Soirée Peck-Forsythe-Pite-Seghal, le Debrief

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Il m’en a pris du temps ce debrief ! Et pourtant, ô combien il eut été dommage de ne pas revenir sur la soirée d’ouverture de la saison 2016-2017 du Ballet de l’Opéra de Paris.

Déjà, parce que c’est probablement une des meilleures soirées Millepied que j’ai vu. Par Soirée Millepied, j’entends une soirée à trois ou quatre ballets, composée autour d’un chorégraphe ou non, et sans forcément de lien entre les pièces. Le tout si possible le plus teinté d’américanisme. Vous le savez, je ne suis pas un fan du genre. Mais cette soirée m’a dans sa grande majorité séduit.

In Creases, une révision teintée de déception

Elle commençait avec In Creases de Justin Peck. J’avais découvert ce tout petit ballet de la coqueluche new-yorkaise la saison dernière, et en était sorti très emballé. Je parlais « d’explosion salvatrice », et clamais que « j’adhère complètement ». Oui et bien, une fois, pas deux. La chorégraphie en elle-même m’a cette fois parue vide de sens, un enchaînement de figures mignonne et doucement amusantes, mais pas d’émotion, pas d’explosion, pas de force ni de poésie dans tout cela. Saluons néanmoins le beau couple formé par Letizia Galloni et Arthus Raveau. Incisifs, élégants, engagés dans la danse, je les ai trouvé particulièrement efficaces. Au passage, Antonio Conforti conforte l’idée selon laquelle il est à suivre de près, et on revoit Marion Barbeau et Eléonore Guérineau avec plaisir. Les autres danseurs m’ont moins touché, soit par leur manque d’investissement (voire des figures à la limite de la tête d’enterrement, mais je ne citerai pas de nom), soit par des petits points techniques. Je pense en particulier à Axel Ibot qui a parfois eu un peu de mal sur ses (nombreux) tours, mais il faut admettre qu’il lui fallait les commencer de manière parfois un peu spécieuse, et même dos à la pente, on adore.

On garde néanmoins de In Creases une mise en bouche sympathique, guère inoubliable, mais qui lance gentiment le spectacle.

Blake Works I, confirmation totale

La chorégraphie de William Forsythe m’avait, là encore, fait forte impression en juillet dernier. Après ma légère déception sur In Creases, et les commentaires pas forcément sur-optimistes de certains spectateurs, j’avoue que j’avais une légère appréhension. Celle-ci était totalement infondée.

J’ai revu le ballet avec un plaisir renouvelé. La chorégraphie m’a encore touché, et on revoit certains moments avec délectation: les ports de bras du premier ensemble, le pas de trois, les différents pas de deux, l’énergie et la battle de I hope my life, la masculinité élégante de Two Men Down…l’énergie des premières représentations est toujours là (jusque dans le cri de guerre qui précède le levé de rideau), l’hommage complet à la technique française s’apprécie d’autant plus.

Quelques changements sont à noter: si l’on cherche Pablo Legasa du regard, la déception de son absence est atténuée par son remplacement par un Hugo Vigliotti particulièrement félin dans le pas de trois. Léonore Baulac (et ses arabesques incroyables) et François Alu (revenu au top de ses capacité après sa blessure de juillet) ont retravaillé leur pas de deux et propose une chorégraphie plus élaborée et complexe qu’à la création. Ludmilla Pagliero emporte son monde avec brio, Hugo Marchand signe une rentrée au taquet, enfin bref, on revoit toute la « troupe Blake Works » avec beaucoup de plaisir, jusqu’au dernier port de bras. Et on part à l’entracte de bonne humeur, content d’avoir profité de cette belle oeuvre et curieux de la suite.

The Season’s Canon: Pite dans ta gueule

La création de Crystal Pite, que l’on découvre ensuite était clairement attendue. Et je ne savais justement pas à quoi m’attendre, hormis à la musique de Vivaldi retravaillée par Max Richter. Petite déception, celle-ci était enregistrée. Ce fut la seule.

Crystal Pite a accompli un travail absolument admirable. Le grand nombre de danseurs sur scène forme un corps unique, rampant, fascinant. Eléonore Guérineau brille au milieu du groupe. Qui sont ces gens, où vivent-ils et quand ? Sont-ce des réfugiés, des exilés, une tribu nomade des anciens temps ou des temps futurs ? Sont-ce même des hommes ? Ils sont en tous cas fascinants, magnétiques, et dégagent une très grande force.

Plusieurs pas de deux organiques et presque animaux (Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet, Alice Renavand et Adrien Couvez…). Marie-Agnès Gillot hiératique, comme une reine déchue au milieu de son peuple. Rien que dans un port de bras, l’Etoile montre toute l’étendue de son art : puissante, sensible, forte et faible à la fois, je peux vous dire qu’à l’approche de sa retraite prochaine, j’ai savouré le privilège de voir la Reine du contemporain à l’Opéra dans un tel ballet. MAG m’a cueilli, François Alu achève le travail: une larme me vient devant le tableau 100% masculin qui suit. Sur le plateau, c’est la guerre: choc des corps, beauté du mouvement, lumières fortes, l’émotion vient de l’esthétisme pure de cette séquence.

Pite explore les effets de groupe, de domino, presque les illusions d’optique. La force des corps et du mouvement. Je dois avouer peiner à transcrire à l’écrit mon ressenti sur cette oeuvre: sachez juste qu’il est très fort, et qu’elle a été un beau coup de tonnerre en cette rentrée. Après elle, Blake Works, malgré tout les éloges que je lui porte, paraît un aimable badinage (mais les registres ne sont pas du tout les mêmes, la comparaison est donc, in fine, plutôt vaine). Une grosse claque, de celles dont on redemande.

Tino Seghal: sans titre, sans commentaire

La soirée se clôture avec l’expérience de Tino Seghal. Il n’y a pas grand chose à en dire. La musique est très agréable à écouter, après quelques effets de plateau et de lumière les danseurs se mêlent aux spectateurs pour une danse qui tient plus de la transe. C’est très intéressant, si l’on veut, mais c’est tout. Vous me sentez passionné, n’est-ce pas ! De mon point de vue, la pastille est clairement oubliable. De ce quadruple-bill, en tout cas, ce n’est pas ce dont on se souviendra.

Photo : Marie-Agnès Gillot dans The Season’s Canon de Crystal Pite. Crédits photo Serge Itzkowitch, qu’il soit remercié pour ce cliché et pour son autorisation de l’utiliser pour cet article ! 

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