Giselle est blonde- Représentation du 10 juin par MOB/Heymann

Dernière Giselle pour moi sur cette série: une légère tristesse de dire adieux à ce ballet, pour on ne sait combien de temps encore, mais aucune lassitude. On revoit Giselle encore et encore en se laissant toujours bluffer, surtout lorsqu’elle est servie par un groupe de danseurs tel que celui de ce vendredi 10 juin.

Aux commandes dans le couple principal: les Etoiles Myriam Ould-Braham (MOB, pour les intimes) et Mathias Heymann. Cette représentation sonne un peu comme des retrouvailles. MOB nous a fait des frayeurs ces dernières semaines: censées remplacer Laëtitia Pujol en début de série, elle s’est retrouvée souffrante elle-même (certains parlent d’un problème d’oreille interne). Mathias Heymann nous arrive tout droit des States où il dansait le Corsaire avec l’American Ballet Theatre. L’enthousiasme du public se sent dès leurs entrées en scène: ils sont applaudis tous les deux.

Tout est réuni chez eux, pour me rendre la soirée magnifique. Myriam Ould-Braham campe une Giselle amoureuse, certes, jeune certes (juvénile même), mais ne tombe pas dans le piège de la naïveté ou du cul-cul-tisme. Sa Giselle a un peu du tempérament trempé de la femme de la terre, c’est une véritable paysanne, avec son petit caractère. Cette impression est toutefois aussitôt démentie par la grâce de ses ports de bras, très légers, et de sa danse en général. Mathias Heymann est pour sa part un véritable Albrecht amoureux: enfin sur scène la lecture du rôle telle qu’elle me convient le mieux ! Il aime sa Giselle, et sa mort l’attriste véritablement, profondément. Sa présence en scène est admirable, et dès le premier acte sa qualité de danse, et en particulier de sauts, se fait sentir. Le couple est parfaitement équilibré: complices, il n’y en a pas un qui écrase l’autre. 

Mais déjà Lydie Vareilhes et François Alu rentrent en scène. Le pas de deux des paysans est servi proprement, tout y est. Le Premier Danseur vole toutefois la vedette à sa partenaire, mais comment pourrait-il en être autrement ? La qualité de pliés, de réception, la hauteur des sauts, la vivacité de sa danse sont toujours aussi époustouflantes. François Alu n’a jamais eu peur de la prise de risque en scène, et le prouve encore. Les deux variations sont complexes, on le sait: il en rajoute, et me fait presque peur. Le schéma mental est le suivant:
1- Sur le moment, pendant le saut: « woh! »
2- Immédiatement après: « mais comment est-il possible de faire ça sans se croûter ? Oh non, oh non il va se lourder, j’veux pas voir ça »
3- Je rêve, il l’a fait, et en plus la cinquième est impeccable.
Ce n’est pas la première fois que je le vois danser ces variations, encore moins la première fois que je le vois danser, mais la surprise, l’étonnement sont toujours intacts. Lydie Vareilhes ne démérite pas, et danse les variations de la jeune paysanne, ces tricotages de pointes ambulant, avec aisance et sans difficulté. Inutile de dire que le public a fait un triomphe. Rajoutons que le corps de ballet danse bien mieux qu’au début de la série: Giselle a bel et bien réinvesti Garnier ! Certains ont critiqué des ensembles pas toujours très groupé: à titre personnel, moins que la rectitude des lignes, c’est la qualité de la danse et la joie d’être sur scène qui m’importent: tout cela était au rendez-vous. Mention spéciale pour Eléonore Guérineau, une véritable boule d’énergie ce vendredi soir !

La scène de la folie par MOB et Heymann est certainement la plus belle que j’ai vu cette saison. Pourquoi ? Parce qu’elle a des qualités d’interprète, l’art d’installer la tension, et d’attirer sur son personnage la compassion, c’est sûr. Mais aussi parce que tous ces compliments s’appliquent au Monsieur. Mathias Heymann livre un Albrecht en souffrance durant la folie de sa bien-aimée, et là est le drame: Giselle n’est pas seule à vivre son drame, c’est une tragédie complète. C’est le sort qui s’abat sur un couple, sur une histoire d’amour, et c’est d’autant plus prenant.  

Le deuxième acte transcende tout. Héloïse Bourdon brille encore plus que la semaine précédente: outre ses très belles variations sautées, elle incarne le personnage à la perfection, et installe toujours cette ambiance particulière à la forêt des Wilis. Il faut la voir, hiératique dans son tutu blanc, le regard sévère, un port de tête (et de couronne) splendide, pour s’en convaincre. Elle mène une troupe de Wilis impeccable: la troupe de vierges esprits occupe véritablement le plateau, convainc parfaitement, c’est une très belle performance du corps de ballet à mes yeux. Mathias Heymann superbe en amant désespéré, MOB d’une douceur, mais d’une douceur…le couple campe magnifiquement l’histoire. Mathias Heymann signe une variation nickel, tout y était. Ses entrechats, battus assez larges, ne sont pas 32 mais sont hauts et tous des entrechats-6.

Une légère ombre à ce tableau: durant tout le spectacle, Myriam Ould-Braham semblait mal à l’aise sur ses équilibres, et sur toutes les parties un peu risquées faisant appel à cette qualité. On lui pardonne néanmoins bien vite, sachant le contexte des derniers jours.

Le spectacle m’a laissé dans un sentiment d’accompli, de beauté, d’enthousiasme, très agréable je dois bien l’admettre. Heureux d’avoir vu ces artistes pour clôturer « mes » Giselle, heureux de voir que la compagnie a renoué avec son ballet génétique, que le public l’accueille toujours avec autant d’enthousiasme, que MOB est une Giselle de rêve.  

Vite, vite, une autre programmation du ballet: j’en veux encore.

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