La Sylphide cru 2017 – Le Debrief

Il m’aurait été douloureux, après avoir failli à vous partager mes impressions sur le Lac de décembre dernier, de ne pas écrire quelques lignes sur cette jolie série de La Sylphide de Pierre Lacotte qui vient de s’achever, et clôture ainsi la saison de l’Opéra de Paris.

Voir La Sylphide au Palais Garnier, c’est un privilège à lui tout seul. Plus que d’habitude, monter le grand escalier et prendre place dans la salle me fit ressentir un petit sentiment d’exception: quel meilleur écrin à ce ballet XIXe que le vaisseau-amiral du grand Charles ? En voyant ressusciter sur le plateau cette chorégraphie et cette histoire, je me suis plu à imaginer, dans la pénombre des loges, dames en crinolines et éventails de dentelle, hommes en favoris et chapeaux hauts-de-forme. Qui, contrairement à l’habitude des bruyants spectateurs de l’époque, se seraient tus pour assister au miracle.

Il y a du merveilleux à plus d’un titre dans ce ballet. Le livret et son personnage principal, bien entendu. Les mille badineries de la technique _ trappes, fumées, cheminée truquée, tyrolienne à Sylphides (je reprends ici l’expression à mon confrère le Vicomte) _ le sont tout autant. Et la chorégraphie en elle-même, tient du merveilleux à force de Lacotteries en tout genre. Ce ballet, sous ses airs badins, est truqué de chausses-trappes, de difficultés sans nom, il requiert grâce et force, endurance et fragilité, de la vivacité de bas-de-jambe et un buste libéré, et enfin beaucoup de subtilité et d’élégance.

Les quatre distributions que j’ai eu l’occasion d’admirer se sont globalement bien tirées du pari.

J’ai commencé fort avec Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, et pourtant je n’en suis pas ressorti entièrement satisfait. Mathias Heymann est apparu tendu et stressé pour sa première: chaque début de variation semblait une épreuve à affronter. Une récente blessure y est sans doute pour beaucoup, mais cette nervosité plus que palpable m’a empêché de profiter d’une danse qui, en réalité, était plus qu’appréciable. La Sylphide de Myriam Ould-Braham brille par sa finesse: diaphane et vaporeuse, précise et se tirant sans problème des difficultés techniques (hormis son habituelle nervosité en haut des équilibres), MOB fait une Sylphide spirituelle…trop spirituelle. Oubliant d’être taquine, réfugiée dans sa pureté virginale, il m’a manqué un grain de sel pour que cette Sylphide, qui avait tout pour m’enthousiasmer, me soit parfaitement réussie. J’en retiens néanmoins la Effie parfaite de Mélanie Hurel, Première Danseuse de grand talent que je voyais pour la dernière fois ce soir là (et qui nous manquera), et le travail toujours impeccable d’Eléonore Guérineau dans le Pas de deux des Ecossais. 

Le lendemain, Hugo Marchand a crevé la scène. Poète romantique convaincant (quoique en léger sur-jeu), il se lance dans l’histoire avec la fougue d’un jeune danseur Etoile légitime dans ce qui sera maintenant toujours un peu « son » rôle. Batterie et ballon superbe, de très beaux tours, une énergie maintenue jusqu’au bout du marathonnesque acte II, un partenariat toujours attentif et une élégance française, « lacotienne » oserais-je, conservée malgré la pyrotechnie technique: décidément, Hugo Marchand m’a régalé ce 11 juillet. Au point de bouffer un peu Amandine Albisson, qui normalement vampirise ses partenaires…Pourtant, l’Etoile n’est pas en reste et signe une ravissante Sylphide: j’y ai retrouvé les petits accents de bras, de buste, que j’apprécie tant dans la danse intelligente de cette danseuse, de beaux pieds terminant des arabesques non moins belles, et ce charme taquin de la Sylphide, qui une fois de plus a fait mouche chez moi. Hannah O’Neill, en Effie, est impeccable mais manque un peu du côté terrien de la jeune paysanne écossaise: la longiligne première danseuse est faite pour d’autres choses que pour ce rôle qu’elle sert bien, mais ne marque pas, bien que le partenariat avec Hugo Marchand soit toujours des plus agréables. en particulier dans un adage de toute beauté à l’acte II. Emmanuel Thibaut, dans le Pas de deux des Ecossais, m’est lui aussi apparu pour la dernière fois avant sa retraite: je l’ai malheureusement senti un peu fatigué, l’éternel jeune homme a perdu sa fraîcheur d’antan, et la variation sonnait un peu comme un baroud d’honneur…c’est toutefois avec une certaine émotion que j’ai dit au-revoir au talent de ce pilier de l’Opéra. Il a très bien accompagné Marion Barbeau, qui nous gratifie de beaux ports de bras, d’une technique en place et d’un sourire radieux: de cette danseuse, je veux vraiment voir plus que des pas d’actions sans actions et des chorégraphies contemporaines sans climax !

Troisième soirée, pas de lassitude, au contraire: moi qui ai failli revendre ma place, je suis sorti de Garnier sur un nuage, enchanté par le James de Josua Hoffalt et la Sylphide de Ludmila Pagliero. Le premier, en forme techniquement, présente de beaux et nombreux tours finis sur l’équilibre, mais surtout une interprétation aboutie. Josua Hoffalt campe avec justesse un James quelque peu romantique torturé, palpable, touchant, que j’ai beaucoup apprécié. A ses côtés, Ludmila Pagliero est une Sylphide de rêve. Bras délicats, pieds à se damner, vivacité du bas-de-jambe, et une interprétation là aussi poussée, aboutie: véritable être sylvestre, mais également amoureuse, taquine, mutine et dragueuse, elle a réussi un condensé qui m’a paru parfait. Comme Amandine Albisson, j’apprécie de plus en plus chez Ludmila Pagliero la fusion d’une qualité et d’une propreté technique remarquable, avec une danse intelligente, personnelle, recherchée: elle s’approprie ses rôles, les marque de sa patte jusque dans un port de tête, un sourire, un épaulé, voilà la marque des Etoiles.

Quatrième et dernière Sylphide, dernier ballet de la saison à l’Opéra, pour retrouver Léonore Baulac et Germain Louvet. Une dernière belle soirée. James n’est toutefois pas le rôle qui convient le mieux à Germain Louvet à mes yeux: son interprétation, quoique tout à fait honnête, n’est en tous cas pas celle qui m’a le plus convaincu de la série. Cela dit, elle n’était guère différente de celle de ses collègues, il souffre néanmoins de la comparaison avec le James de Josua Hoffalt, dont le souvenir m’était encore tout frais. Je garde néanmoins en mémoire de splendides cabrioles à  la seconde variation de l’acte II. Léonore Baulac m’a paru une très jolie Sylphide, avec de l’esprit, un style déjà abouti, et un magnifique équilibre en début de variation à l’acte I. Le couple a honorablement relevé le challenge, et je suis sorti heureux de ma dernière ! Pablo Legasa, en Ecossais du premier acte, n’y est pas non plus étranger: le ballon et l’énergie communicative de ce danseur sont décidément un plaisir à admirer.

Le corps de ballet, dans son ensemble, a accompli un très joli travail dans cette série: s’appropriant le style du ballet avec beaucoup de naturel et d’efficacité, ils ont grandement contribué à la beauté de ces représentations, en particulier les Sylphides de l’acte II ! Sans oublier les différentes sorcières Madge que j’ai pu applaudir, et que faute de remettre la main sur mes fiches de distribution je ne peux citer, qu’ils m’en excusent…

Voilà, adieux la Sylphide, adieux le romantisme, adieux la saison 2016-2017 de l’Opéra…et vivement de remettre les pieds à Garnier la saison prochaine ! 

Photo : Ludmila Pagliero et Josua Hoffalt, représentation du 10 juillet 2017, photo par Serge Itzkowitch dont vous pouvez retrouver les belles photos de scène sur Instagram ! Merci à lui 🙂 

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Pouik dit :

    On est d’accord que Marion Barbeau devrait danser le rôle de la Sylphide ? Elle serait si délicate et mutine. La grâce de cette danseuse n’en finit pas de m’inspirer des sentiments poétiques ! C’est ce que suscite une Sylphide, n’est-ce pas ?

    Mêmes impressions que vous sur les différentes distributions.

    Aimé par 1 personne

  2. Pouik dit :

    J’aime beaucoup Amandine Albisson, qui dessine sylphide de grande classe. Elle propose une interprétation bien à elle. Bref, une Étoile qui déçoit rarement, il faut le dire.

    Mais ma théorie, c’est surtout qu’Hugo Marchand est un James qui possède trop de présence, de fougue et d’autorité pour mettre en valeur sa Sylphide. Non qu’il soit mauvaise partenaire (au contraire), mais il est trop terrestre pour laisser sa partenaire s’envoler.

    Mais beau couple, hein, je les adore tous les deux.

    Aimé par 1 personne

    1. ildanse dit :

      Merci pour vos commentaires Pouik, assez d’accord avec vous concernant l’équilibre Albisson/Marchand, quant à voir Marion Barbeau en Sylphide, je suis carrément pour !

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  3. Nuage dit :

    J’ai assisté à la distribution Albisson/Marchand et à celle Baulac/Louvet et je n’ai vu à vrai dire qu’un seul vrai couple d’étoiles. Amandine Albisson parvient à nous communiquer comme toujours son immense plaisir de danser et Hugo Marchand est absolument époustouflant. Par contre je trouve Léonore Baulac et Germain Louvet terriblement verts artistiquement et Léonore Baulac est souvent faible techniquement. Elle ne brille que parfois, et ce n’est pas ce qu’on attend d’une étoile. A vrai dire je ne suis plus sûre d’aller la voir si elle est distribuée dans le rôle de Kitri cette saison.

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