Don Quichotte par le Ballet de Cuba – Le Debrief

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Ce Don Quichotte était, de ma part, attendu. Jugez plutôt: un ballet dynamique qui se déguste comme un turron d’Alicante, servi par une compagnie saluée dans le monde entier pour son école unique, fondée et dirigée par la Grande Alicia Alonso, ballerine emblématique du XXe siècle, et encensée par la critique pour le Gala d’ouverture qu’elle donna en ouverture de son séjour parisien, et pour la série de Giselle qui a suivi.

Partout, je n’ai lu qu’éloges glorificateurs sur la technique des danseurs, leur charme, leur énergie, leur passion, certains critiques des plus émérites allant jusqu’à recommander une tournée générale de mojitos à l’Opéra de Paris et dans les conservatoires…Eloges qui, alors, ne me surprennent guère: j’ai moi-même des cubains une très bonne image, et pense en particulier à a technique renommée des éléments masculins issus de cette Ecole, particulièrement connus pour leurs qualités de giration.

J’ai eu l’opportunité, quelque jours avant la représentation, d’assister à un cours public de la compagnie, qui m’a alors plutôt satisfait, et c’est avec optimisme et impatience que je me dirige, ce soir du 18 juillet, vers la salle Pleyel pour y découvrir ce Don Quichotte.

Premier constat : la bande-son est à chier, les costumes et décors de la même douteuse eau. Passons, j’étais prévenu, la qualité de la production étant identique pour Giselle, dont on m’avait donné quelques échos. Je suis résigné à faire le deuil d’une belle production, place à la danse. Enfin tout de même, le cheval à bascule miteux de Don Quichotte fait très fort au palmarès des antiquités, je frémis à l’idée de la quantité de mites qu’il doit y avoir là-dedans, mais bon, PASSONS.

Le drame est qu’il s’avère que le spectacle entier, à l’image de son « écrin », me donne l’impression d’une vaste blague. La compagnie souffre certainement de la chorégraphie, Alicia Alonso n’ayant clairement pas signé là son chef d’oeuvre, et la superposition mentale que je réalise avec la traditionnelle version Petipa-Noureev ne tourne pas à son avantage. Elle a tout de même le goût de conserver intacts, et c’est le mot, la plupart des apparitions de nos principaux protagonistes.

Le corps de ballet, à l’opposé de sa réputation et des premières impressions qu’il m’avait laissées en cours public, m’apparaît mollasson, peu motivé, dans la posture plus que dans l’histoire, le sur-jeu est partout présent et l’ensemble est donc peu digeste. Mais au-delà, je suis incroyablement déçu par la technique de la compagnie. Il en est de même, dans une moindre mesure tout de même, pour la Kitri (Grettel Morejon) et le Basilio (Rafael Quenedit) distribués ce soir là.

La compagnie a sans aucun doute des points forts, et ce sont ceux qui sautent le plus au nez du public: ces messieurs tournent divinement, ces dames sont très souples, les sauts sont souvent impressionnants, tout cela est vrai.

En revanche, la technique de pointe est lamentable, le bas-de-jambe absent (mais bon, fallait s’y attendre), plus surprenant encore les cinquièmes ne sont pas toujours au rendez-vous, j’en passe. Plus que la bande-son, que les costumes et décors, que l’interprétation gênante du père de Kitri ou de Sancho Pança, le comble du ridicule m’a semblé atteint lorsque Grettel Morejon, huchée sur sa pointe comme une gymnaste sur sa poutre, passe un équilibre interminable d’une dizaine de seconde aux prix d’un combat acharné où la perfection de l’arabesque disparaissait au fur et à mesure, où la cheville d’appui se tordait dans tous les sens dans une pointe que sa propriétaire maintenait obstinément visée au sol, au point de la tordre dans la position dite du « fer à repasser » à la fin de l’acrobatie.

Car c’est bien cela que j’ai vu: un festival d’acrobatie. De la danse ? Admettons qu’il faut encore appeler cela comme ça. Je ne suis pourtant pas le premier à chipoter sur les points de détail précédemment évoqués: après tout, qu’est ce qu’une cinquième, qu’un cou-de-pied, qu’une technique de pointe ou qu’un bas-de-jambe divin si la danse, le mouvement, l’enthousiasme sont absents ? Mais tout de même !

La danse est une technique, oui, mais une technique qui ne se limite pas à la hauteur d’une jambe qui se lève ou à un nombre de tour: il faut rappeler l’existence d’une technique profonde, d’un travail du corps, d’une mécanique d’orfèvre invisible à l’œil spontané du grand public mais qui fait la danse, qui fait l’aisance, qui magnifie les capacités physiques qu’alors, on ne se lasse plus d’admirer.

Du ballet de Cuba, je n’ai pas vu cette technique profonde: alignement de prouesses pyrotechniques sans âme et sans justification, enrobés d’un enthousiasme qui sonnait faux, le tout roulé dans un livret qui, s’il est pauvre, ne méritait pas d’être ainsi fourgué à la hussarde, la soirée tenait plus de la démonstration gymnique sans intérêt que d’une véritable soirée de ballet. 

L’Opéra, les conservatoires, et les autres Compagnies et danseurs hors de nos frontières dont, malgré un certain chauvinisme franco-centré, j’admire le travail et la qualité de danse peuvent dormir tranquilles: ils n’ont rien à envier à leurs homologues cubains. Rappelons, pour le bon souvenir, que Paul Marque, de l’Opéra de Paris, l’a prouvé il y a tout juste un an en raflant la médaille d’or de Varna au nez et à la barbe du cubain Jorge Barrani, que j’ai personnellement renommé Jorge Le Bourrin pour sa capacité à exécuter ses acrobaties avec des pieds flex (c’est à dire sans même l’ombre d’une pointe) et avec une absence d’en-dehors tout à fait surprenante. 

Il me reste, paradoxalement, à prier pour revoir un jour la troupe cubaine, avec peut-être une autre distribution et surtout, avec un autre ballet, pour éventuellement adoucir ou infirmer ces impressions : pour l’heure, le cocktail rhum-turron m’a été parfaitement indigeste. 

Photo : photo d’illustration, trouvée libre de droit sur pixabay.com, et dont je ne suis même pas certain qu’elle représente des danseurs du ballet de Cuba, pardon pour l’absence de photo plus pertinente…

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