Le Spectacle de l’Ecole de Danse – Le Debrief

Ohlala que le temps passe vite…déjà plus d’un mois depuis que j’ai assisté à l’Avant-Première Jeune du traditionnel Spectacle de l’Ecole de danse, et malgré ce temps de délai il fallait que je vous en fasse un debrief tant la soirée que j’ai passée fût intéressante…

L’Ecole de Danse de l’Opéra, cette institution peut être plus mythique que l’Opéra lui-même, est avant tout une école de formation artistique. C’est à ce titre qu’il y a quarante ans, l’Etoile Claude Bessy à laquelle l’Ecole doit tant, décidait de pousser ses fameux petits rats (terme qui désigne non pas les danseurs, comme on le croit souvent, mais les élèves de l’Ecole) sur la scène de Garnier pour les confronter au public : voici venue l’heure des travaux pratiques !

Depuis, ce Spectacle est connu comme étant un moment particulier de la saison : la soirée tient quelque peu du Gala de fin d’année, mais c’est en réalité un spectacle complet qui ne vole pas son nom, et que les afficionados attendent tant c’est un projecteur rêvé sur les espoirs de la comagnie. Elisabeth Platel, Directrice de l’Ecole, son équipe pédagogique et ses élèves nous l’ont encore prouvé cette année. Pour ce quarantième anniversaire, un triple-bill nous était proposé : Divertimento n°15 de Balanchine, The vertiginous thrill of exactitude par Forsythe, et le troisième acte de Raymonda par Rudolph Noureev : trois chorégraphes monstres sacrés de la danse, trois  chorégraphies pas évidentes auxquels les élèves se sont mesurés avec un certain succès.

Divertimento n°15 : le challenge fleuri de Mr B

Balanchine (aka « Mister B ») a été très présent à l’Opéra ces derniers temps (direction de l’américain Millepied oblige), et ce Divertimento était donc l’occasion pour les élèves de se frotter à son style. Le ballet en lui-même est l’un de ces divertissements balanchiniens agréables, avec l’inénarrable fond bleu comme seul décors et ses petites trouvailles stylistiques. Cependant les élèves, dans leurs beaux tutus printaniers et costumes de princes, ont eu un peu de mal à se libérer de leurs réflexes académiques pour pénétrer le mouvement et l’énergie du chorégraphe, et rendre toute la mesure de ce ballet.

Bleuenn Battistoni toutefois, se repère par son assurance et ses belles capacités techniques. Elle rentre dans le jeu, séduit ses partenaires et le public, et ça marche plutôt bien. Curieux de voir les prochaines évolutions de cette danseuse prometteuse, et dont on reparlera dans mon article sur la soirée Chauviré.

The vertiginuous thrill of exactitude : attention les yeux, ça ne rigole plus

Le Balanchine, malgré son côté un peu plan-plan, faisait un amuse-bouche intéressant. Avec les 12 minutes de ce ballet de William Forsythe, on passe clairement aux choses sérieuses. Forsythe, lui aussi de plus en plus présent, lui aussi avec un style périlleux et compliqué, était clairement un challenge pour les 6 élèves. Il a été réussi avec brio.

Energie, danse piquante et appliquée mais pleine de mouvement, sourires, pep’s, tout était là. La folle énergie qui émane de ce déferlement de prouesses techniques sur la musique de Schubert a été très bien maîtrisée et partant, sublimée, par les élèves qui ont hérité de ce difficile challenge : j’ai passé un très très bon moment.

Ledit bon moment a été rehaussé par la découverte de deux futures stars : Bianca Scudamore et Daniel Lozano-Martin. La première est arrivée à l’Ecole de danse après un passage au prestigieux Prix de Lausanne en 2015 : la jeune australienne que son nom italien associe, à juste titre,  à une beauté de la Venise du quattrocento y a encore gagné en technique pour devenir cette fille qui dynamite la chorégraphie de Forsythe avec un talent remarquable, une énergie et une pureté qui impressionnent et charment à la fois. Quant à Daniel Lozano-Martin, je l’avais aperçu dans un exercice de danse contemporaine aux démonstrations de l’Ecole, sans connaître son nom : voilà cette ignorance réparée, et il le fallait pour rendre hommage à ce jeune danseur, encore en 2e Division (l’avant-dernière année), lui aussi déjà une bête de scène tout en sourire et virtuosité libérée.

Raymonda : moments de grâce signés Noureev/Petipa

Raymonda, Raymonda, aaaaah, Raymonda ! Quel plaisir de voir enfin en vrai cet extrait du ballet, ce morceau hérité des grands Petipa et Noureev, constitutifs de l’ADN de la compagnie de l’Opéra et pourtant oublié de la programmation depuis 2008…Dans ce troisième acte célébrant le mariage de Raymonda et de son chevalier, se mêlent la folle énergie des danses traditionnelles, la virtuosité des variations classiques et l’élégance absolue de l’adage, à l’exotisme des variations du Sultan Abderam ajoutées pour l’occasion. Le challenge était là aussi de taille, et a été diversement rempli.

On pardonnera vite les petits ratés des danses de groupe, souvent dansées par les plus jeunes, pour n’en retenir que le grand professionnalisme de la jeune Maya Candeloro (qui cornaque un jeune partenaire parfois quelque peu dépassé…). Loup Marcault-Derouard a quant à lui su pénétrer son rôle du sultan Abderam avec la touche de mystère qui va bien et un mouvement juste. L’interprète de Jean de Brienne n’était par contre peut être pas encore prêt pour ce rôle : très tendu, crispé presque, il manque encore malheureusement de muscle et de technique pour se sortir sans encombre d’une variation où le moindre défaut saute aux yeux. Mais apprendre et se confronter aux rôles, c’est aussi cela.

Et puis, difficile de briller aux côtés de sa partenaire, Margaux Gaudy-Talazac. C’est elle qui, en véritable interprète du rôle éponyme, a porté cet extrait. Le défi était de taille: s’attaquer à un tel rôle, si mythique, à sa variation, si technique, n’était pas une gageure, et ce serait vous mentir que de dire que mes attentes n’étaient pas grandes. Elle les a dépassées ! Par sa simple présence, sans trop en faire, elle s’est imposée à la salle et à ses partenaires de scène par une autorité simple mais réelle. Triomphant de la variation jusqu’à laisser planer un petit silence dans la salle avant les applaudissements, elle présente une technique précise et fine, un travail de bras somptueux. Bravo miss, vous m’avez bluffé. Et elle aussi, on a hâte de la revoir sur la scène de l’Opéra !

Une belle soirée donc, accompagnée de la satisfaction d’y avoir découvert quelques pépites. Mais c’est en réalité tous les élèves qu’il faut féliciter, sans distinction, pour s’être ainsi présentés au public en professionnels que les plus âgés sont déjà. Un gros toïtoï à eux tous pour les concours de fin d’année, les auditions, le brevet, le bac, enfin, tout ce qui les attend : avec leurs défauts et leurs grandes qualités, on les aime nos élèves de l’Ecole de Danse ! 

Photo : Saluts à la fin de l’extrait de Raymonda. Crédits Isabelle Aubert: retrouvez son travail sur Instagram

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