Le Songe d’une Nuit d’Eté – Le Debrief

ENFIN, je retrouve un peu de temps pour bloguer correctement ! Tant de debriefs sont passés à la trappe, alors que j’aurais adoré les faire : la soirée Kylian, le Lac, le Ballet de Dresde, Tree Of Codes…autant de belles soirées passées à l’Opéra. Allons, ne nous tourmentons pas pour le passé, et débrieffons ce Songe tant qu’il en est encore tant ! 

On nous a vendu ce Songe d’une Nuit d’Eté comme l’un des grands ballets narratifs de Balanchine. Force est de constater que dans le style, le maître américain ne donne pas son meilleur. S’il réussit à rendre plutôt intelligible l’intrigue complexe de Shakespeare, à restituer parfois le comique qu’elle renferme (j’avoue avoir plusieurs fois ri, mais sans me taper sur les cuisses non plus), cette histoire qu’il faut à tout pris raconter semble l’ennuyer. Elle est expédiée en un acte un peu fourre-tout, et se joue plutôt en trame de fond, simple prétexte à un divertissement sylvestre. Ce dernier ne manque toutefois pas de sel : entre le coquillage de Titania, les chiens d’Hippolyte, la fleur magique, l’acteur transformé en âne, on nage en plein trip de drogué sous acide. 

Le second acte renoue avec la danse pour la danse, sans faux-semblant, et l’on sent que le Balanchine chorégraphe s’y sent tout de suite plus à l’aise. Ce Songe reste finalement pour moi un joli divertissement à apprécier sans se prendre la tête, juste pour le plaisir des yeux, un ballet agréable qui reste bien éloigné du chef-d’oeuvre. 

La chorégraphie n’est en effet pas particulièrement transcendante, surtout au premier acte : peu de surprises, beaucoup de réchauffé des autres pièces de Mr B , un rôle réduit à minima pour le corps de ballet, des combinaisons de pas basiques et sans grande invention, le maître américain nous a habitué à mieux. Quelques trouvailles agréables néanmoins, notamment chez Obéron servi en petite batterie (dont des sissonnes battues étonnantes et impressionnantes) et en tours, et dans le très beau pas de deux du second acte.

Je ne peux ne pas parler des décors et costumes de Monsieur Lacroix, déjà largement célébrés ailleurs : très fidèles à la production originale (le Balanchine Trust veille), il réussit la prouesse de ne pas rendre une copie trop lourdingue, rehausse le tout d’élégance et de modernité, et l’ensemble m’a plutôt plu !

Mais passons aux danseurs : si j’ai passé une bonne soirée, ce sont vraiment grâce à eux. J’ai senti une compagnie dynamique, motivée, en place : je ne sais comment Aurélie Dupont se débrouille en interne, mais le rendu sur scène me satisfait absolument. Un mot pour Stéphane Bullion qui, malgré un rôle inutile et peu présent en scène (le chevalier servant de Titania, autrement dit son toy-boy), m’a semblé en forme ! Eléonora Abbagnatto incarne une jolie reine des fée : sa Titania est élégante, elle la danse de manière juste et avec bonne grâce, mais sans éclat ou présence de nature à me faire chavirer de mon siège. J’ai réservé cette réaction au Obéron de Paul Marque. Qu’est-ce que j’étais content de le voir enfin incarner un rôle principal ! Son interprétation et son autorité en scène gagneront certainement à s’améliorer, mais ses débuts sont déjà prometteurs : son Obéron a montré suffisamment de majesté et de poigne pour me convaincre. Quant à sa danse…Paul Marque a pu faire démonstration de sa virtuosité toute particulière avec des tours systématiquement servis par quatre et d’une propreté impeccable, ainsi qu’une petite batterie sidérante.

En compagnon du Roi, Hugo Vigliotti campe un Puck drôle, charmant, dansé avec l’efficacité et le dynamisme qui caractérise ce danseur : son charisme dans ce type de rôle n’est plus une nouvelle, et il nous le prouve une nouvelle fois. Le voir danser a été un réel plaisir. A la troupe des elfes, il faut rajouter les enfants de l’Ecole de Danse, charmants et précis, qui rendent une copie sans faute !
Le quatuor amoureux formé par Laëtitia Pujol, Fanny Gorse, Alessio Carbonne et Audric Bezard était absolument convaincant sur tous les plans. Petit pincement au cœur de voir Laëtitia Pujol, dont c’est semble-t-il la dernière saison, camper ce rôle de second plan, qu’elle danse avec son aura et sa poésie habituelle. La distribution compte une autre Etoile filante en la personne d’Alice Renavand : son Hippolyte n’apparaît qu’en fin de premier acte, mais elle la danse avec un brio et une autorité sans faille, envoyant grands jetés et fouettés avec facilité et panache.
Il faut enfin finir avec Sae Eun Park et Karl Paquette, qui se voient confier le pas de deux du divertissement final. Karl Paquette fait montre de ses remarquables mais discrètes qualités de partenaires, s’effaçant pour mettre sa partenaire en valeur. Sae Eun Park se montre impériale, dansant l’adage avec grande classe et précision.

Vous l’aurez compris, si les danseurs de l’Opéra m’ont ravi lors de cette soirée, le ballet en lui-même me semble au final oubliable. Pêchant par ses raccourcis comme par ses longueurs, une chorégraphie parfois simpliste (à l’exception du divertissement), il a fallu toute l’énergie des interprètes pour me faire, malgré tout, sortir de l’Opéra Bastille le sourire aux lèvres.

Photo : Paul Marque (Obéron) et Eléonora Abbagnato (Titania). Merci à Serge Itzkowitch pour cette photo, retrouvez son travail sur Instagram

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Léa dit :

    Tellement contente de vous retrouver !! Aura-t-on un petit débrief de l’arrivée d’une nouvelle étoile ? Il n’est pas trop tard pour cela…

    J'aime

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