très intéressante avec ce ballet, qui nous sera proposé par la deuxième compagnie invitée de la saison. A envisager très très sérieusement, pour ceux d’entre vous à la fibre plus contemporaine mais aussi pour les classicistes purs et durs, et même pour les néophytes complets qui y trouveront probablement une oeuvre de nature à les toucher. Ouverture à la vente le 20 septembre

Tree of Codes de Wayne McGregor, du 3 au 23 février à Garnier: Ah, on en a parlé de ce Tree of Codes. Créé en grande pompe par le chorégraphe anglais l’été dernier, repris à New-York en septembre 2015, ce ballet devait arriver à Paris, puisque l’Opéra y a délégué six danseurs dont les Etoiles Marie-Agnès Gillot et Jérémie Bellingard. Chorégraphié sur la musique électro de Jamie-XX (vous connaissez TOUS cette musique), comportant une scénographie des plus intéressantes, ce ballet est sans aucun doute un objet de curiosité qui ne peut que m’interpeller. Le côté « électro-intéressant-moderne-cool-branché » semble pouvoir parler à un vaste public, même si j’émets tout de même de grosses réserves suites à mes premières impressions. Pour les habitués, ce sera sans aucun doute quelque chose  à découvrir. On rajoute un GROS point bonus « Marie-Agnès Gillot ». Ouverture à la vente le 8 novembre. 

Le Songe d’une Nuit d’Eté de Georges Balanchine, du 9 au 29 mars à Bastille: Une entrée au répertoire, l’un des rares travaux narratifs de Balanchine, une histoire signée Shakespeare, des costumes (Lacroix), des elfes et des fées, là encore tout est réuni en principe pour que ce Songe soit un point-phare de la saison. Je suis pour ma part curieux de découvrir le travail de Balanchine sur ce ballet. Ouverture à la vente le 8 novembre 

A bras-le corps de Dimitri Chamblas et Boris Charmatz, du 16 mars au 2 avril à Garnier: Une chorégraphie très contemporaine est à attendre, et elle se découvrira dans la Rotonde du Glacier. Ou pas d’ailleurs. Boris Charmatz, avec son « 20 danseurs pour le XXIe siècle », avait plutôt réussi son coup en début de saison dernière paraît-il, mais sans non plus déchaîner les foules. Je crains que ce spectacle ne fasse pas mieux, en tous cas il ne figure pas du tout en tête de mes envies absolues de l’année. Ceux d’entre vous en quête d’expérience artistique sauront peut-être mieux que moi y trouver un intérêt. Ouverture à la vente le 8 novembre

Spectacle de l’Ecole de Danse, du 31 mars au 4 avril à Garnier: La directrice de l’Ecole de Danse, Elisabeth Platel, nous a concoté un programme trois étoiles cette année. Les élèves donneront dans la veine américaine de la saison, avec Divertimento n°5 de Georges Balanchine, mais surtout à mes yeux avec The vertiginous thrill of exactitude, un ballet de Forysthe que je trouve des plus enthousiasmants. Mais le clou de la soirée sera ce troisème acte de Raymonda, de Rudolph Noureev, qui fait véritablement figure de revenant sur la scène du Palais Garnier. Très très hâte de découvrir ce programme, et de découvrir les talents de l’Ecole (notamment la future titulaire de la célèbre variation à la claque). Ouverture à la vente le 13 septembre

Gala des Ecoles de Danse du XXIe sièclele 7 avril à Garnier: Pour la 40e édition du Spectacle de l’Ecole de Danse, cette dernière reçoit au Palais Garnier pas moins que l’école du Ballet Royal du Danemark, l’Académie Vaganova de Saint-Pétersbourg, la Royal Ballet School de Londres, les Ecoles des ballets de San Francisco et du Canada, l’Ecole John Cranko du Ballet de Stüttgart, et l’Ecole du Ballet de Hambourg. Une pépinière de jeunes talents sur scène donc (et une jolie occasion de comparer lesdites écoles). Même ouverture à la vente

Soirée Cunningham/Forsythe, du 14 avril au 13 mai à Garnier: Trois entrées au répertoire en une seule soirée. De Walkaround Time, de Merce Cunningham, je ne connais rien, et guère plus du chorégraphe en lui-même bien que son nom soit célébrissime. Suffisamment en tous cas pour dire à ceux d’entre vous qui attendraient un ballet classique qu’ils risquent d’être déçus. Ils le seront moins par les deux oeuvres de William Forsythe, un Trio sur le Quatuor n°15 en la mineur de Beethoven et un Workwithinwork sur un duo pour violons de Luciano Berio. Une soirée qui promet tout de mêmes des découvertes intéressantes à mes yeux. Ouverture à la vente le 6 décembre

Soirée Robbins/Balanchine/Cherkaoui, Jalet, du 2 au 27 mai à Garnier: Une soirée sous le signe de Maurice Ravel, puisque c’est sur ses partitions que sont chorégraphiées les trois œuvres présentées. A savoir En Sol, de Robbins, La Valse, de Balanchine, et Le Boléro de Cherkaoui. Si je suis curieux du premier, le deuxième m’a laissé perplexe lors de sa représentation par le New-York City Ballet l’été dernier, et le troisième a laissé une perplexité quasi-générale lors de sa récente création à l’Opéra de Paris. Donc bon. Pas une priorité absolue dans votre calendrier de réservations à mon sens. Ouverture à la vente le 6 décembre 

Soirée Bertaud/Bouché/Paul/Valastro, du 13 au 18 juin à Garnier: Voilà quelque chose de très intéressant. Si intéressant que je suis bien en peine d’imaginer ce que ça va être. Ces trois danseurs-chorégraphes sont membres de l’Académie Chorégraphique crée par Benjamin Millepied à l’Opéra de Paris. Certains ont déjà produit de très belles choses, je pense en particulier à Sébastien Bertaud et Bruno Bouché. Je ne connais pas le travail des deux autres, mais en suis très curieux. Serez-vous transportés ? Au moins la satisfaction d’avoir une vraie surprise, une vraie place à la (jeune) création, sur la scène de l’Opéra.  Ouverture à la vente le 10 janvier 

La Sylphide de Pierre Lacotte, du 1 au 16 juillet à Garnier: Ah, La Sylphide…Quel beau ballet, quelle beau travail (encore) de notre Pierre Lacotte national, connu pour ses reconstructions d’œuvres anciennes, et ô combien précieuses à notre répertoire ! C’est pas compliqué: précipitez-vous. Laissez-vous transporter en Ecosse, puis dans des forêts romantiques peuplées de nymphes ailées, dans la perfection de la technique française et au royaume de la petite batterie. Quelques belles prises de rôle à prévoir au surplus. LE spectacle de la fin de saison. Ouverture à la vente le 24 janvier 

Drumming Live d’Anne-Teresa De Keersmaeker, 1 au 15 juillet à Bastille: En contrepoint de la Sylphide, on trouvera au même moment ce travail de la chorégraphe belge. Ses œuvres puissantes et intéressantes m’attirent, le ballet semble de plus s’épanouir dans leurs interprétations. Pour finir la saison sur une note contemporaine, voilà une jolie proposition. Ouverture à la vente le 24 janvier 

Allons, il est temps de compléter votre portefeuille de billets, et de remplir votre calendrier ! 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Spirou dit :

    vous donnez votre avis sur les ballets sans les avoir vu?

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    1. ildanse dit :

      Bonsoir Spirou: je pense que vous n’avez pas compris le propos de mon article. Je donne mon avis sur ce que m’inspire tel ou tel spectacle, sur ce que j’ai envie d’aller voir ou non cette saison, à partir de ce que j’en sais. Partant de là, ce n’est certainement pas un avis définitif, et je suis tout à fait susceptible de le changer après avoir vu lesdits spectacles, c’est d’ailleurs ce qui a déjà pu se passer pour la saison dernière. Mon propos est uniquement de partager sur ce blog les impressions que je pourrais donner à des amis dans la vie « réelle » s’ils me demandaient des recommandations pour aller voir tel ou tel spectacle à l’Opéra cette saison.
      Beaucoup de personnes ne savent pas à quoi fait référence tel ou tel programme, ce qu’il se cache derrière ou non. J’ai eu l’occasion l’année dernière de parler à des amis qui étaient allés voir le programme Bel/Millepied/Robbins, et avaient été déçus de ne pas voir du tutu et de la « pure » danse classique !
      Ensuite, libre à chacun ensuite d’aller voir ce qui l’inspire, que cette inspiration soit différente ou non ! Voici simplement la mienne.

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